I. — Existence d'une tradition primitive et universelle
Dans l'antiquité, où la législation n'était point séparée de la religion , tous les peuples rapportaient l'origine de leurs lois à des êtres d'un ordre plus élevé que les hommes. Le fait de leur établissement , bien moins que leur relation avec l'éternelle justice, engagea les nations à les attribuer à la Divinité.
Voici en quels termes s'exprime Platon , au livre des Lois: «Dieu, suivant une ancienne tradition, tenant en « sa main le commencement, la fin et le milieu de tous « les êtres, marche toujours sur une ligne droite, confor- « mément à sa nature. La justice le suit, sans cesse prête « à punir les infracteurs de la loi divine. Ainsi ,que ceux « qui aspirent au bonheur s'attachent à elle et la suivent « avec respect et soumission. y>{Flato ,de legibus ,iv.)
Dès le début de ce beau traité sur les lois , l'Athénien demandant , si c'est un dieu ou un homme qu'il
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faut reconnaître pour législateur ? Platon fait répondre au Crétois: « Etranger, c'est un Dieu.»(Zte legibus,!.)
« Gest, dit Aristote, une opinion ancienne et « universelle , que toutes choses viennent de Dieu et a subsistent par lui ; qu'aucune nature n'a d'elle- « même, ni par elle-même, assez de consistance pour « se passerde son appui. » (jirist., de mundo, cap. vi.*)
Quoique Aristote, dans ce passage, ne reconnaisse pas d'une manière explicite l'existence d'un enseignement surnaturel , personne toutefois ne soutiendrait avec quelque fondement qu'il a précisément voulu excepter l'institution que tous les peuples attribuent aux dieux. Si , d'après lui , rien dans la nature n'a en soi-même assez de consistance pour ne point dériver de Dieu et pour subsister sans lui , nécessairement il ne reconnaît pas à l'homme une force imaginaire, capable de l'élever à la hauteur de cette institution. Nous voyons que Platon et Aristote parlent tous deux d'une opinion qui se perd dans la nuit des temps ; et le dernier assure que cette opinion ancienne, propagée par la tradition , se retrouve chez tous les hommes. Témoignage remarquable, sans contredit, que nous fournit, d'ailleurs, un observateur si profond et si éclairé , à l'abri d'un aveuglement superstitieux autant
* Vêtus igitur sermo est, à majoribusque proditus inter omnes homines, universa tùm ex Deo tùm per Deum constituta fuisse, atque coagmentata ; nullamque naturam satis instructam ad salutem esse posse , quse citrà Dei praesidium suse ipsa demùm tutelœ permissa sit , ( Culielmo Budeo, interprète ).
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que des écarts de l'imagination. Or, touchant l'opinion dont parlent Platon et Aristote , il se présente trois avis entre lesquels le choix est indécis.
Ou cette antique opinion ne repose sur aucun fondement.
Ou les diverses nations (si ce n'est toutes) qui faisaient descendre leur législation , leur religion , les unes de telle divinité, les autres de té^fe autre , professaient une croyance raisonnable.
Ou,, enfin, toutes ces opinions se rattachent à une cause d'où, comme d'une source limpide, elles ont d'abord jailli , se troublant ensuite plus ou moins dans leur cours. — D'où vient cet accord des divers peuples à rapporter à une divinité leur première civilisation au moyen du eulte et des lois qui , chez les anciens, se trouvaient moins séparés que chez les nations modernes ?
La foi que l'on ajoutait partout à une intervention divine dans la législation , à un enseignement surnaturel en matière^ de religion , était principalement basée sur cette opinion primitive et générale, sur cette antique croyance en. une tradition non interrompue, de laquelle parlent Platon et Aristote.
Cette conviction cependant était aussi fondée sur la nature des choses.
Evidemment les hommes avaient besoin d'un secours surnaturel pour parvenir à organiser la société d'après un plan raisonnable , et même à se servir de leur raison. Je suis convaincu que les premiers hommes,
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clans l'état où les supposent quelques prétendus philosophes, ne se seraient jamais élevés jusqu'à l'usage de la parole; que, par conséquent , l'espèce humaine entière n'aurait point , dans la suite des siècles , fait un pas vers la perfection. /
Que dis-je,la suite des siècles? Avant qu'ils se fussent écoulés, les hommes, livrés à ce déplorable abandon, auraient péri ;^éri avec des grincemens de dents, accablés, décimés, au milieu des cris du désespoir, de la rage, n'échangeant entre eux qu'un dédain amer et le grossier témoignage de leurs brutales passions.
Mais un semblable abandon n'exista jamais. Tous les peuples attestent le contraire. Toutefois les passions fermentaient , et c'est un principe avoué par les philosophes qu'une religion devint nécessaire pour assurer aux lois préexistantes la force et l'activité : le besoin d'une religion fut sans doute bien plus impérieux encore pour engager les hommes à se soumettre à leur autorité. Penser que, dès l'origine, le créateur abandonna l'homme en proie à l'aiguillon de son organisation matérielle , me paraît presque aussi déraisonnable que de voir en lui son propre créateur.
Du sein d'une race aussi disgraciée , il n'aurait pu surgir ni législateur ni fondateur d'aucune religion. En supposant même qu'il s'en fût rencontré , jamais ils n'auraient commandé l'attention de ces êtres abrutis.
On ne saurait comprendre que l'homme qui réfléchit , qui croit en un créateur, puisse cependant mettre en doute la participation de la Divinité à notre pri-
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oiitive civilisation. On conçoit aussi difficilement, que des hommes ne jugent pas indigne de la majesté divine, d'avoir permis l'anéantissement de tous les vestiges de cet enseignement surnaturel.
Il est donc au moins très probable en soi , que la Divinité même donna aux hommes une religion et des lois. Toutes les nations témoignent qu'il en fut ainsi.
On ne séparait point la religion de la^gislation primitive. Partout où l'on ordonne l'accomplissement des devoirs, existe la loi ; partout où l'on croit en un Dieu qui commande l'accomplissement des devoirs , existe la religion.
Cette opinion ancienne , dont Platon et Àristote attestent l'existence, n'est pas dénuée de fondement; mais insensiblement les peuples devinrent sauvages. La sensualité et l'orgueil , ces antiques ennemis des hommes , les dirigèrent , les entraînèrent dans la voie trompeuse de la folie et du vice. Peu-à-peu la tradition constante dégénéra en vague opinion; souvent même , d'incomplète et défectueuse , elle devint fausse et erronée. Pourtant chez tous les peuples se maintint la croyance qu'autrefois, au commencement du monde, la Divinité avait fait éclater sur eux sa miséricorde. A quelque point, cependant, que cette tradition religieuse et primitive s'altérât dans la suite, elle se soutint en Orient avec plus de pureté que partout ailleurs; et , de temps en temps , les nations produisirent des sages qui s'efforcèrent de dégager la vérité, des mensonges dont la surchargeait la superstition.
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§ II. — Révélation et tradition, fondemens de la véritable sagesse.
Relativement à la condition primitive du genre humain , dit Jean de Muller , il existe deux différens systèmes. Quelques opinions prennent naissance à un âge d'or , de justice et de bonheur ; d'autres , à une époque de féfôcité et de désordre, en sorte que ? d'après celles-là , l'homme est devenu pire par la suite des temps, et, d'après celles-ci, il s'est perfectionné à l'aide d'une foule d'inventions. Selon les unes, l'homme vivait dans une immortelle jeunesse, jusqu'à ce que la curiosité le rendit plus sensible à l'attrait des passions qu'à la voix de sa conscience. Les autres, au contraire , décrivent comment l'homme , sorti du limon , s'est enfin , par un long travail de la nature , formé tel qu'il existe aujourd'hui, n'atteignant , qu'après maintes générations, le degré de force et de beauté qui l'élève au-dessus de tous les autres animaux. Aucune de ces opinions n'est fausse; le premier des hommes fut bon , la faiblesse et le vice caractérisèrent celui qui subit le joug des institutions sociales.
Il est surprenant, en vérité, que les plus anciens peuples , tout-à-fait incultes sous d'autres rapports , aient eu des idées et des notions très exactes sur Dieu , le monde, l'immortalité , et même sur le mouvement des astres; tandis que les arts, qui ont pour objet les commodités de la vie , sont d'une invention beaucoup plus récente. Les premiers hommes appréciaient sai-
INTRODUCTION. 7 nement les choses les plus importantes ; c'étaient des enfans , quand il s'agissait du commerce ordinaire de la vie. Chez la plupart des peuples , il ne resta , sur l'origine des arts usuels, qu'un souvenir obscur , confus , imparfait.
Ne semble-t-il pas que ce souffle de la Divinité qui nous anime, que notre esprit ait reçu par la révélation immédiate d'un être supérieur, révélation continuée pendant quelque temps , certaines notions indispensables vers lesquelles il n'aurait pu de lui-même prendre l'essor ? Ce qui , au contraire i ne concernait que des intérêts matériels, resta voilé pour exercer les facultés de notre intelligence. Dans le cours des siècles, au milieu des fatigues auxquelles condamnait la culture d'une terre sauvage , les connaissances si pures de nos premiers aïeux s'obscurcirent; par compensation, la nécessité leur fit inventer une foule d'arts divers.
Le même écrivain dit quelque part : Le développement de l'intelligence n'a lieu qu'au moyen des idées et des opinions qui lui sont transmises. La tradition , ce principe de toute civilisation , de toute sagesse, de toute science, semblable à une eau vive, jaillit des temps les plus reculés.
Toute véritable sagesse repose sur la révélation et sur la tradition ; car les philosophes -moralistes ont en partie puisé , soit directement dans l'Ecriture , soit médiatement dans les doctrines religieuses du moyen âge , et, en partie, rassemblé les vérités éparses dans les écrits des philosophes païens dont s'honorent la
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Grèce et l'Italie. Ces derniers, eux-mêmes, ont emprunté leurs lumières a une source plus élevée : les Grecs j en effet, furent les maîtres des Romains; les premiers , d'ailleurs , tirèrent leurs connaissances et leur sagesse de l'Orient , tant au moyen des colonies , naguère fondées par Inachus, Cécrops , Danaüs, Cadmus, et principalement des traditions philosophiques, mais mystérieuses , d'Orphée , etc. , qu'au moyen des voyages que les derniers pères de la philosophie grecque , Thalès et Pythagore firent en Orient, Platon en Egypte, voyages pendant lesquels ils puisèrent à chaque source où la tradition s'était maintenue plus pure et plus entière.
§ III. — Nécessité d'une révélation et d'une tradition.
Ce n'est que par la révélation et la tradition que l'homme acquiert la connaissance d'un monde immatériel. Sans une cause et une impulsion supérieures , il lui eût été aussi impossible d'atteindre à cette hauteur que de pénétrer la physique sans la présence d'une nature visible , ou la psycologie sans l'usage de ses facultés intellectuelles. Ce n'est point là une simple conjecture, mais une vérité historique, aussi bien que démontrée par la nature de l'esprit humain. « Il est « merveilleux, dit un savant moderne, que la nature, « s'emparant de nous , pour ainsi dire , nous donne la « conscience de notre existence physique avant que
INTRODUCTION. 9 « nous soyons en état de la soupçonner , de la désirer, « et par conséquent de la comprendre. Par une sem- « blable merveille , il faut qu'une puissance supérieure, « s'exerçant aussi de prime-abord, nous élève jusqu'à « la conscience de notre existence morale. Nous devons « également en être avertis avant que nous puissions « l'apprécier, et par conséquent la souhaiter. »
Ces païens aussi , qui possédaient quelques étincelles divines , ne se les étaient point créées eux-mêmes , mais les avaient acquises en partie dans leurs relations avec les Juifs, en partie par le canal de la tradition antique, et au moins orale, qui consacrait le souvenir d'une révélation dans les temps primitifs. Jamais ils ne se fussent humanisés, si leurs prédécesseurs, moins barbares, ne les eussent mis sur la voie de la civilisation ; à plus forte raison encore , jamais ils n'eussent entrevu les notions divines, si la direction vers cet objet ne leur eût été imprimée par d'autres hommes déjà éclairés.
Aussi lisons-nous dans les Idées sur Fhistoire de la croyance religieuse : « Celui-là seul est capable d'in- « struire, qui possède lui-même de l'instruction , et la « civilisation n'a point une origine purement terrestre ; « elle ne s'est développée que sous l'influence d'une « puissance supérieure. Le principe de la civilisation « du genre humain réside en Dieu même. Pour dési- « gner le moyen de communication il existe un mot « propre, la révélation. Croyez-vous à la civilisation? « Eh! bien, vous devez croire aussi à la révélation,
so
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« Croyez-vous à l'existence d'une révélation entre « les hommes? Eh! bien, vous devez croire] à celle « d'une révélation entre le Créateur et la créature. »
§ IV. — Altérations qu'elles ont subies. — Causes de ces altérations.
Les traces d'un enseignement surnaturel se retrouvent chez les plus anciens peuples. Les Indiens adoraient un être bon et tout-puissant; les Egyptiens, un esprit qui dominait l'univers; les Chinois, les Perses, les Chaldéens, avaient plusieurs notions raisonnables sur la Divinité , et la religion des Grecs nous paraît incessamment plus noble et plus pure, à mesure que l'on descend dans la nuit des temps. Comme nous ne rencontrons cette brillante clarté qu'alors que nous envisageons chacun de ces peuples dans son berceau , et comme, dans leur jeunesse et leur âge viril, nous la voyons diminuer et s'obscurcir, le droit nous est acquis d'en conclure qu'au commencement de son existence et de ses travaux sur la terre , le genre humain possédait l'idée positive et vivifiante d'un Dieu; qu'il jouissait de la révélation dans toute sa pureté et avec toute sa grâce efficace , depuis si malheureusement défigurées et affaiblies.
Mais comment arriva- f -il que cet enseignement surnaturel perdit insensiblement , parmi les hommes , et sa pureté et sa sainte vertu ? que la~source limpide de la révélation, s'altérant et se troublant toujours de
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plus en plus avec le cours des siècles , souvent même se tarit et se dessécha? que les peuples, enfin, au lieu d'adorer le seul et vrai Dieu , et d'observer sa loi sacrée , se prosternèrent devant ses créatures , honorèrent le soleil, la lune, les étoiles, les animaux; divinisèrent les hommes dans de coupables apothéoses , souillèrent même de toutes les abominations de l'immoralité le culte de leur créateur? De puissantes raisons ont dû entraîner ce changement. Je place en première ligne la poésie et la philosophie , puis la sensualité et l'orgueil; en dernier lieu, l'influence de l'esprit des ténèbres.
§ V. — Poésie,
L'exaltation de l'âme, ses pieux élans, produits par l'idée vivifiante et positive d'un Dieu , ne demeurent point renfermés dans le sein de l'homme, mais se peignent , au-dehors , sur sa physionomie et par ses actions; le langage surtout, animé du feu de l'enthousiasme , atteste la noble émotion du cœur.
Cette effusion à l'extérieur de nos secrets sentimens , cette peinture de nos émotions par des expressions vives et sensibles, est, dans le sens propre du mot, le résultat direct de la poésie qui , lorsqu'elle plane dans les plus hautes régions et qu'elle recule indéfiniment les bornes de l'intelligence, a un objet tout religieux.
A peine l'homme, pénétré de l'idée d'un Dieu, ouvre-t-il la bouche , qu'il s'en échappe de pieux ac~ cens : la poésie le ravit à la hauteur des cieux , le pré-
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cipite dans les abîmes; tantôt le laisse contempler la fleur des campagnes , tantôt dirige ses regards vers les chênes sacrés du Liban ; le transporte dans les plaines étoilées , lui fait admirer la goutte suspendue au frêle roseau, ou l'immensité des mers et les prodiges des élémens, lui montrant Dieu comme le moteur suprême de ce grand tout.
Alors naissent les sentimens d'amour , de reconnaissance ? de soumission ; chaque parole en devient l'interprète ; les mots réunis forment des cantiques , les accords de la lyre accompagnent ces hymnes et provoquent le même enthousiasme dans l'âme des auditeurs.
Toutefois , les sensations ne se manifestent pas toujours au-dehors par des sons et des paroles; de même que le sentiment , son expression varie; souvent elle emprunte les formes durables de la sculpture, de la peinture, du dessin. *
Quelque utile que soit la poésie ou la science en général en tant qu'elle traduit au-dehors la piété intérieure, ou signale le doigt de Dieu dans les œuvres de la nature, et qu'elle invite l'homme à la contemplation, afin, soit d'éveiller en lui le sentiment religieux , soit de l'y maintenir ou de l'y exalter ; cependant elle manque aisément ce but quand les symboles employés par l'art deviennent trop sensibles , chez une nation ,
* Voir notre définition philosophique du mot poésie , dans notre Histoire littéraire de France, tome i , p. 72.
( Note du Traducteur. )
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surtout, où les idées religieuses sont la propriété des individus et non de la masse entière, où il n'existe aucune institution spécialement destinée à les proclamer sans cesse dans toute leur vérité , à ranimer et à rafraîchir les souvenirs. Il en est tout autrement chez un peuple entièrement chrétien : là , en effet , au moyen de symboles qui parlent à-la-fois à l'imagination et au cœur , la science , qui les fournit , est particulièrement chargée de vivifier et d'agrandir les idées religieuses , en même temps que l'enseignement oral, marchant toujours de front avec cet enseignement symbolique, prévient le danger d'une fausse interprétation. Aussi, n'est-ce que parmi les nations chrétiennes qu'un lien vraiment fraternel unit la science à la religion.
Il n'est pas rare que , par l'absence d'une utile explication , les païens confondent la Divinité avec les emblèmes qui la représentent , et que les idées religieuses , n'étant point proclamées dans leur pureté ni inculquées dans les esprits par un enseignement sans cesse renouvelé, disparaissent derrière .des symboles, des images, des noms et des attributs. Les exemples, à cet égard, sont innombrables.
Ainsi, quoique l'usage d'emblèmes matériels et qu'un langage figuré soient l'apanage propre et le trait caractéristique de l'Orient , toutefois , malgré l'habitude, le peuple ne pouvait s'élever toujours jusqu'à la vraie contemplation , ou du moins se maintenir continuellement à cette hauteur.
Par conséquent , chez les peuples primitifs et leurs
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successeurs , originairement enclins à la vie religieuse , les arts n'en étaient point le soutien assuré, et , loin qu'ils réveillassent une ferveur éclairée, ils enfantèrent souvent les abus que j'ai précédemment décrits.
L'homme inspiré , lui-même \ dépasse bientôt les bornes , quand il n'est point guidé par des sentimens et par des emblèmes clairs et exacts ; une démence impie l'égaré ; il s'imagine entendre la voix de Dieu ] il se croit animé d'une flamme divine ; et , dans cet état , tous les objets extérieurs dont la grandeur et la beauté frappent ses regards, il les salue du nom de la Divinité.
Alors s'élèvent des temples, des lieux consacrés, des cavernes sombres et prophétiques , de redoutables bocages ; l'être dont l'activité embrasse l'univers est circonscrit dans un étroit espace, l'infini est resserré sous des formes bornées , le monde , cessant d'être l'ouvrage du Créateur, est adoré comme un dieu ; de là le polythéisme , de là ces divinités faites à l'image de l'homme et des animaux, les mythes*, les fétiches... voilà à quel point se dégradent les arts et la poésie lorsqu'ils obscurcissent la vérité et détrônent le Créateur , au lieu d'éclairer l'une et de prêter à celui-ci, dans l'imagination des hommes, le secours de leurs brillans prestiges.
§ VI. — Philosophie.
La philosophie consiste dans les efforts de l'esprit humain pour coordonner , avec clarté , les idées rela-
* Mythes, de pïf&Qç , fable , fiction.
INTRODUCTION. i5
tives à Dieu, à l'homme , au monde , et pour asseoir, d'une manière inébranlable , la foi que nous y ajoutons , sur la connaissance des rapports intimes et rigoureux de ces idées entre elles.
Mais , une fois livrée à une pure spéculation , la philosophie peut dégénérer aisément et tomber dans d'étranges erreurs.
Dès qu'elle ne se renferme plus fidèlement dans le sanctuaire de la révélation ou de la tradition , et qu'elle prétend comprendre l'incompréhensible , connaître et pénétrer l'impénétrable , elle s'égare et se précipite dans une foule de méprises et d'inconséquences. Libre de toute entrave, la spéculation est infatigable dans ses recherches , si étendues et si variées , du principe générateur ; son premier regard embrasse la nature , et ce qui s'y représente généralement, ce qui y produit les plus remarquables effets , les plus surprenans phénomènes , par exemple , l'air , l'eau , le feu , la matière même , considérée dans son ensemble, est aussitôt élevé au rang de cause première, de divinité.
Cependant le travail amène des progrès : on avoue que la matière est morte , sans mouvement , sans activité. Mais quelque chose lui donne l'impulsion , la sort de son inertie , circule constamment en elle , y fait affluer la vie , et entretient la force vitale : ce moteur, ce souffle partout répandu , ce principe dont la vertu expansive et efficace s'exerce indéfiniment dans la nature , celte âme de l'univers, est Dieu.
Une investigation plus approfondie montre cette
r6 INTRODUCTION.
harmonie de toute la création œuvre nécessaire d'une intelligence, détruite par de choquantes dissonances. Dès-lors , ou bien l'on reconnaît à l'intelligence de grossières imperfections , ou bien l'on élève à ses cotés un être d'un caractère diamétralement opposé ; dèslors existent un bon et un mauvais principe ? un créateur et un destructeur , un prince de lumière et un prince de ténèbres.
Selon d'autres que frappent ces inconséquences et ces contradictions, Dieu doit être exempt de toute imperfection , entièrement pur et sans mélange , heureux de sa propre béatitude. Aussi l'isolent-ils toutà-fait du monde , et l'exilent - ils , pour ainsi dire , dans la plénitude de sa félicité , où , ne s'inquiétant ni des hommes ni du reste des créatures, concentré en lui-même, il jouit d'un éternel repos. D'autres encore sont conduits, par l'étonnante et inévitable succession des évènemens d'ici-bas , à placer au-dessus de l'univers un destin aveugle et inexorable, auquel obéissent les dieux mêmes.
Mais un nouveau caprice de l'esprit humain renverse tous ces systèmes. On se rit du destin, des dieux et de leur histoire ; on se rit enfin des recherches dont ils étaient l'objet. L'athéisme est alors inévitable.
Ainsi se succédèrent les suppositions, les théories et les systèmes, auxquels, sans distinction, l'antiquité païenne donna naissance , contribuant par là , à effacer et à anéantir les idées primitives.
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§ VII. — Orgueil et sensualité,
L'orgueil et la sensualité sont les deux tyrans du monde. De même qu'en faisant naître l'incrédulité , ils causèrent la première transgression , de même encore ils cherchèrent à obscurcir les célestes rayons de la vérité révélée , par la fumée d'une flamme impure , puis , à la lueur d'une torche trompeuse, à engager les hommes dans un ténébreux labyrinthe. L'orgueil , ignoble enfant de l'amour de soi, combattit sous toutes les formes l'éternelle vérité. C'est ainsi que nous avons déjà appris à le connaître sous celle de la spéculation; car la fausse philosophie était et voulait rester étrangère à l'humilité. Ce mystère à la hauteur duquel la raison de l'homme ne saurait parvenir , précisément parce qu'il est homme, c'est-à-dire la connaissance de la science divine, Dieu en donna la clef à l'humilité, fidèle à sa parole, et ne la donna qu'à elle seule. Pour elle aussi s'ouvrent les portes de la vérité ; et s'il s'en ouvre quelqu'une devant l'orgueilleux philosophisme-, ce n'est jamais que la porte de l'erreur. L'histoire de tous les temps en offre la preuve éclatante.
Indépendamment du sophiste orgueilleux qui, sans secours étrangers et par l'effort de son propre génie , prétend sonder les profondeurs de la vérité, il en est encore un autre qui, avec le talent le plus borné , dédaigne pourtant le Dieu saint et éternel ; et nonseulement le dédaigne, mais le repousse, parce que son esprit, rabaissé jusqu'au dernier degré de l'échelle
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morale, n'a rien à espérer de lui, ou parce que d'autres objets captivent ses goûts.
L'amour de soi , bien entendu , nous fait tendre de tout notre être vers la Divinité, de même que, dans la nature physique , les corps, dont rien ne détourne la direction, tendent vers le centre de la terre. Mais l'amour de soi, influencé par les sens, se soustrait volontiers à l'ordre général, à la loi divine, ne trouvant à se satisfaire qu'au sein des plaisirs et des délices du monde.
A l'exemple de cette raison qui , se déifiant ellemême, se révolte contre la vérité, le cœur vicieux et la volonté perverse se révoltent à son seul nom.
Dès les premières pages de l'Ecriture sainte , les enfans de Dieu se trouvent distingués des enfans des hommes; c'est-à-dire qu'une différence est établie entre ceux qui vivent selon la loi de Dieu , et ceux qui , s'affranchissant du joug delà Providence et des préceptes divins , vivent d'après la chair et se plongent dans les voluptés mondaines. Quoique l'Ecriture sainte ne nous parle point de l'idolâtrie des premiers temps, il est cependant très probable qu'elle se manifesta de bonne heure parmi les enfans des hommes.
Aussi voyons-nous que, chez la plupart des peuples, le culte des idoles était uni à l'impureté des mœurs. Et si la sensualité n'engendra pas directement l'idolâtrie, du moins elle contribua puissamment à en accélérer l'apparition , à la propager au loin , à en faire la sauve-garde de l'immoralité.
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§ VIII. — Influence de V esprit de ténèbres.
L'Ecriture sainte nous enseigne que nos premiers parens furent trompés par le mauvais esprit. Jésus- Christ appelle le démon , homicide dès le commencement. Il le nomme aussi « menteur» et « père du mensonge ». L'apôtre saint Paul dit : « Les sacrifices des « païens s'adressent au diable , et non à Dieu ». Le pieux Psalmiste avait déjà dit des Israélites idolâtres, « qu'ils offraient leurs fils et leurs filles aux démons. »
On ne peut douter que ces ennemis de Dieu et des hommes n'aient déterminé l'apostasie des peuples. Il serait difficile de comprendre i en effet , comment , sans leur influence et dès les premiers temps , l'idolâtrie présenta aussitôt qu'elle parut et conserva toujours le triple caractère du mensonge ? de l'immoralité et de l'homicide, chez tous les peuples de l'antiquité. J'ignore comment ceux qui nient la corruption de l'espèce humaine i aussi bien que l'influence des esprits sur cette corruption , expliqueraient un tel phénomène. Que les hommes qui s'éloignaient de Dieu s'abandonnassent à la fougue de leurs désirs , c'était la marche de la nature ; qu'ils prêtassent à leurs fausses divinités les passions humaines ? c'était le signe d'une terrible dégradation ? naturelle toutefois dans l'avilissement oii ils étaient tombés ; mais qu'ils fissent consister le culte divin dans la débauche et l'homieide, c'est ce qu'on ne saurait expliquer, selon moi ? que par les artifices de l'esprit impur : « Homi-
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« cicle dès le commencement, il n'est point demeure « dans la vérité, il est menteur et père du mensonge.» ( Saint Jean y vm , L\[\. )
§ IX. — Justes fidèles à la révélation. — Peuple de Dieu.
Par opposition à l'oubli de la Providence et au culte des idoles , il se continua une série de saints et de justes qui , individuellement ou bien tant avec leurs familles qu'avec la masse entière du peuple, persévéraient à adorer Dieu et à marcher à la lumière de la révélation.
Quoique, par la trangression des ordres divins, les premiers hommes eussent mérité la colère céleste , et qu'ils eussent été chassés du Paradis, séjour rempli de délices , Dieu ne les laissa cependant point sans consolation, et ne leur retira point son appui. Il continua de se révéler à eux et à leurs descendans de diverses manières. Gain et Abel offraient déjà à Dieu les prémices des fruits et les premier-nés de leurs troupeaux : probablement, après la chute d'Adam, le Seigneur avait lui-même ordonné ce sacrifice.
« Adam ayant vécu cent trente ans , engendra un a fils à son image et à sa ressemblance, et il l'appela « Seth. » ( Gen. y V, 3. )
De même que l'ange du péché établit son empire parmi les descendans de Gaïn , de même l'ange de miséricorde habita quelque temps parmi les descen-
IOTRODUCTION.
dans de Seth. Toutefois, nous ne devons pas croire que ceux-ci furent tous des saints , que ceux-là furent tous des pécheurs.
« Il naquit aussi un fils à Seth , qu'il appela Enos; « celui-là commença d'invoquer le nom du Seigneur » {Gen., iv, 26.), c'est-à-dire, sans doute, qu'il rassembla le premier la foule pour honorer Dieu par un culte public.
A la cinquième génération qui suivit Seth, parut Enoch , trois cent huit ans avant la mort d'Adam. L'Ecriture sainte rapporte de lui : « Or , Enoch , « ayant vécu soixante et cinq ans, engendra Mathusa- « lern. Enoch marcha avec Dieu, et, après avoir engendré « Mathusalem, il vécut trois cents ans, et il engendra « des fils et des filles. Et tout le temps qu'Enoch vécut « sur l lerre fut de trois cent soixante et cinq ans. « Il marc .cî avec Dieu, et il ne parut plus, parce que « Dieu l'enieva. » ( Gen. , v, 21-24. )
Voici ce qu'en dit le fils de Sirach: « Nul n'est « né sur la terre comme Enoch, qui a été ensuite « enlevé de dessus la terre. » ( Eccîés. , xlix , 18.)
Cet Enoch, comblé de tant de grâces, était le bisaïeul de Noé.
La race ou les races, dans. lesquelles dominait la crainte du Seigneur, sont désignées par les Livres saints, sous le nom honorable à'enfans de Bien; celles , au contraire , qu'aveuglaient leurs passions , y sont appelées enfans des hommes.
Ecoutons les paroles mêmes de l'Ecriture : ce Après
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ce que les hommes eurent commencé à se multiplier ce sur la terre , et qu'ils eurent engendré des filles , « les enfans de Dieu, voyant que les filles des hommes « étaient belles, prirent pour leurs femmes celles ce d'entre elles qui leur avaient plu. Et Dieu dit: ce Mon esprit ne demeurera pas toujours avec l'homme, ce parce qu'il n'est que chair, et le temps de l'homme ce ne sera plus que de six -vingts ans. » ( Gen. ? vi, 1-3.)
Après que Enoch eut été retiré du monde , le nombre des hommes pieux se réduisit, au point qu'il n'exista à la fin qu'un seul juste.
L'Ecriture en parle en ces termes : ce Noé trouva
ce grâce devant le Seigneur Noé fut un homme
ce juste et parfait au milieu des hommes de son temps: ce il marcha avec Dieu. » ( Gen., vi, 8 , g?
ce Or , la terre était corrompue dev^c Dieu et ce remplie d'iniquités. Dieu voyant donc cette corce ruption de la terre (car la vie que tous les hommes a y menaient était corrompue), il dit à Noé: J'ai tf résolu de faire périr tous les hommes : ils ont rempli ce toute la terre d'iniquité ? et je les exterminerai avec ce la terre. » ( Gen. , vi , i i-i 3. )
Dieu annonça à Noé le déluge général : ce Tout ce ce qui est sur la terre sera consumé. J'établirai mon ce alliance avec vous. » f Gen. , vi, 17, 18. )
Dieu lui ordonna de construire une arche , pour s'y retirer lui , ses trois fils , Sem , Cham et Japhet, avec leurs femmes ; pour y faire entrer des animaux
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de chaque espèce, ainsi que la nourriture nécessaire aux hommes et aux animaux. Noé exécuta les ordres du Seigneur.
Lorsque Noé et les siens entrèrent dans l'arche, les sources du grand ahîme des eaux furent rompues , les cataractes du ciel s'ouvrirent, et la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Tous les hommes moururent , et généralement toutes les créatures vivantes. Noé seul survécut avec ceux qui se trouvaient dans l'arche.
Quand les eaux, en se retirant, permirent à la terre de se dessécher, INoé , suivi de sa famille , sortit de l'arche par l'ordre de Dieu. « Il dressa un autel au « Seigneur, et , prenant de tous les animaux et de « tous les oiseaux purs , il les lui offrit en holocauste « sur cet autel. » ( Gen.y vni, 20.)
«. Le Seigneur en reçut une odeur qui lui fut très « agréable. Alors il bénit Noé et ses enfans, et leur « dit : Croissez et multipliez-vous , et remplissez la « terre. Il leur défendit de répandre le sang humain ; « car l'homme a été créé à l'image de Dieu.»( [Gen. > vin, 21 ; ix, 1,6.) Ainsi il fonda sa loi sur l'amour de Dieu et du prochain.
Le Seigneur contracta alors une alliance avec Noé et ses enfans . mie alliance d'amour et de paix.
« Ne connaissant point la force du vin, Noé s'enivra « un jour, et parut nu dans sa tente. Cham , père de a Chanaan , le trouvant en cet état, et voyant que * ce que la pudeur obligeait de cacher en son pèr
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« était découvert , sortit dehors et vint le dire à ses « frères ; mais Sem et Japhet , ayant étendu un mante teau sur leurs épaules, marchèrent en arrière, et « couvrirent en leur père ce qui y devait être caché. « Ils ne virent rien en lui de ce que la pudeur défen- « clait de voir, parce qu'ils tinrent toujours leur « visage tourné d'un autre coté. Noé, se réveillant « après cet assoupissement, et ayant appris de quelle « sorte l'avait traité son second fils , il dit: «Que Cha- « naan soit maudit , qu'il soit à l'égard de ses frères ce l'esclave des esclaves. »II dit encore : «Que le Seigneur, « le Dieu de Sem soit béni , et que Ghanaan soit son a esclave! Que Dieu multiplie la postérité de Japhet, a et qu'il habite dans les tentes de Sem , et que Cha- « naan soit son esclave! » ( Gen., ix, 21 ,27.)
À partir de la bénédiction que Noé donna à Sem et à Japhet, l'Ecriture sainte ne nous apprend plus rien de ce patriarche, sinon que Noé vécut encore trois cent cinquante , et Sem cinq cent deux ans après le déluge.
De la dispersion des peuples , dont on ne saurait fixer l'époque d'une manière rigoureusement exacte , la Genèse passe à la vocation d'Abraham, laissant un quart de siècle dans l'obscurité. Il est donc possible que le nombre de ceux qui, soit personnellement, soit avec toute leur famille et leur nation, continuèrent à honorer le vrai Dieu , n'ait pas été réduit au point , ni affaibli aussitôt qu'on le pense communément. Le silence des Livres saints n'en est pas une preuve. La
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suite de l'Écriture nous conduit à une apparition nouvelle : « Melchisédech , roi de Salem , offrant du a pain et du vin, parce qu'il était prêtre du Dieu a très haut, bénit Abram , en disant : qu'Abraham soit « béni de Dieu très haut, qui a créé le ciel et la terre. « Et que le Dieu très haut soit béni , lui qui , par sa « protection, vous a mis vos ennemis entre les mains.» ( Gen., xiv, 18-20.)
Parmi les serviteurs de Dieu qui n'appartenaient pas au peuple d'Israël, on compte ordinairement Jethro.
Nous savons aussi que Job vécut en homme pieux ; que ses trois amis, Eliphas, Baldad et Sophar, ainsi que Elihu, adorateur du Dieu vivant, étaient animés d'un zèle sincère pour la gloire du Seigneur.
Cependant, le nombre des enfans de Dieu diminuait de jour en jour : entraînés par l'exemple des enfans des hommes, entraînés par la sensualité et l'orgueil , ils jouissaient et abusaient des bienfaits de la création, sans songer au créateur; ils étouffaient la voix delà conscience, altéraient les saintes traditions^ s'abandonnaient aux coupables penchans de leur cœur, s'éloignaient de Dieu.
Quand le Seigneur vit les nations négliger la science des choses divines, dont il leur avait fait le précieux dépôt, perdre son souvenir, se rendre esclaves de leurs passions , se livrer à l'idolâtrie, il résolut, afin de maintenir parmi les hommes la connaissance des traditions célestes, de se choisir un peuple, voué à son service et
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gardien de la révélation, jusqu'à ce que le temps fût accompli où « par les entrailles de la miséricorde de « notre Dieu , le soleil levant viendrait nous visiter « d'en haut, pour éclairer ceux qui seraient assis dans « les ténèbres et dans l'ombre de la mort, et pour « conduire nos pieds dans le chemin de la paix. » ( Saint Luc , i, 78, 79.)
Dans sa clémence , le Seigneur choisit un homme d'Ur en Chaldée, nommé Abraham et qui, bien que issu du patriarche Sem , était fils d'un idolâtre. Il apparut à Abraham , lui promit qu'en lui seraient bénis tous les peuples de la terre ; il se révéla à ses descendans , et leur confia la connaissance de la céleste vérité.
De cette sainte famille sortit le peuple d'Israël, que Dieu , afin de maintenir la science divine dans sa pureté, sépara de toutes les nations. Au sein de ce peuple fut écrit ce livre sacré qui , avec une si noble simplicité et une grâce inimitable, nous annonce l'existence de Dieu, sa miséricorde envers les hommes, notre chute déplorable et notre délivrance des maux éternels.
Toutes les révélations contenues dans ce livre, ont un rapport plus ou moins direct avec le Désiré! avec le Messie ! « dont le règne n'aura point de fin , qui « dominera d'une mer à l'autre , par lequel tous les « peuples seront bénis, que doivent adorer tous les « rois , auquel seront assujéties toutes les nations ! »
Cette attente où le Seigneur avait placé son peuple, le disposait à recevoir la doctrine du fils de Dien.
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§ X. — Hayons de la lumière révélée chez les idolâtres.
Le Livre sacré, appelé à si juste titre le livre par excellence , présente toutes les vérités dont la connaissance et l'examen restituent à l'homme sa dignité; lui révèlent l'être des êtres; lui dévoilent son origine, sa nature , sa destination , ainsi que l'origine du monde; lui assurent le repos durant sa vie et une sainte immortalité.
Il n'en est pas de même des livres et des documens qui appartiennent aux autres peuples de l'antiquité. Tous, en effet, excepté les livres chinois, sont un bizarre mélange des plus hautes vérités avec les extravagances les plus extraordinaires : par exemple , le Coran de Mahomet.
Quelques-uns de ces livres , prétendus sacrés , principalement ceux des Indiens , remontent à une époque très reculée. Tous contiennent des fragmens, fort précieux en eux-mêmes , mais qui le deviennent d'autant plus à nos yeux , que nous y trouvons les traces de la tradition céleste, et des notions , tant sur les mystères de notre religion , que sur la création de l'homme «, sur le déluge, sur les premiers évènemens qui signalèrent l'eufance du genre humain. Partout se représente la doctrine d'un être, maître de l'univers, et de ces principes secondaires que l'on appela divinités. Presque tous les peuples nous offrent , d'une manière plus ou moins positive , plus ou moins méconnaissable ?
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le dogme de la Trinité ; on le rencontre même , aussi clairement énoncé que parmi nous , dans quelques livres chinois , chez les nations païennes de l'Asie supérieure et dans les Indes. De même encore, ces écrits attestent et la dignité originelle de notre nature, et sa déchéance. La condition et les évènemens des temps primitifs : une époque d'innocence et de bonheur, la chute et la vie prolongée des premiers hommes , leurs crimes et leur punition lors du déluge universel , le nombre des personnes sauvées dans l'arche; quelques-unes des circonstances qui accompagnèrent le déluge , par exemple , la colombe envoyée à la découverte; le sacrifice de Noé quand il fut de nouveau descendu à terre; l'arc-en-ciel figuré dans les airs en signe de réconciliation , et dont Homère parle presque dans les mêmes termes que Moïse; l'ivresse de Noé et la conduite différente de ses fils; la tour si follement entreprise et la confusion des -langues, conservées même dans le souvenir des Américains... Tous ces évènemens, dis-je, et cette circonstance commande notre attention , se retrouvent individuellement dans les traditions des divers peuples, tandis que, au contraire, les faits postérieurs, dont les nations, dispersées après la confusion des langues, n'ont pu avoir connaissance, ne sont décrits que par l'Ecriture sainte. J'en excepte, toutefois, les particularités transmises chez les peuples païens, parce qu'ils en furent les témoins oculaires.
Cette circonstance même jette un plus grand jour
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sur l'origine et sur la marche de la tradition divine* Je suis donc en droit de ne point reconnaître d'abord i parmi les Israélites, les traces des mystères et de la révélation , puisque ces vestiges se rencontrent chez tous les peuples anciens. Ce procédé, d'ailleurs, est d'autant plus raisonnable que , premièrement , d'après les desseins de Dieu , les Juifs vivaient isolés , n'ayant avec les autres nations que des relations de commerce, fort restreintes , excepté sous le règne de Salomon ; et qu'en second lieu, les notions que je signalerai chez les divers peuples remontent à la plus haute antiquité, parmi les bramines surtout, trop orgueilleux pour rien emprunter aux étrangers, et auxquels Sem communiqua la sagesse, quoique leurs interprétations aient si étrangement défiguré les traditions de ce patriarche.
C'est avec toute raison que l'on rapporte aux fils de Noé les connaissances de ces peuples. Gomme l'histoire d'Abraham ne fait aucune mention du patriarche Sem, l'on présume qu'à l'époque de la confusion des langues, il demeura en Orient où ses fils Elam, Assuf^ Lud et Aram devinrent les souches des Perses, des Assyriens , des Lydiens , des Syriens , tandis que Jeo tan ( fils d'Héber, petit-fils d'Arphaxad, arrière-petitfils de Sem ) fut probablement celle des habitans de l'Inde.
Au nombre des treize fils de ce Jectan , l'Écriture sainte place un Ophir, qui donna sans doute son nom à cette riche Ophir dont parle l'histoire de Salomon,
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Elle était, selon de très spécieuses apparences, située dans l'Arabie-Heureuse ou dans les Indes.
Cette bénédiction : « Loué soit le Seigneur, le dieu de Sein »! que Noé ne donna sans doute pas à Sem sans une inspiration divine, s'accomplit sur les fils d'Abraham. Peut-être s'étendit - elle aussi, quoiqu'en une rosée moins pure , sur d'autres descendans de Sem , fidèles au culte du Seigneur , et dépositaires de la tradition vivante : la longue vie de ce patriarche autorise cette conjecture.
Du moins il est à présumer que Sem vécut en Perse ou dans l'Inde, pays qui ne tomba ni de si bonne heure ni si profondément que les autres dans l'idolâtrie , où , d'ailleurs , après tant de siècles , il est conservé jusqu'aujourd'hui de si nombreuses traditions.
§ XI. — Utilité de ces rayons épars.
Les plus anciennes histoires des différens peuples ont donc évidemment pour base des vérités, altérées depuis, dans une proportion plus ou moins grande, par l'arbitraire des fictions. Si la fable les enveloppa d'obscurité et y sema de l'incohérence, toujours est-il que les traits essentiels concordent avec les Livres feints; la différence gît dans des détails purement accessoires'.
Lorsqu'on retranche les fictions propres à chaque nation , et qu'on compare entre elles les diverses doc-
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trines, ces opinions populaires prennent une forme et de la consistance, puis, nous servant de guide à travers d'innombrables et obscurs détours, elles peuvent enfin nous conduire au foyer de la révélation, où la lumière brille dans sa pureté.
§ XII. — Traditions spécialement relatives à la rédemption.
Si les croyances des peuples dérivaient , pour la plupart, d'idées religieuses mal entendues, il en devait exister aussi qui indiquassent , d'une manière plus ou moins obscure, la mystérieuse doctrine de la réconciliation du monde par l'entremise d'un divin sauveur, et qui préparassent ainsi les hommes à l'œuvre de leur rédemption.
On ne saurait comprendre que toutes les traces d'un enseignement surnaturel, à cet égard, se fussent évanouies. Il est beaucoup plus probable que Dieu pre-> nait un soin particulier de conserver, de rafraîchir ? de vivifier parmi les peuples, la vérité, à laquelle se rattachent plus ou moins directement toutes les révélations de l'ancienne alliance, celle de l'attente du divin, « du grand Messie ». Le but de cet ouvrage est: de transformer cette spécieuse probabilité en une certitude inébranlable, et, par conséquent, d'arracher la vérité du sein des préjugés fabuleux.
DOCTRINE
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