‹ Rédemption du genre humainChapitre 6 sur 17 · CHINE · texte numérisé non relu

CHINE

§ I. — Origine des Chinois,

Les Chinois sont incontestablement l'un des plus anciens peuples de la terre, et le seul qui ait eu le bonheur de se conserver jusqu'à nos jours, tandis que les Egyptiens, les Chaldéens, les Chananéens ont, depuis long-temps, disparu. Les Juifs même sont un peuple très moderne en comparaison des Chinois , car leur première souche est Abraham ; or, du temps d'Abraham et d'Isaac, du temps même de Jacob, ils ne formaient encore qu'une famille, et ne s'accrurent , de manière à constituer une nation, que par les douze fils de ce dernier patriarche. L'histoire véritable des Chinois remonte au contraire à une époque si recu-

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lée, que leur existence date environ de deux siècles après le déluge : probablement elle remonte plus haut encore, mais , non-seulement ces premiers temps.présentent de l'incertitude et de l'erreur, ils sont aussi environnés de fables. Evidemment les Chinois, comme tous les autres plus anciens peuples de l'Orient, forment un rameau détaché de la famille de Sem.

§ II. — Source de leurs notions sur les vérités révélées.

La connaissance de vérités divines, répandue en Chine, prouve que ses habitans jouirent du bienfait d'un enseignement surnaturel, au moyen de la tradition céleste *. En effet, non-seulement nous trouvons

* Ce n'est que vers la fin du dix- septième siècle que les Européens acquirent des notions plus approfondies sur les antiquités et sur l'esprit des Chinois, avec lesquels ils n'avaient eu jusqu'alors que des relations de commerce très bornées, rapports où un peuple se montre rarement à son avantage. Nous devons nos plus précieuses données sur cette nation à nos missionnaires catholiques, spécialement à quatre jésuites français qui ont traduit en latin quelques ouvrages chinois fort importans , publiés ensuite par l'un d'eux , le père Couplet, sous ce titre: Confucius, Sinarum philosophus , sive scientia sinensis, Parisiis, 1687. On attache encore le plus grand prix aux Mémoires concernant l'histoire, les sciences , les arts , les mœurs , les usages , eta., des Chinois , par les missionnaires de Pékin; mémoires composés par deux Chinois qui vécurent quelques années en France, communiquèrent aux Européens les connaissances de leur patrie, ety retournèrent en qualité de missionnaires. Enfin , on peut consulter avec fruit l'ouvrage intitulé : Mardnii historia sinica.

La comparaison de nos citations avec les ouvrages originaux prouvera leur exactitude, bien qu'elles ne soient pas littéralement extraites.

chez ce peuple le dogme de l'unité du Dieu éternel , tout-puissant , infiniment sage , présent en tous lieux , centre de toute science, immuable, infiniment juste, saint, heureux, miséricordieux; mais nous y trouvons encore dès doctrines et des mystères, que la seule raison n'enseigne pas , à la connaissance desquels l'homme ne saurait parvenu1 que par la voie de la révélation et de la tradition. Or, de quelle source pouvait découler cette instruction, sinon de Noé, qui avait prêché le repentir aux peuples primitifs , de Sem, son descendant, qui s'était avancé jusqu'aux extrémités de l'Orient?

§ III. — Rareté des premiers ouvrages chinois.

On ne peut s'étonner de ce que nous ne connaissions pas encore plus à fond les traditions primitives des Chinois, puisque, 2i3 ans avant J.-C. , FempereurTsin-Chi-Hoangti donna l'ordre barbare de brûler tous les livres, excepté ceux qui avaient trait à l'agriculture, à la médecine, au destin futur et à l'histoire de sa famille. Cependant, on sauva de précieux fragmens des ouvrages de Confucius et de ses disciples, vénérés, dès les premiers temps, comme des livres sacrés * ; c'est pourquoi nous rencontrons des traits de

* Des savans européens, qui ont étudié l'histoire de la Chine (par exemple , du Halde, de Guignes) , assurent que les ouvrages chinois, les plus anciens et regardés comme sacrés, ne sont que les débris d'une littérature antique et fort riche , qu'ils ont été sauvés d'un in»

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lumière partiels, sans que les idées présentent l'enchaînement désirable.

§ IV. — Croyances des Chinois.

Outre une morale excellente, ces fragmens et les livres canoniques des Chinois offrent des traces remarquables de vérités révélées. Au milieu de fables incohérentes, nous lisons que Tao créa le ciel et la terre, et comme Tao signifie trois personnes dans une, ces ouvrages disent que l'une tira l'univers du néant, que l'autre sépara les êtres confondus dans le chaos, que la troisième fit le jour et la nuit.

L'on y trouve la création de l'homme, formé avec de la terre jaune. L'on y trouve un paradis terrestre, placé à la porte du ciel fermée à ses habitans, ar-

cendie auquel un empereur avait condamné tous les livres. Le prince, auteur de cette destruction générale , s'appelait Tsin-Chi-Hoang , et vivait environ deux cents ans avant l'ère chrétienne , trois cents ans après Confucius. C'était un monarque sage , le même qui , pour protéger l'empire contre les invasions des Mongols, éleva la grande muraille. Mais il avait des préventions contre les écrits les plus estimés à cette époque , particulièrement contre ceux de Confucius ; il s'était imaginé qu'ils introduisaient dans les esprits un levain de désobéissance et de contradiction • aussi avait-il ordonné qu'on remît tous les livres pour qu'on les jetât dans les flammes. Plusieurs savans qui survivaient à ce désastre furent mis à mort. ^Beaucoup de Chinois , cependant , hasardèrent leur vie pour sauver les meilleurs ouvrages et les cacher dans les murs , les souterrains , les tombeaux. A une époque meilleure, on les rechercha, mais on les trouva tellement endommagés par les vers et l'humidité , que les plus grands soins n'aboutirent qu'à en rétablir un petit nombre.

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rosé par quatre fleuves qui jaillissent d'une source jaune. ( Le jaune est la couleur sacrée des Chinois. ) On le nomme le Jardin, dont la vue et l'entrée sont également interdites , mais d'où la vie s'est répandue. L'on y trouve un arbre, duquel elle s'est, pour ainsi dire, détachée comme son fruit naturel: l'on trouve encore la description d'un âge d'or. « Le désir immo- « déré de la science , observe Hoinantsee, a perdu le « genre humain. »

Un ancien proverbe dit : « Il ne faut pas écouter « les discours de la femme ». La glose ajoute : « Car « la femme a été la source et la racine du mal. »

« Après la dégradation de l'homme , dit Lopi , « les animaux, les oiseaux, les insectès et les serpens « commencèrent à l'envi à lui faire la guerre. Après « que l'homme eut acquis la science, toutes les créa- « tures furent ses ennemies. En moins de trois ou de « cinq heures, continue Lopi, le ciel changea, et « l'homme ne fut plus le même. »

« Quand l'innocence eut été perdue, dit Hoinantsee, « parut la miséricorde. »

§ V. — Emblèmes et dogmes divers.

De pieux missionnaires ont cru reconnaître les mystères les plus élevés du christianisme dans l'écriture figurée des Chinois. Ainsi , relativement au signe qui indique un être dont on attend la présence, et qui retrace un nuage auquel un enfant se trouve suspendu , le père Cibot se rappelle la parole du prophète

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Isaïe : « Et nubes pluant justum ». Cibot voit le rédempteur , le Messie , dans plusieurs semblables figures ; un signe antique , incompréhensible pour les Chinois modernes , inexplicable pour les anciens auteurs , lui représente même la chute du premier homme : c'est un arbre sous lequel sont placées deux personnes , et, au-dessus, la tête d'un démon.

A l'exemple de l'autel que l'apôtre saint Paul trouva , à Athènes , avec cette inscription : « Ignoto Deo » , ces emblèmes religieux pouvaient , soit dans le cours d'une prédication , soit même dans une simple conversation avec des Chinois , fournir à un pieux missionnaire l'occasion de préparer la voie aux vérités de l'Evangile.

Il est possible que le dernier signe ait réellement le sens que lui attribue Cibot*; car, bien certainement, la doctrine héréditaire de notre première chute dut se conserver long-temps au sein de la race séparée, de laquelle sont issus les Chinois actuels ; mais les plus anciens écrivains de ce pays étaient déjà étrangers à cette interprétation.

On ne saurait méconnaître non plus l'importance du triangle équilatéral , que le père Cibot regarde comme le symbole de Yunité.

D'après le dictionnaire , composé par l'empereur Kanghi , il indique aussi conjonction. Un livre, particulièrement estimé des Chinois, dit: « Le triangle

* Cibot , Mémoires concernant les Chinois.

« signifie trois, confondus en un ». Une savante explication des plus anciens caractères, Lieufutsing, s'exprime ainsi sur ce sujet : « Le triangle est l'emblème d'une se- « crête conjonction , de l'harmonie , premier bien de « l'homme , du ciel et de la terre. C'est la conjonction « des trois Tsai ( Tsai^ dit Ko, indique le principe gé- « nérateur, le pouvoir, la science dans Tao). Réunis « et simultanément , ils gouvernent , créent et sou- « tiennent ce qui est créé. »

Un autre livre dit: « Autrefois l'empereur offrait, « tous les trois ans, un sacrifice solennel à l'esprit de « conjonction et d'unité. »

« L'on connaît en Europe , rapporte Ko , le fa- «m eux texte de Laotsee : Tao est un , de sa nature ; « le premier engendra le second; les deux premiers ont « produit le troisième ; les trois ont fait toutes choses.»

Voici comme s'exprimait , relativement à l'origine de l'univers, le philosophe Lilaokium , plus ancien que Confucius: « La loi ou la raison produisit l'un; celui- « ci produisit deux ; les deux produisirent trois ; les « trois produisirent toutes choses ». Cette sentence, au témoignage de Couplet , est encore répétée par les sectateurs de son école.

Suivant un texte différent: « Celui qui, pour ainsi « dire, est visible, sans néanmoins être vu , s'appelle « Khi. Celui que l'on peut entendre , quoiqu'il ne parle point aux oreilles , se nomme Hi. Celui qui « se laisse, pour ainsi dire , sentir, bien qu'il se « dérobe au toucher, s'appelle Uri.En vain interrogez-

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« vous vos sens sur la nature de ces trois êtres , la « raison seule peut vous en instruire , et , ce qu'elle « vous apprend, c'est qu'ils ne forment qu'un, au- « dessus duquel ne brille aucune lumière , au-dessous « duquel n'existent aucunes ténèbres. Il est éternel. « Aucun nom ne saurait lui être attribué; il ne « ressemble à aucune de toutes les choses qui nous « entourent. C'est une figure sans forme , une forme « sans matière. Sa lumière est enveloppée de ténèbres. « Elevez-vous les yeux? vous ne voyez pas son como mencement. Le suivez-vous ? vous n'en trouvez pas « la fin. Par cela seul qu'il est le Tao de tous les « siècles , jugez quelle est sa nature. Savoir qu'il est « éternel, voilà le commencement de la sagesse. »

« Je suis entré deux fois , dit un missionnaire , dans « les pagodes ou les temples chinois. Dans la première « cour ou dans la première partie , se présentent trois « grandes statues posées perpendiculairement et qui « représentent trois hommes ; chaque statue porte un « sceptre à la main; celle de droite est élevée sur un lion; « celle de gauche, sur un éléphant: ces trois personnes , « cependant, à ce que prétendent les bonzes, ne forment « qu'un seul Dieu. »

§ VI. — Allégorie du Messie.

Les livres canoniques de la Chine contiennent une allégorie frappante du Messie. Comme les Chinois n'ont rien pu emprunter à ïsaïe , il paraît qu'ils

tiennent de No , leur auteur, l'idée de la rédemption ; car leurs ancêtres savaient , aussi bien que les anciens Toscans, qu'une vierge concevrait, qu'elle enfanterait le Saint des saints; mais assurément cette prophétie , héréditaire chez les enfans de Sem , fut aussi mal comprise en Chine , qu'elle fut mal interprétée par les descendans de Japhet , en Italie : dans ces deux régions , elle donna lieu au même abus. De même que Virgile, à l'égard du fils de Pollion, les Chinois faisaient naître d'une vierge chacun de leurs personnages les plus remarquables : toutefois , malgré cet abus , ce peuple égaré conservait , avec toute sa pureté, la tradition que le Saint des saints naîtrait un jour dans un pays situé à l'occident de la Chine. L'on sait que Confucius, antérieur de cinq cent cinquante-un ans à Jésus-Christ , objet , d'ailleurs , de la plus haute vénération chez les Chinois , avait prédit « qu'à l'Occident apparaîtrait le Seigneur ». Confucius n'était point un prophète : il confirmait seulement la tradition orale et écrite de la mystérieuse doctrine, par laquelle les livres canoniques chinois et leurs interprètes classiques désignaient le Saint des saints d'une manière positive et reconnaissable. Ils entendent par le Saint des saints , a Celui qui « sait tout , qui voit tout , dont toutes les paroles a instruisent , dont toutes les pensées sont vraies ; « celui qui est céleste et miraculeux , dont la sagesse « n'a point de bornes, aux yeux duquel l'avenir entier « est sans voiles , dont chaque parole est efficace. Il

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« est un avec le Tien (Dieu), et, sans le Tien , le « monde ne pourrait le reconnaître ; lui seul peut « offrir un holocauste cligne de la majesté du Schanzet ti » (Dieu, souverain du ciel) : « Les peuples l'attendent, a dit Memtius , disciple de Gonfucius , comme les « plantes flétries attendent la rosée. »

Le livre Tschong-Jong, ou le juste milieu, composé sans doute par un disciple du célèbre Gonfucius, offre quelques passages qui ont directement trait au futur Messie. « Combien sont sublimes les voies du Saint des « saints! sa vertu embrassera l'univers entier; il in- « culquera à tout une nouvelle vie et une nouvelle « force, et s'élèvera jusqu'au Tien ( c'est-à-dire jusce qu'au ciel ). Quelle immense carrière s'ouvrira pour « nous! combien de lois et de devoirs nouveaux? Que « de rits majestueux et de solennités ! Mais , cornet ment les observer, s'il n'en donne lui-même l'exem- « pie ! Sa présence peut seule en préparer, en faciliter « l'accomplissement. De là vient cet adage de tous les « siècles : Les voies de la perfection ne seront fréquem- « ment parcourues, qu'alors que le Saint des saints « les aura consacrées en y imprimant ses pas.

« Les peuples se prosterneront devant lui. En le « voyant, en l'écoutant, ils seront convaincus, et « tous ensemble n'auront plus qu'une voix pour chance ter ses louanges. L'univers retentira du bruit de son « nom, sera rempli de sa magnificence. La Chine « verra les rayons de sa gloire parvenir jusqu'à elle • « ils pénétreront chez les nations les plus sauvages, dans

« les déserts les plus inabordables, ou dans les lieux que « ne peut visiter aucun vaisseau. Dans l'un et dans « l'autre hémisphère, de l'une à l'autre extrémité de « la mer, il ne demeurera aucune région , aucun pâte rage, aucun pays, éclairés par les astres, humectés « par la rosée, habités par les hommes, où son nom « ne soit béni et honoré. » *

Le grand commentaire sur le Chou-Ring, un de leurs autres livres classiques, s'exprime ainsi : « Le « Tien est le Saint des saints invisible; le Saint des « saints est le Tien rendu visible pour instruire les « hommes ». Et l'explication de l'Y-Ring dit : « Un « homme d'une certaine nature est le Tien, et le Tien « est un homme d'une certaine nature. » **

Les anciens sages de la Chine nomment le Saint des saints, l'homme, l'homme le plus grand, le plus beau des hommes, l'homme par excellence, l'homme miraculeux, le premier-né; il renouvellera l'univers, changera les mœurs, expiera les péchés du monde, mourra accablé de douleur et d'opprobre, ouvrira la

* Mémoires concernant les Chinois.

** Ce mot , si souvent répété en cet endroit , ne saurait signifier ici le ciel matériel: comment, en effet, le ciel matériel peut-il devenir visible , peut-il devenir homme ? Comment le Saint des saints,qui doit naître à l'occident de la Chine, peut-il ne faire qu'un avec lui? Comment peut briller sa sagesse , et l'avenir se dévoiler à ses yeux ? Comment aussi des ignorans , capables à peine de balbutier quelques mots chinois, ont -ils pu faire aux jésuites un crime de dire Tien avec ces peuples, lorsqu'ils voulaient parler de Dieu. Le mot Tien signifie ciel , mais il signifie encore l'Eti e-Suprême

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porte du ciel. — Peut-on, de nos jours, et sans prononcer son nom, désigner J.-G. d'une manière plus positive? Peut -on en parler d'une manière plus sublime? Or, ce Saint des saints, qui voit tout, qui connaît tout, qui est un avec Dieu, a paru ou paraîtra à l'occident de la Chine. Assurément, en se rendant visible , en devenant homme , le Tien a revêtu l'humanité. La secte de Fo se sert d'un signe composé de deux parties, dont l'une indique l'action de descendre, de s'humilier $ l'autre, une naissance future : elle nomme ce signe l'incarnation de Fo, mais un ancien auteur prétend qu'elle ne l'interprète ainsi que par abus; que ce signe est de beaucoup antérieur à l'existence, en Chine, d'aucun adorateur de Fo; qu'il désigne spécialement celui qui doit enrichir les hommes avec ses richesses, les ennoblir en leur communiquant sa dignité et sa grandeur.

Mais l'abus même que font de ce signe les sectateurs de Fo, est très remarquable. Comment sont -ils arrivés à imaginer l'incarnation de leur divinité? L'idée que Dieu prendrait une organisation matérielle, que, par là, il se trouverait abandonné à l'usage de ses forces physiques, est bien éloignée de l'intelligence humaine; et il me semble tout-à-fait impossible que l'homme, livré à ses propres facultés, ait jamais pu la rencontrer. Jamais , d'ailleurs , les peuples païens plus modernes , les Grecs , les Etrusques , les Latins , ne prêtèrent une nature organique à leurs divinités : ils se bornaient à l'apparence, car il suffisait de faire

illusion aux sens; or, ce n'était point au-dessus de la toute-puissance divine. Les adorateurs de Fo abusèrent de ce signe; mais son invention n'appartenait point au hasard, elle dérivait d'une doctrine héréditaire qu'ils avaient seulement altérée. Probablement , lors de leur introduction en Chine, ils trouvèrent cette doctrine et le signe qui la représentait, déjà enveloppés de ténèbres, mais leur secte même date d'une époque antérieure à cet abus; leurs idées sur Fo découlent précisément de cette doctrine héréditaire, non moins connue des Indiens que des Chinois dansles temps primitifs, cependant défigurée beaucoup plus tôt et d'une manière plus déplorable par la délirante imagination des premiers, et par les mensonges systématiques de leurs bramines.

Avec ces idées se coordonne une doctrine aussi antique qu'incompréhensible chez les premiers peuples , les Indiens, les Chinois, les Egyptiens. Le Fo des Indiens , nommé au Japon Schaka ( Xaca ) , Busd et Budso, fut engendré par une vierge, sans aucune cohabitation. Les anciens Chinois faisaient descendre de vierges les divers chefs des maisons qui ont successivement gouverné l'empire. Chez les poètes de la Grèce et de Rome , qui empruntèrent toutes leurs fables aux Egyptiens et aux Phéniciens , on trouve des héros issus de vierges, ou, du moins, conçus d'une manière surnaturelle. D'où viendrait cette idée, si étrangère à l'ordre de la nature , commune à des peuples que séparait tant de distance, malgré la diversité des détails qui l'environnent dans les différentes contrées,

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si elle n'avait originairement jailli de la même source? Parmi tous les peuples du paganisme, la virginité commandait la plus haute vénération. Partout et à toutes les époques de l'existence du genre humain , l'on trouve des vierges consacrées à la Divinité. Quelle institution effaça en gloire celle des vestales? Avec le culte de Vesta se soutint le lustre de l'empire romain , avec lui aussi on le vit s'éteindre.

Dans le temple de Minerve, à Athènes, des vierges entretenaient , comme à Rome , le feu sacré.

L'on a retrouvé les mêmes vestales chez d'autres peuples , notamment aux deux Indes , et récemment au Pérou , où , chose merveilleuse , la transgression de leurs vœux était punie de la même peine qu'à Rome. On y regardait la virginité, comme une dignité sainte, également agréable à l'empereur et aux dieux.

Dans les Indes, la loi de Menu dispose que les fêtes prescrites en l'honneur de la chasteté ne concernent que les vierges, et que les femmes, auxquelles ce titre n'appartient plus, doivent demeurer étrangères à toutes les cérémonies qu'elle établit.

Généralement, parmi toutes les nations, on attachait le plus grand prix à la virginité.

La source d'où se répandirent ces idées est, sans contredit, la doctrine antique et héréditaire d'un futur Messie, révélée à l'un des plus anciens pères du genre humain, enracinée par Noé dans l'esprit de sa postérité. Elle s'effaça depuis chez les diverses races , disparaissant tout-à-fait , ou bien se dégradant par l'ad-

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jonction des plus monstrueux préjugés, des fables les plus ridicules : ce n'est qu'au sein du peuple élu, qu'elle se conserva lumineuse et complète.

« Une vierge, dit Isaïe, concevra et engendrera te un fils qui sera appelé Emmanuel. »

Aucun interprète de l'Ecriture sainte ne donnerait tin autre sens à ce passage , fut-il familiarisé avec le contenu de tous les ouvrages chinois.

La Chine entière en avait lu de semblables ou d'analogues, tant dans ses livres canoniques que dans leurs commentateurs, quand, vers l'an 65 de notre ère , l'empereur Mim-Ti voulut envoyer à la recherche du Saint des saints, ou du moins , s'il était déjà mort , de sa doctrine.

Malheureusement les connaissances géographiques de ce prince, sur l'Occident, se bornaient aux Indes. Il fit partir une ambassade qui devait en ramener le Saint des saints, ou en rapporter la doctrine dans son empire. Les ambassadeurs y trouvèrent une divinité, objet du respect général, nommée Fo ou Foë,et une autre, plus ancienne encore, appelée Omito, auxquelles les Indiens attribuaient les plus grands miracles , dont ils racon* taient les choses les plus extraordinaires. Les ambassadeurs, croyant avoir rencontré le Saint des saints dans ces deux divinités, rapportèrent en Chine leurs images avec les livres qui les concernaient, et ramenèrent quel-' ques prêtres voués à leur culte sous le nom de Talaponiens ; au Japon, où se propagea cette idolâtrie, ils retinrent celui de bonzes, dont se servent les missio-*

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naires de îa Chine , parce que nos relations antérieures, avec le Japon l'avaient fait connaître aux Européens : leur véritable nom chinois est Hoschang. L'adoration de Foë émanait de l'empereur : il n'est donc point étonnant qu'en Chine , ou chaque action , chaque mot et presque chaque pensée du monarque, passent pour un oracle et une loi, ce genre d'idolâtrie se soit rapidement répandu.

Dès-îors la porte fut ouverte à toutes les absurdités de la superstition ; les principes et la saine, morale s'évanouirent bientôt. Celte abominable idolâtrie, qui règne encore aujourd'hui à Siam et à Ceylan , se propagea tellement en Chine depuis cette époque, qu'une grande masse de ses habitans en est maintenant infectée*

§ Yiï. — Contraste des deux religions de la Chine.

Autant il est consolant de penser que, durant une longue série de siècles , alors que tous les peuples, excepté celui d'Israël, servaient des idoles muettes, sourdes , aveugles, une nation, séparée du reste des hommes, qui comptait plus d'habitans que l'Europe entière, persévérait néanmoins à honorer le vrai Dieu; autant l'on est affligé de voir comment cette nation , trompée dans son attente du Saint des saints par la doctrine de Foë, tomba dans une honteuse idolâtrie, dont le joug pèse encore sur ses descendans.

§ VIII.-— Maintien partiel de V 'ancienne croyance.

Quand, vers le milieu du dix-septième siècle, les Tartares envahirent la Chine et fondèrent la dynastie actuelle, les idoles de la Tartarie suivirent les vainqueurs : toutefois , la cour et les conquérans conservent seuls leur culte.

Beaucoup de Chinois professent encore leur doctrine primitive, bien qu'entachée de pratiques superstitieuses. A leur idolâtrie tartare, les empereurs allient une profonde vénération pour Confucius, à la inorale duquel les Chinois sont redevables d'avoir vu produire même à la nouvelle dynastie des souverains que leur sagesse, leur humanité, leur zèle, rendent dignes du plus ancien et du plus puissant trône de la terre.

§ IX. — Apparition da christianisme.

Au milieu du dix-septième siècle , à l'aide des missionnaires catholiques et particulièrement des jésuites, l'Evangile trouva accès en Chine. L'empereur Xun- Chi, protégeait les missionnaires, les jésuites surtout qui , par leur éducation , leurs mœurs austères , leurs connaissances en physique et en mathématiques , se concilièrent l'attachement de la cour impériale. Mais, à la mort de ce monarque , et sous le gouvernement des ministres qui administraient pendant la minorité de son successeur, les choses changèrent. L'influence des jésuites sous le règne précédent leur avait fait des ennemis et les exposa à des persécutions. Quelques-

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uns furent bannis, d'autres mis à mort. — Mais quand l'empereur Kang-Hi , commença à régner par lui-même à sa majorité, en 1669, la mission en général, les jésuites en particulier, éprouvèrent un meilleur traite* ment. Cet empereur fit venir d'Europe un plus grand nombre de jésuites, les honora à sa cour des premières dignités, leur confia les plus importantes affaires de l'empire , leur fit bâtir une superbe église à proximité du palais , déclara la religion chrétienne innocente et permit à ses sujets de l'embrasser. Sous quelques empereurs qui lui succédèrent, les chrétiens souffrirent d'horribles persécutions, quelquefois d'après leurs ordres directs et dans toute l'étendue de l'empire ; plus souvent, isolément dans les provinces, de la part des mandarins (gouverneurs). Ceux-ci sont-ils ennemis des chrétiens, ils remettent en vigueur les lois qui les proscrivent , et que les mandarins , animés d'un autre esprit , laissent dormir dans les districts confiés à leurs soins.

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