‹ Rédemption du genre humainChapitre 8 sur 17 · PERSES · texte numérisé non relu

PERSES

§ I. — Les deux Zoroastre.

Les Perses conservèrent une religion plus conforme au culte primitif, que celles des autres païens ; — d'ailleurs l'idolâtrie égara, généralement, plus tard et d'une manière moins déplorable, les fils de Sem que ceux de Japhet , les fils de Japhet que ceux de Cham.

Dans le principe, les Perses honoraient Dieu dans le feu et dans le soleil levant. Zerducht, que les Grecs nommèrent Zoroastre, premier fondateur de leur religion , se perd dans la plus haute antiquité et dans les ténèbres de la fable.

On compte plusieurs Zerducht ou Zoroastre. L'incertitude, à cet égard, vient de ce que les Grecs, qui ont fait mention d'un Zoroastre, ne s'accordent point

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sur l'époque de son existence. Plusieurs le placent sous le règne de Darius, fils d'Hystaspe ; d'autres, au contraire, et Platon lui-même qui nomme Zoroastre, en parlent comme d'un sage beaucoup plus ancien , et qui remonte au moins à une époque antérieure à la dynastie des Perses.

Pour concilier les témoignages que nous transmirent les Grecs, divers auteurs comptent deux Zoroastre , l'un qui précéda, l'autre qui suivit l'établissement de cette dynastie.

Je me range volontiers à l'opinion la plus probable, attribuant au premier Zoroastre la fondation de la religion ; au second , son renouvellement.

§ II. — Doctrine des deux principes.

Le dogme capital des mages (prêtres de la Perse), c'est qu'il existe deux principes; l'un bon, l'autre mauvais. La lumière était le symbole du premier ; les ténèbres, le symbole du second. Suivant leur opinion, le monde résultait du mélange de ces deux principes. *

Ils donnaient à la divinité bienfaisante le nom de Vazdan, plus souvent celui d'Ormuzd, d'où les Grecs Ont fait Oromaze; à l'être malfaisant, le nom d'Ahriman : leur horreur pour ce dernier était si grande , qu'ils n'écrivaient son nom qu'à rebours. Quelquesuns accordaient l'éternité aux deux principes; d'autres

* Zendavesta , livre canonique des Perse».

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la regardaient comme l'apanage exclusif d'Armuzd, croyant qu'Ahriman n'était qu'une simple créature. Tous pensaient que, jusqu'à la fin du monde, les deux divinités seraient dans une lutte continuelle, mais qu'à cette époque l'être bienfaisant obtiendrait la victoire sur le mauvais et que, dès-lors, chacun d'eux gouvernerait son propre empire : celui-ci , l'empire des ténèbres, avec tous les hommes médians ; celui-là, l'empire de la lumière, avec tous les hommes vertueux.

Yoilà les points principaux du système théologique des Perses. Toutefois, Zoroastre ne s'arrêta point à ces idées religieuses universellement répandues, il chercha à en étendre l'empire sur les individus, s'en servant pour expliquer les fondemens de la morale.

Ainsi , tout ce qui existe se rattache au règne d'Armuzd ou d'Ahriman: êtres doués ou privés de raison, vivans ou inanimés. Il y a des hommes purs, des animaux purs, des végétaux purs, tous créatures d'Ormuzd. — Il est aussi des hommes impurs, des animaux impurs, des végétaux impurs, sous l'empire du Dews, qui appartiennent au règne d'Ahriman. On regarde comme impurs les hommes qui , par pensées, par paroles ou par actions, violent la loi de Zoroastre; les bêtes et les insectes venimeux et nuisibles , les plantes et les végétaux de cette espèce. Dans le règne , au contraire, oii prédomine cette loi, tout est pur, tout est sacré ; la puissance de la loi ne s'exerce point uniquement sur les hommes, mais encore sur les animaux

et les créatures inanimées. Le devoir des adorateurs d'Ormuzd consiste à entretenir et à séparer tout ce qui est pur et sacré dans la nature , parce que Ormuzd en est le créateur; de même que la haine, qu'ils ont jurée à Ahriman et à son empire, leur impose l'obligation de poursuivre et d'extirper les animaux impurs. Les règnes d'Ormuzd et d'Ahriman sont, l'un avec l'autre, dans une guerre perpétuelle; mais un jour Ahriman sera vaincu , le règne des ténèbres cessera , la domination d'Ormuzd s'étendra sur l'univers , il n'y aura plus qu'un règne de lumière qui embrassera tout,

Quelle admirable concordance ne trouvons-nous point entre cette dernière opinion et l'histoire du Sauveur qui vint au monde pour propager le règne cle la lumière et pour détruire celui des ténèbres!

C'est sur cette base que Zoroastre éleva ses lois , destinées à accélérer le développement moral et physique des Perses , ainsi que la prospérité du sol.

§ III. — Doctrine d'un dge d'or.

La religion de Zoroastre admet un état d'innocence oii se trouva l'homme primitif.

L'époque à laquelle exista le premier souverain d'Iran*, le grand Dschemschid est, selon Zoroastre, l'âge d'or de sa nation.

* Iran, nom qu'on donne en Orient aux contrées de la haute Asie jusqu'à l'Indus, est encore celui du royaume où vécut Zoroastre.

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éc Dschemschid , le père des peuples , le plus écla* « tant des mortels que vit paraître le soleil. Sous son « règne, les animaux ne périssaient point; l'eau, les « arbres à fruit, les créatures se multipliaient. Sous « son empire glorieux, on ne connaissait pas le froid > « la chaleur, la mort, l'emportement des passions, a ouvrage du Dews.

« L'homme sembla toujours être à sa dix-neuvième « année * , les enfans prirent de l'accroissement , tant « que régna Dschemschid **, le père des peuples. »

Le règne de Dschemschid correspond , en Perse , à l'époque du satya-yug (âge de justice) dans l'Inde. — Partout se reproduit l'idée d'un état de perfection où se trouva d'abord le genre humain, état que les peuples païens appellent âge d'or, que nous nommons paradis.

De même qu'elle admet une primitive innocence, la religion de Zoroastre enseigne aussi une chute.

« Un jour Ormuzd se dit à lui-même : comment « ma puissance sera-t-elle visible, si rien ne lui ré- « siste ? De cette pensée naquit Âhriman , principe du « mal. »

L'on s'aperçoit aisément que l'idée première, la tradition du péché originel , n'est ici que défigurée. Notre sainte religion nous apprend que, chez l'homme comme

* Il jouissait d'une éternelle jeunesse.

** Dschemschid est dépeint généralement comme le fondateur dfe la société. Son nom est imaginaire.

reliez les anges, le mal naquit de l'abus d'une libre volonté ; elle ne dissimule pas non plus l'influence du mauvais esprit sur la chute du premier homme.

:§ IV. — Idée d'un intermédiaire.

11 est probable que le culte des Perses, dont Zoroastre fonda la religion , s'adressa d'abord à une divinité qu'ils honoraient dans îe soleil, son image, mais qu'ensuite ils adorèrent le soleil ; qu'ils honoraient celui-ci sous l'emblème du feu , et qu'enfin le feu luimême devint l'objet de leur adoration.

Ils vénéraient encore le soleil sous le nom de Mithra.

Mithra, au témoignage de Plutarque , était nommé intermédiaire*. Plutarque se sert du même mot ((^erôiç) que saint Paul , en parlant du Sauveur , quand il lé nomme « Intermédiaire entre Dieu et les hommes. »

Les Perses donnèrent ce surnom à Mithra, parce qu'il tient , sans doute , le milieu entre Oromazc (Örmuzd) , le bon , et Ahr i man , îe mauvais principe, c'est-à-dire, qu'il ajoute à l'éclat de la lumière et qu'il combat les ténèbres. Saint Jean Févangéliste ditdu Sauveur: «Le fils « de Dieu a paru pour détruire les œuvres du démon. »

L'idée d'un semblable intermédiaire se retrouve, dès les premiers âges, dans tout l'Orient, où la tradition des patriarches se répandit déjà avant Abraham, où elle se conserva ensuite plus pure qu'en Occident, quoique

* Plutarch., de Iside et Osiride.

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cette dernière région en présente aussi des traces visibles , comme le prouvera la suite de nos recherches.

Le second Zerducht ou Zoroastre, vécut du temps de Darius , fils d'Hystaspe , passa pour avoir reçu l'inspiration divine, écrivit le Zendavesta , livre sacré des Mages, changea diverses institutions, fonda les temples du feu.

§ V. • — Prédiction du Messie,

Si le Mithra des Perses n'est qu'un emblème obscur du fils de Dieu, du moins, comme l'atteste le docte Abulfarage * que les musulmans vénèrent à l'égal des chrétiens d'Orient, le célèbre restaurateur du culte des Mages, le second Zoroastre prédit, en termes beaucoup plus clairs , qu'à une époque peu éloignée, une vierge sans tache enfanterait un saint, dont l'apparition serait annoncée par une étoile qui accompagnerait ses adorateurs jusqu'au lieu de sa naissance.

Combien s'accorde ce témoignage avec la présence des trois sages de l'Orient à la crèche du Sauveur !

Je n'ignore pas , d'ailleurs , ce que l'on pourrait opposer à cette prophétie. Il est possible, en effet , que Zoroastre l'ait empruntée à Ezéchiel et à Daniel, qui se trouvaient, ainsi que lui, à Babylone. Mais alors la sa-

* Né, en 1226 , à Malatia , dans Y Asie-Mineure ; mort en 1286 , primat des jacobites d'Orient ; auteur d'une Chronique ou Histoire universelle depuis la création du Monde.

( Note du traducteur. )

gesse de Zoroastre découlerait de celle des Juifs, chose encore fort remarquable. Que, du reste, l'Orient connût la prédiction de la venue prochaine d'un roi des Juifs et d'une étoile qui guiderait vers lui ses adorateurs ; l'Ecriture sainte ne laisse aucun doute à cet égard.

§ VI. — Fondemens du système de Zoroastre.

Ce qui précède nous indique à quelle idée première se rapporte le système religieux de Zoroastre. '■-t Suivant Heeren, il avait imaginé un royaume dont le souverain, malgré sa puissance sans bornes, n'était point le tyran , mais le père de ses sujets ; où chaque état, chaque individu se trouvait circonscrit dans une sphère d'activité qu'il ne cherchait point à franchir ; ou prospéraient les arts de la paix, l'agriculture, le soin des troupeaux, le commerce; où se répandaient la richesse et l'abondance , s'épanchant des mains du prince, comme de celles d'une bienfaisante divinité. L'image d'un semblable royaume et d'un prince semblable existe dans la Cyropédie. La croyance qu'ils se réaliseraient un jour se maintenait inaltérable en Asie, à travers la suite des siècles; c'est probablement le point central auquel se ralliaient les opinions de l'Orient : on la découvre dans les lois de Zoroastre.

Ce docte observateur de l'antiquité a reconnu, avec beaucoup de sagacité , la base sur laquelle repose la théogonie de Zoroastre ; c'est-à-dire, l'opinion, généralement répandue en Orient, que le règne de

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la paix, de la vérité et de la justice, y devait refleurir.

Tous les préceptes et les lois de Zoroastre étaient, sous le rapport physique et moral, calculés de manière à frayer la route à cette grande restauration. Or , cette idée fondamentale de tout le système est , assurément, et ne peut être autre que l'idée du Messie.

a Le règne de Dschemschid reviendra , dit Zoroaste tre , et la paix et la justice refleuriront. »

Traduisons-nous cette allégorie dans la langue du christianisme, elle équivaut à ces mots;« La condition « primitive de l'homme, l'état d'innocence, de justice, « de sainteté, lui seront rendus». Nous devons d'autant moins hésiter à voir ici l'annonce précise de la rédemption, que cette opinion était universelle en Orient (chose incompréhensible, si nous ne supposions pas que cette opinion découle de la révélation); nous le devons d'autant moins encore, que l'idéede la rédemption se trouve pareillement reproduite dans les Psaumes et dans les Prophètes, avec des images semblables.

Ce concours nedémontre-t-il pas l'identité d'origine?

Un œil pur, que ne fascine aucun préjugé, reconnaîtra aisément ici les traces de la tradition sacrée.

§ VII. — Ses conséquences ultérieures.

Du système faussement interprété des deux principes , l'un, source du bien, l'autre, source du mal, naquit le manichéisme qui, reconnaissant l'existence indépendante de ces deux causes primordiales, assi-

gne l'origine du vice, et regarde les imperfections et les souillures du monde physique et moral comme l'œuvre du prince des ténèbres : par une conséquence de cette conviction , il poursuit de sa haine les créatures du mauvais principe, dédaignant jusqu'au corps humain , qu'il s'impose la tâche de dompter et de réduire par l'abstinence de la chair, du vin, du mariage. Je crois aussi que le chiliasme , ou l'idée d'un règne millénaire, dérive, sinon en entier, du moins en par-; tie, de ce système religieux.

En somme , cette opinion consiste à croire qu'après la venue de l'Antéchrist, et quand celui-ci aura été dompté avec ses spectateurs , une résurrection des justes aura lieu, et que tous les hommes vivans à cette époque conserveront la vie : les bons, pour obéir, comme à leurs princes, aux justes ressuscitas, les médians, pour en être domptés et leur demeurer soumis.

Suivant cette opinion, le Christ lui-même régnera à Jérusalem, entouré des apôtres, des prophètes de l'ancienne alliance, des martyrs. Les mille ans accomplis, les médians s'élèveront en ennemis contre les saints , mais seront consumés par le feu du ciel ; ensuite auront lieu la résurrection générale et le jugement dernier. On s'accorde à attribuer l'origine de cette croyance à l'interprétation du vingtième chapitre de; Y Apocalypse de saint Jean, à la vérité, l'un des plus difficiles du livre.

Quelques anciens rapportent, cependant, la naissance de cette opinion d'un règne millénaire à CérinT

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thus, Juif qui s'était probablement converti au christianisme , mais hérétique prononcé qui , dès le temps des apôtres , professait une doctrine erronée. Il est vrai qu'on rencontre chez les rabbins des idées sur un règne millénaire du Messie, qui ont une frappante similitude avec le règne millénaire du Christ.

Quoi qu'il en soit sur son origine, toujours est-il que cette dernière opinion présente des traits de ressemblance irrécusables avec la doctrine du Zendavesta sur le dernier combat entre le bon et le mauvais principes, et sur le glorieux triomphe d'Oromaze.

C'est ce qui me porte à croire qu'elle n'est qu'une fausse application des traditions relatives au Messie ; je suis d'autant plus confirmé dans mon sentiment, que cette opinion trouva un facile accès chez plusieurs sectes des gnostiques, qui cherchaient à concilier les idées païennes avec la doctrine du christianisme.

Les catholiques eux-mêmes ne demeurèrent point à l'abri de cette opinion : elle fut embrassée par saint Justin, martyr; par saint Victorin, qui mourut lors des persécutions de Dioclétien; par Népos, évêque en Egypte; par Tertullien, seulement, à ce qu'il paraît, quand il fut tombé dans l'hérésie des montanistes; par Lactance, qui y ajouta à sa manière, et par quelques autres catholiques. Toutefois, comme les catholiques qui croyaient à la future existence d'un règne millénaire visible, ne le regardaient pas comme article de foi, ainsi que l'annonce expressément saint Justin, jamais l'Eglise ne marqua du sceau de l'hérésie cette opinion

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innocente; mais jamais non plus elle ne la favorisa. Différens pères de l'Eglise la combattirent; Origène, saint Caïus, disciple d'Irénée; les saints Basile, Grégoire de Nazianze, Ephrern, Jérôme et- Augustin.

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