‹ RedemptionChapitre 7 sur 54 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

MM U ICC.

Soit ! (il <cnl son verro.j

Li: coMTi:.

Car, après tout, nous avons lait là un vrai dîner de spectres, et il faut rosier en toutes choses dans la vérilé... (us boivent.) Après s'être confinée systématiquement au fond de la Bohème pendant vingt ans loin de tous les siens, la princesse, malgré les grandes qualités qui la distinguaient, ne pouvait prétendre à des regrets personnels bien vifs... Elle était notre tante... elle avait sur nous les droits que donne le sang... Dès qu'elle nous a mandés, nous sommes accourus... Pendant six semaines, nous n'avons rien négligé, ni jour, ni nuit, pour alléger ses maux... Vous, en particulier, vous avez été admirable...

MAURICE

Oh!

LE COMTE

Admirable! une vraie sœur de charité...

MAURICE

^Fon Dieu, elle souffrait... D'ailleurs, dans ses derniers jours, son regard, qui seul pouvait parler encore, avait paru s'attendrir pour moi... cela me touchait.

LE COMTE

Sans doute, sans doute. Mais enfin nous avons largement donné au devoir et à la parenté ce qu'ils exigeaient... Eh bien, maintemaint la pauvre femme n'est plus... qu'est-ce que vous voulez?

MAURICE

Évidemment !

LE COMTE

Parbleu ! nous n'allons pas faire retentir le château des éclats de notre hilarité, c'est certain... Mais quoi! ce que demande la dcccnce, et rien de plus.

MAURICE

C'est mon avis.

LE COMTE

N'est-ce pas? Buvez donc, mon ami. (ns boivent.) Et quand je vous appelle mon ami, 3Iaurice, soyez assuré que je ne prononce pas une parole banale. Ces six semaines d'intimité quotidienne entre

nous, dans ce vieux château, resteront un des meilleurs souvenirs de ma vie... Quand vous ôtes arrivé ici, vous étiez pour moi un rival, presque un ennemi... Maintenant, je vous aime, ma foi, comme un frère (n se lère), et je bois ce verre d'excellent niereinstcin à la durée de notre amitié, quoi qu'il advienne de l'héritage!

il AURICt:, se levant.

Cousin comle, .-i notre amitié, comme je le présume fort, est le seul trésor que je doive emporter d'ici, croyez que je l'emporterai dans le cœur, dans un cœur ému et fidèle, (niui serre la main et boit.]

LE COMTE, ils descenJcnt la scène.

Mais, voyons, pourquoi désespérer, Maurice? (n lui prend le bras.) En principe, vous avez les mêmes droits que moi à cette succession... Mon Dieu ! je ne suis pas sans connaître les bizarreries, et, pDur tout dire, les extravagances de... de celle que nous pleurons... je dis celle que nous pleurons... vous savez, c'est une formule... celle que nous pleurons... celle qui n'est [dus... mon Dieu!

MAURICE

. Vous êtes bète. Vous me faites rire.

LE COMTE, souriant à son tour.

Eh bien, ma foi, quand nous ririons un peu, là, franchement... Après une [)areil!e période de mélancolie... cela devient une nécessité hygiénique... (a Tci-e.] Bu\ez donc, mon ami. Allons, bah! vous hériterez! [n se rassied.)

MAURICE

Mais non, mon ami, je n'hériterai pas ; vous oubliez tout ou vous ignorez tout, (u s'assied. )

LE COMTE

Je n'ignore rien, mon ami; et si je n'ai pas attaqué ce sujet plus tôt, c'était par discrétion, et puis, parce qu'au fond j'étais un peu honteux des torts que ma famille avait eus envers la vôtre... Mais à qui la faute? Soyons francs, Maurice! A la princesse, au fanatisme étroit de cette vieille femme! Ce fut elle qui, à partir du jour où sa jeune sœur, votre pauvre mère, eut épousé un officier de fortune, Irès-honorable, mais sans naissance et sans bien, la poursuivit de sa haine, et linit par entraîner toute la famille dans ses préventions et dans ses injustices... Vous voyez que je sais

PUOLOGUi:. '■>

tout .. l-h \)\c:\, cllo u'iiiiiKiil pus volro m('rf\ soit! Mais puisqu'elle NOUS a mniulo pièsd'dli» nvcc in!)i (l;ns cns (Jornicrs temps, c'est qu'cllo voulait irparor ses (oris. lïnfin, Ijrcf, sur mon honneur, je no vois rien, moi, qui vous einpôclio d'espérer!

M A U R I C E , tits-anim(5 ot so leTont.

Mais no me dites pas Cv-^la, mon ami! je n'e>pèro que trop... Si je n'espéiais jvis, pardieu, p serais tranquille. C'est comme un dernier Irait de la haine de cetlc femme d'avoir jeté ce trouble dans ma i)aisiblc existence. Kst-cc que je songeais à sa fortune, moi? E>t-ce que jamais l'idée d'avoir cent mille florins de revenu m'était (Mi'rée dans la cervelle? Je vivais là, à Prague, en pleine sérénité dans mon humble héritage. J'ai le caractère de ma mère, je suis un peu romanesque; avec cela, on vit de rien, on vit de fumée... m:iis aussi on se passionne, on s'exalte facilement... Eh bien, depuis que la chance de cette immense succession s'est ouverte devant mes yeux, malgré moi je galope sur celte chimère, et mon imagination chevauche dans le pays de la féerie... Je rêve des miracles d'art et des débauches de charité! Je bâtis des palais, et je fais

ddfi. heureux! Enfin, je suis fou ! (u boit et garde son verre.)

L f: COMTE , Su levant, tenant son ve: re et lui frappant sur l'épaule.

Pau\rc garçon !

MAURICE, riant.

.le ne me reconnais plus; c'est positif. J'étais insouciant et gai, je suis sombre et maussade. J'étais bon, et je suis méchant.

LE COMTE, gaiement.

Bail !

Vrai ! j'ai des pensées sauvages... criminelles... Tenez, ce soir, peniant que nous nous promenions avec l'homme d'affaires de la princesse, cet avocat, ce Golhlcuben... vous nous avez quittés un insfant...

LE COMTE

Oui. Eh bien?

MAURICE

Eh bien, l'idée m'a monté tout à coup que ce Gothleuben portait peut-être ma ruine dans sa poche... car s'il y a un testament.

je suis perdu. Nous étions seuls, la nuit tombait... il a un^ mauvaise figure, d'ailleurs, cet homme.

LE COMTE, riant.

Oh ! atroce ! une atroce figure !

MAURICE

N'est-ce pas? Jl a une figure... il a Tair d'un scélérat, enfin !

LE COMTE , liant.

Endurci, tout à fait endurci... Bref?

MAURICE

Bref, comme nous passions devant une espèce de puits qui s'ouvre la à fleur de terre...

LE COMTE, riint.

Bien!

MAURICE

Ma parole, j'y ai songé ; seulement, j'ai craint... (n boit.)

Le remords?

MAURICE, continuant.

J'ai craint qu'il ne fût plus fort que moi. *

LE COMTE

Le remords?

MAURICE

Eh non, l'avocat î

LE COMTE, riant et un peu pris.

Ah! l'avocat! Je croyais que c'était le remords, je voulais absolument que ce fût le remords, j'y tenais; on est stupide quand on a une idée. Ah ! ah ! ah! (u rit.) A sa santé !

MAURICE

Du remords ? ,

LE COMTE, riant plus fort.

INOn. de 1 avocat ! (lls rient aus éclats. Hermann entre, et les voyant rire, se met à rire niaisement. Maurice et le comte reprennent leur gravité.)

PHOLOfiun:. 7

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