SCÈNE III
Lns Pi\i:r.K DENTS, IIERMANN.
LK COMTK.
C'est vous, Ilormann ? (n so rassicJ.)
II KR MANN, riant.
J'ai cru que ces messieurs m'aviiient ni)i)clé.
M AU RICL , lo regardant avec un sérieux affccti?.
Pas du tout... Ah çà, Ilermann, qu'est-ce qui se passe donc? On dirait que vous riez ! n'est-ce pas, comte?
LE COMTE, gravement.
Ma foi, je ne snispas si c'est un jeu de la lumière sur ses traits, mais on le dirait...
II E R M A N N , s "avançant.
Je croyais avoir entendu rire ces messieurs.
MAURICE, sévèrement.
Rire ces messieurs ? Vous plaisantez, je crois. Voyons, approche ; aimes-tu le vin du Rhin ? Prends ce verre, et réconforte un peu ta caducité.
HE RM AN N, buvant.
Monsieur...
MAURICE
Vinum bonum lœtificat. Gaudeamus igitur! n'est-ce pas, comte Jean?
LE COMTE
Parfaitement.
MAURICE
Et maintenant, vieillard, parle-moi comme tu parlerais à ton père, avec une franchise antédiluvienne. Que penses-tu de la princesse, notre tante?
IIERMANN, regardant tour à toor le comte cl Maurice.
Monsieur, je pense qu'elle est morte.
Effectivement. Ta réponse n'a rien de compromettant... Mais de
son vivant, que pcnsais-tu d'elle? Les bruits qui en courent sont singulièrement contradicioires, n'est-ce pas, comte?
LE C0.MÏE.
Oui... oui... tout à fuit contradictoires.
MAURICE, tristement.
.\insi, les uns affirment que c'était une âme exquise, S3 plaisant uniquement à faire régner dans les environs la douce joie dont elle é!ait remplie; bref, que le pays fait en elle une perte irrépnrdljîe.
Il ERM ANN, bi-anlant la icte douloureusement.
Ah ! monsieur, c'est bien la pure vérité.
LE COMTE, en riant et !e faisant venir près de lui.
Cependant, Hermann, d'autres laisseraient entendre... eh! eh! Hermann, qu'elle avait iwez ses paysans et ses serviteurs le verbe rude, et même la main prompte, eli?
HERMANN, liint.
Dame! nionsieur, il y a un peu de vrai.
MAURICE, sérieux.
Quant à la charité...
HERMANN, £érieux.
Oh! quanta ça, monsieur...
Eh bien, on dit qu'elle ne la connaissait que de nom...
HERMANN
Franch?ment, C3 n'était pas son fort, monsieur.
MAURICE
C'est ça, Hermann! Tu me réconcilies avec l'humanilé, mon ami.
(lise lève et lui frappe sur iVpaule.) Tu aS le COUragC de tCS OpinioUS...
tu es bien le vieil Allemand de Ji vieille Allemagne. Si j'hérite de ce domaine, et si tu deviens mon vassal, je prétends te témoigner solidement l'estime que tu m'inspires. (Élevant la voix.) Y a-t-il dans le donjon de ce château une chambre de torture ?
HERMANN, effrajc.
Monsieur... je...