‹ RedgauntletChapitre 104 sur 152 · SUITE DE LA NARRATION DE DARSIE LATIMER · texte numérisé non relu

SUITE DE LA NARRATION DE DARSIE LATIMER

[A maison de Redgantlet , dit la jeune dame, est regardée depuis des siècles comme étant sous l'influence d'un anathème , qui y a rendu vains le courage, les talents, l'ambition et la

"^M" prudence. Tout en faisant souvent figure dans l'histoire, les /^^r-^ Redgantlets ont toujours été dans la situation d'hommes lut- ▼ tant contre vent et marée, qui se distinguent par des efforts de vigueur désespérés et par leur persévérance à soutenir la fatigue , sans que ni leur force ni leur résolution les fasse avancer contre les vagues. On prétend faire remonter cette fatalité à une légende merveilleuse que je pourrai vous conter en un moment où nous aurons plus de loisir.

Darsie lui dit qu'il avait déjà entendu raconter l'histoire tragique de sir Albéric Redgantlet.

— Je n'ai donc plus qu'à ajouter, poursuivit Lilias, que notre père et notre oncle ont éprouvé dans toute son étendue l'influence de l'anathème dont on dit la famille atteinte. Tous deux possédaient des biens considérables, qui furent notablement accrus par le mariage de notre père, et tous deux étaient dévoués au service de la malheureuse maison des Stuarts; mais (du moins à ce que supposait notre mère) des considérations de famille auraient détourné son mari de prendre part ouvertement à l'afTaire de 1745, s'il n'y eût été entraîné avec son frère cadet par la grande influence qu'un caractère plus énergique et plus décidé donnait à celui-ci sur son aîné.

Lors donc que l'entreprise en vint à la conclusion fatale qui coiUa fa vie à notre père et condamna son frère à l'exil, lady Redgantlet s'enfuit du nord de l'Angleterre , déterminée à rompre tout rapport avec la famille de feu son époux , et particulièrement avec son beau-frère , qu'elle regardait comme ayant causé, par son fol enthousiasme politique, la mort prématurée de sir Henri, et résolue de nous élever l'un et l'autre, vous, mon frère, qui n'étiez qu'un enfant, et moi qu'elle venait à peine de mettre au monde, dans des sentiments d'attachement pour la dynastie actuelle. Peut-être prit-elle cette détermination trop à la hâte , — peutêtre obéit-elle trop aisément aux inspirations craintives de son inquié-

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tude , en voulant dérober, s'il élait possible, jusqu'à la connaissance du lieu où nous existions à un aussi proche parent que le frère unique de notre père. Mais il faut faire la part de ce qu'elle avait soutïert. —Voyez, mon frère, ajouta Lilias en ôtant son gant: ces cinq taches de sang sur mon hras sont une marque par laquelle la nature mystérieuse a imprimé sur un enfant qui n'était pas né encore le souvenir de la mort violente de son père et des souffrances de sa mère '.

— Vous n'étiez donc pas née lors de la mort de notre père ? demanda Darsie.

— Hélas, non! répondit-elle; et vous vous aviez à peine un an. Il n'est pas étonnant qu'après avoir traversé de telles scènes d'angoisses , ma mère ait conçu les plus yives inquiétudes pour vous et pour moi , — pour vous, notamment ; d'autant que par un acte de dernière volonté, sir Henri, son défunt époux, avait confié à son frère Hugh , en qui il avait une confiance sans bornes, la garde de ses enfants ainsi que l'administration des biens qui leur revenaient , en dehors de ceux qui tombaient sous la forfaiture.

— Mais ma mère n'avait rien à craindre d'un tel acte fait en faveur d'un homme condamné pour haute-trahison.

— 11 est vrai. Mais la proscription de notre oncle pouvait être rapportée , comme celle de tant d'autres ^ et notre mère, qui le détestait et le craignait tout à la fois , vivait dans la terreur continuelle que cela n'arrivât, et qu'elle ne vit celui qu'elle regardait comme ayant causé la mort de son époux revenir armé de pouvoirs légaux, et ayant capacité d'en user, et arracher ses enfants à sa protection. D'ailleurs , môme dans la situation où se trouvait son beau-frère Hugh Kedgantlet, elle redoutait son caractère aventureux et opiniâtre; et elle regardait comme indubitable qu'il ferait quelque tentative pour s'emparer de la personne des enfants. jN'otre oncle , de son côté, dont la fierté eût peut-être été satisfaite de l'offre de sa confiance, se révolta contre la défiance et les soupçons dont lady Darsie Redgantlet fit preuve envers lui. Elle abusait indignement, disait-il, des circonstances malheureuses où il se trouvait, pour le priver du droit de protéger les enfants et de surveiller leur éducation , droit qu'il tenait de la nature et de la loi aussi bien que de la volonté de notre père, et il fit le serment solennel de ne pas se soumettre à un tel outrage. Ses menaces parvinrent jusqu'à lady Redgantlet, et accrurent encore des craintes qui ne se trouvaient que trop fondées. Un

' DilTcrcnlcs personnes portent de nos jours les marques que la nature leur a ainsi imprimées avant leur naissance. Une dame de qualité, dont le père fut long-temps sous une sentence de mort antérieure à la rébellion , apporta derrière le cou la marque d'une larjic liaclic. l'ne autre, dont les parents, au nombre de sept, avaient été tués sur le champ de bataille ou étaient inorts sur l'échaTaud, accoucha d'un enfant marqué sur l'épaule dn)ile et le lon^ du bras de taches rouges pareilles à des gouttes de sang. On pourrait citer maint autre exemple. (W. S.;

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