‹ RedgauntletChapitre 106 sur 152 · CHAPITRE vXyiir · texte numérisé non relu

CHAPITRE vXyiir

qui quelques mois de plus donnerpnt le droit d'agir par lui-même, sans qu'il ait plus long-temps celui de s'immiscer dans mes actions.

— Mon cher Arthur, repartit Lilias — car ce nom vous appartient aussi bien que celui de Darsie, — le trait dominant du caractère de flîon oncle est d'avoir appliqué toute l'énergie de son esprit vigoureux à servir la famille exilée des Stuarts. La mort de son frère et la dilapidation de sa propre fortune n'ont fait qu'ajouter à son zèle héréditaire pour la maison des Stuarts une haine profonde et presque personnelle contre la famille actuellement régnante. C'est, en un mot, un enthousiaste politique de la nature la plus dangereuse , et qui poursuit ses transes avec autant de confiance que s'il sentait en lui l'unique Atlas en état de soutenir une cause chancelante,

— Où donc et comment , ma chère Lilias , élevée sans doute sous ses auspices, avez-vous appris à avoir sur de tels sujets une manière de j:\ea^r toute différente de la sienne ?

-T- Par un singulier hasard , dans le cloître où mon oncle m'avait placée. Quoique l'abbesse fût une personne exactement selon son cœur, irioji éducation comme pensionnaire fut en grande partie confiée à une excellente vieille religieuse qui avait adopté les principes des jansénistes, ^vec encore plus de tendance, peut-être, vers les doctrines de la réforme que vers celles de Port-Pioyal. Le mystère avec lequel elle m'inculquait en secret ces principes leur donnait des charmes dans ma jeune imagination, et je les embrassai d'autant plus volontiers qu'ils étaient directement opposés aux doctrines de l'abbesse, pour laquelle j'avais ajuçu une telle aversion, à cause de sa sévérité, que j'éprouvais un plaisir d'enfant à braver sa surveillance , et à contredire dans le secret de mon à.œje tout ce qu'il me fallait extérieurement écouter avec révérence. La liberté dans les opinions religieuses entraîne , je suppose, celle des s,entiments politiques ^ car je n'eus pas plus tôt abjuré la croyance à l'infaillibilité du pape, que je commençai à mettre en question la doctrine du i^roit héréditaire et imprescriptible. IJref, tout étrange que cela puisse paraître, je sortis d'un couvent parisien non pas wigh et prolestante instruite, mais avec autant d'inclination à devenir telle que si j'avais été comme vous élevée au son presbytérien dés carillons de Saint-Giles >.

— Plus, peut-être, repartit Darsie; car plus près de l'église le

proverbe est quelque peu suranné. Mais comment vos opinions libérales §e sont elles accordées avec les préjugés tout contraires de mon oncle ?

— Ils se seraient accordés comme le feu et l'eau , répondit Lilias , si j'avais laissé i)araîlre mes opinions \ mais comme cela m'aurait attiré des reproches et des admonestations continuels, ou peut-être pis, je pris grand soin de garder mon secret pour moi. Si bien que ce que j'ai eu de pis à endurer a été de temps à autre quelques censures pour ma froi-

Métropole du Vieil Edimbourg. (L. V.)

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deur et mon manque de zèle pour la bonne cause j et c'a été bien suffisant.

— J'applaudis à votre prudence.

— Et vous avez raison. Mais j'eus un si terrible échantillon de la résolution de caractère de mon oncle, avant d'avoir passé avec lui beaucoup plus d'une semaine , que cela m'apprit à quel risque je contredisais son humeur. Je vais vous en rapporter les circonstances; car ce récit vous mettra mieux à môme d'apprécier la nature romanesque et décidée de son caractère, que tout ce que je pourrais vous dire de sa témérité et de son enthousiasme.

Après avoir passé bien des années au couvent , j'en sortis enfin , et je fus placée près d'une vieille dame écossaise de haut rang, fille d'un malheureux personnage dont la tète avait été en 1715 exposée sur Temple-Bar. Elle vivait d'une petite pension que lui faisait la cour de France, augmentée de quelques gratifications occasionnelles des Stuarts, moyens d'existence auxquels la pension payée pour mon entretien formait une utile addition. Ce n'était ni une méchante femme ni précisément une avare, — elle ne me battait ni ne me faisait jeûner, — mais elle était tellement infatuée de son rang et de ses préjugés, si terriblement profonde en généalogie , si fort exaspérée, la pauvre damel dans ses opinions anti-anglaises, que je pensais parfois que c'était grand dommage que les Hanovriens , qui avaient massacré son pauvre cher père, comme elle me le répétait souvent , eussent laissé sa chère fille sur la terre des vivants. Aussi fus-je enchantée quand mon oncle arriva , et annonça sans préambule son intention de m'amener en Angleterre. Ma joie extravagante à l'idée de quitter lady Rachel Rougedragon fut quelque peu tempérée par ce que je vis de l'air mélancolique , des manières hautaines et du ton impérieux de mon proche parent. Il fut cependant plus communicatif avec moi pendant le voyage que ne le comportait son habitude générale de taciturnité , et il semblait impatient de s'assurer de la trempe de mon caractère, surtout quant au courage. Or, quoique je sois une Redgantlet apprivoisée, j'ai encore assez de l'esprit de la famille pour être en état d'envisager le danger avec autant de sang-froid que la plupart des autres femmes -, et en deux occasions qui se présentèrent dans le cours de notre voyage — une atlacjue dont nous fûmes menacés par des brigands, et notre voiture qui versa , — j'eus le bonheur de me conduire de façon à donner à mon oncle une très favorable idée de mon intrépidité. Ce fut probablement ce qui l'encouragea à mettre à exécution le singulier plan qu'il méditait.

Avant d'arriver à Londres, nous changeâmes plus d'une fois de voilure et de route; puis quand nous fûmes plus près de la métropole, pareils au lièvre qui multiplie ses détours à quelque distance de la retraite qu'il a dessein d'occuper, el qui finit par s'élancera son gîte de toute la distance (lu'il peut franchir d'un bond, nous fîmes une m arche

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