CHAPITRE XX
lui-môme , qui connût la nature d'un multiplc-poinding . Et quand je lui ai rapporté comment ce coureur, cet Alan Fairford, m'avait servi, il m'a dit que je pouvais en faire un incident dans la cause, — comme si la cause n'avait pas déjà autant d'incidents qu'une cause en peut porter. Sur ma parole, c'est une bonne et brave cause, et qui a dans son temps porté assez de procédures ; — mais c'est l'histoire de la poignée d'orge qui finit par casser les reins du cheval, et de mon consentement on n'y ajoutera plus de nouvelle charge.
— Mais cet Alan Fairford ? reprit Nanty. — Allons , — humez ce qui reste d'eau-de-vie, mon cher, et parlez-moi encore de luij dites-moi si vous le cherchez pour son bien ou pour son mal.
— - Pour mon bien à moi et pour son mal à lui, bien sûr. Pensoz donc: avoir laissé ma cause en l'air, moitié perdue moitié gagnée, et s'en venir courir ici dans le Cumberland après un poulain échappé qu'on appelle Darsie Latimer !
— Darsie Latimer I dit vivement M. Geddes ; savez-vous quelque chose de Darsie Latimer?
— Peut-être oui, peut-être non, répondit Peter. Je ne suis pas obligé de répondre; au premier interrogatoire venu, à moins qu'il ne soit posé judiciairement et dans les formes de la loi ; — surtout là où les gens regardent de si près à un verre d'ale aigre ou à un dé d'eau-de-vie. Mais quant à ce gentleman, qui a agi en gentleman au déjeuner, et qui agira en gentleman à la méridienne, je suis prêt à l'éclairer sur tous les points de la cause qui peuvent paraître avoir rapport à la question pendante.
— Tout ce que j'ai besoin de savoir de vous, mon cher ami , c'est si vous cherchez ce M. Alan Fairford dans de bonnes ou dans de mauvaises intentions ; parce que si vous venez dans de bonnes intentions, je crois que peut-être bien vous pourriez le voir, — et que si c'est pour lui nuire, je prendrai la liberté de vous faire repasser le Frith, en vous avertissant une bonne fois de n'y plus revenir de peur qu'il ne vous arrive pis.
L'air et le langage d'Ewart lirent que Josué Geddes prit la résolutiofi de garder prudemment le silence, jusqu'à ce qu'il pût mieux juger si cet homme serait disposé à l'aider ou à l'entraver dans sa recherche de Darsie Latimer. 11 se détermina donc à écouter attentivement ce qui se passerait entre Peter et le marin, et à guetter une occasion de questionner le premier, dès qu'il aurait quitté sa nouvelle connaissance.
— Je ne voudrais nullement lui faire un trop grand mal , à ce pauvre garçon , qui a eu tant de bonnes guinées de moi , aussi bien que son père avant lui , reprit Peter ; mais je voudrais le faire revenir dans l'intérêt de mes afTaires et des siennes. Et peut-être bien que je n'insisterais pas, dans l'action en dommages-intérêts que j'ai intentée contre lui, au-delà d'une simple restitution d'honoiaires, et dc(iuelqii(! clio.si» pour les intérêts de la somme i)rincipale due à partir du jour où il aurait dû la re-
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couvrcr pour moi à plack et bawbee, c'est-à-dire du jour de la grande plaidoirie ; car vous sentez que c'est le moins que je puisse demander nomine damni^ et je n'ai pas du tout la pensée de mettre le pauvre garçon tout-à-fait à bas. — Il faut vivre et laisser vivre, — pardonner et oublier.
— Je veux que le diable m'emporte , ami Grands-Bords , dit Nanty Ewart en regardant le quaker, si je puis comprendre ce que ce vieil épouvantail veut dire. Si je pensais qu'il fût à propos que M. Fairford le vît , hé bien , c'est peut-être une affaire qui pourrait s'arranger. Connaissez-vous ce vieil original ? — vous sembliez prendre intérêt à lui , tout-à-l'heure.
— Pas plus que je l'aurais fait pour quiconque eût été comme lui dans la détresse, répondit Geddes, qui n'était pas fâché qu'on l'interpellât ; seulement je vais essayer si je puis savoir qui il est et ce qu'il fait dans ce pays. — Mais ne sommes-nous pas un peu trop en public dans cette salle ouverte à tout venant?
— C'est bien pensé, dit Nanty ^ et sur son ordre la fille de comptoir les fit passer dans un cabinet attenant où Peter les suivit , dans l'espoir instinctif qu'il y aurait encore quelque chose à boire avant de se séparer. Ils s'étaient à peine installés , que le son d'un violon se fit entendre dans la salle qu'ils venaient de quitter.
— Je m'en retourne là-bas, dit Peter en se levant; c'est le son d'un violon , et quand il y a de la musique il en retourne toujours quelque chose à boire ou à manger.
— Je vais faire venir quelque chose ici , dit le quaker ; mais en attendant as-tu quelque objection , mon bon ami, à nous dire ton nom ?
— Pas le moins du monde , si vous voulez boire à ma santé par nom et prénom , répondit Peebles ; autrement je déclinerais vos interrogatoires.
— Ami, reprit le quaker, ce n'est pas pour ta santé, attendu que tu as déjà bu assez ^ — Cependant. ... Hé I la fille I — apportez-moi un gill ' de xérès.
— Le xérès est une boisson bien faible , et le gill une bien petite mesure pour deux personnes qui font connaissance en causant ; — pourtant voyons votre pauvre gill de xérès, dit Peter, en même temps qu'il avançait sa large main pour s'emparer du petit pot d'étain , qui , selon l'usage du temps , contenait la hqueur généreuse fraîchement tirée du tonneau.
— Un moment , ami , dit Josué j lu ne m'a pas encore dit quels sont ton nom et ton surnom.
Le quaker est diantrement malin, se dit Ewart à part lui ; il veut lui faire payer son vin avant de le lui donner. IMoi je suis un si grand sot,
• Tne fies plus pclilcs mesures pour les liquides; ce (lUc dans nos provinces du nord on nomme vulgairemcnl un pciii-iwt. (L. V.)