CHAPITRE XXI
l'air d'indifférence hautaine qu'il avait pris ne pût cacher sa contrariélé ni son embarras.
— S'il faut absolument que nous nous connaissions, monsieur, dit-il enfin , — ce dont je ne vois nullement la nécessité , d'autant plus que j'ai particulièrement besoin d'être seul, — je dois vous prier de vouloir bien m'apprendre en deux mots ce que vous avez à me dire , et de me permettre de m'occuper de choses plus importantes.
— Cette lettre me servira d'introduction près de vous, repartit Fairford — ( et il remit celle de IMaxwell ) . — Je suis convaincu que quel que soit le nom sous lequel vous vouliez en ce moment être connu , c'est à vous, et à vous seul, qu'elle doit être remise.
Redgantlet tourna la lettre dans ses mains, — puis il en lut le contenu, — puis il examina de nouveau la lettre , et dit à Fairford d'un ton sévère : Le cachet de cette lettre a été rompu , monsieur ^ était-elle en cet état quand elle vous a été remise ?
Fairford méprisait le mensonge autant que personne au monde, i\ moins, peut-être , que le cours des affaires ne l'exigeât, comme aurait pu dire Tom Turnpenny, Il répondit sans hésiter et d'une voix assurée : Le cachet était intact quand la lettre m'a été remise par M. Maxwell de Summertrees.
— Et vous avez osé, monsieur, rompre le cachet d'une lettre qui m'était adressée? dit Redgantlet, qui ne fut pas fâché peut-être de susciter une querelle sur un point étranger à la teneur du message.
— Je n'ai jamais rompu le cachet d'une lettre commise à ma charge, répondit Alan; non par crainte de ceux à qui la lettre pourrait être adressée, mais par respect pour moi-môme.
— Ce sont de belles paroles, monsieur le jeune avocat ; et cependant je doute que votre délicatesse vous ait empêché de lire la lettre, ou de l'entendre lire après qu'elle a été ouverte par quelque autre personne.
— J'en ai certainement entendu la lecture, monsieur, et le contenu était de nature à me surprendre fort.
— Hé bien, je regarde cela comme étant la même chose ou peu s'en faut, in foro conscientiœ, que si vous aviez rompu le cachet vous-même. Je me regarde comme dispensé d'avoir de plus longs rapports avec un messager si peu fidèle , et vous pourrez vous en prendre à vous-même si votre voyage a été infructueux.
— Un moment, monsieur, dit Fairford, et sachez que j'ai eu connaissance du contenu de cette lettre sans mon consentement, — je puis môme dire contre ma volonté; — car M. lionaventure....
— Qui? interrompit Redgantlet d'un ton étrangement surpris et alarmé -, — qui avez-vous nommé ?
— Le père Bonaventure ; — un prêtre catholique, à ce que je présume, que j'ai vu à Fairladios chez les miss Arthuret.
— Les miss Arthuret! — Ferladiesl — un prêtre catholique I — le
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père Bonavenlure ! dit Redgantlet, répétant avec étonnement les paroles deFairford. — Se peut-il que la témérité humaine puisse aller jusque-là? — Dites-moi la vérité, je vous en conjure, monsieur; — j'ai le plus grand intérêt à savoir si ceci est autre chose qu'un conte en lair recueilli parmi les oui-dire du pays. Vous êtes homme de loi, monsieur, et vous savez quel risque courent les membres du clergé catholique que le sentiment de leurs devoirs amène sur ces côtes ensanglantées.
— Je suis homme de loi, assurément, repartit Fairford ; et celte profession respectable est une garantie que je ne suis ni un délateur ni un espion. Voici un témoignage sufiisant que j'ai vu le père Bonavenlure.
Il mit entre les mains de Kedganllel la lettre de ce dernier, et observa attentivement l'expression de sa physionomie tandis qu'il en prenait lecture. — Infatuation renforcée! murmura-t-il d'un air où se peignaient à la fois la douleur, le mécontentement et l'inquiétude. Sauvez-moi de l'indiscrétion de mes amis , dit l'Espagnol 5 je puis n^e sauver moi-même des attaques de mes ennemis.
Il lut alors la lettre avec grande attention , et resta ensuite deux ou trois minutes absorbé dans ses pensées, son front soucieux annonçant qu'il méditait quelque projet important. Il fit signe du doigta son satellite Cristal Nixon , qui répondit aussitôt par un mouvement de tôte , puis s'approcha de Fairford avec un ou deux des hommes de la suite de son maître, de manière à lui faire craindre que leur dessein ne fût de s'emparer de lui.
En ce moment du bruit se fit entendre dans l'intérieur de la maison, et ce fut alors que Peter Peebles en sortit en courant , poursuivi par Nanty Ewart, son hanger nu à la main, et par le digne quaker qui cherchait, non sans quelque risque pour lui-môme, à empocher qu'il n'arrivât malheur aux autres.
Il serait dilîicile d'imaginer quelque chose de plus étrange et de plus burlesque que la figure de Peter Peebles se sauvant aussi vite que le lui permettaient ses énormes bottes, et ressemblant à un épouvantait en fuite plus qu'à toute autre chose; tandis que le sec et maigre Nanty Ewart, la pâleur de la mort sur les joues et le feu de la vengeance rayonnant de ses yeux -, formait un effrayant contraste avec le ridicule objet de sa poursuite.
Redgantlet se jeta entre eux. — Quelle folie extravagante est ceci? dit-il. Rengainez votre arme, capitaine. Est-ce le moment de vous livrer à des querelles d'ivrognes , et un aussi misérable adversaire est-il digne d'un homme de courage?
— Je vous demande pardon, dit le capitaine en remettant son arme au fourreau. — J'ai été mis un peu hors de moi, c'est sur; mais pour juger do la provocation il faudrait qu'on pût lire dans mon cœur, et c'est ce que j'ose à peine faire moi-môme. Au surplus, le misérable n'a