‹ RedgauntletChapitre 131 sur 152 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

d'ailleurs jusqu'à un certain point de l'assurance que Fairford ne courait aucun risque personnel.

Redgantlet leur fil traverser un ou deux corridors ( car la maison, comme nous l'avons dit, était fort irréguliere, et avait été bâtie successivement à des époques difiérentes ), jusqu'à ce qu'ils arrivassent à une chambre à la porte de laquelle un homme était eu sentinelle la carabine sur l'épaule 5 cet homme ne fit nulle dilïiculté pour les laisser entrer. Us trouvèrent là Alan Fairford et le quaker, qui paraissaient occupés d'une conversation très sérieuse. Ils levèrent la tète quand Redgantlet et les deux dames entrèrent. Alan ôta son chapeau et fit un profond salut ; IJlias, qui le reconnut, — quoique, masquée comme elle l'était, lui ne put la reconnaître , — lui rendit son salut avec un certain embarras , provenant sans doute du souvenir de la démarclie hardie qu'elle avait faite en allant le voir chez lui.

Darsie avait grande envie de parler, mais il n'osa pas. Son onde se borna à dire : Messieurs, je sais que vous êtes aussi inquiets sur le compte de M. Darsie Latimer qu'il l'est sur le vôtre. Je suis chargé pailui de vous informer qu'il se porte aussi bien que vous-mêmes; — j'espère que bientôt vous serez tous réunis. D'ici là, bien que je ne puisse vous faire mettre en liberté , vous serez aussi bien traités que ix)ssible pendant votre détention temporaire.

Il s'avança , sans s'arrêter à entendre la réponse que se hâtaient de faire l'avocat et le quaker; et leur adressant seulement de la main un signe d'adieu, il sortit avec les deux dames, l'une véritable et l'autre supposée, auxquelles il donnait le bras, par une seconde porte située à l'autre bout de la chambre , et qui était fermée et gardée comme celle par laquelle ils étaient entrés.

Redgantlet conduisit de là Lilias et Darsie à une très i^etitc pièce attenante à une chambre qui semblait être beaucoup plus grande , et dont elle était séparée par une simple cloison , à travers laquelle ils distinguaient le bruit des lourdes bottes du temps , comme si plusieurs peraonnes se fussent promenées de long en large tout en causant à demi-voix et d'un ton animé.

— Ici je vous rends à vous-même, dit Redgantlet à son neveu en te déban-assant de sa robe et de son masque , et je me llatte qu'avec ces vêtements de femme vous écarterez toute pensée indigne d'un homme. Ne rougissez pas d'avoir porté un déguisement auquel des rois et des héros ont été réduits. C'est quand l'astuce et la couardise féminines pénètrent dans le cœur d'un homme, que celui qui éprouve de tels sentiments doit éternellement rougir de ressembler à l'autre sexe. Suivezmoi ; Lilias restera ici. Je vais vous présenter à ceux à qui j'espère vous voir associé dans la plus glorieuse des causes pour lesquelles on ait jamais tiré répée.

Darsie fut un moment avant de réiwndre. — Mon oncle , dit-il enfin,

AOi REDGANTLET.

ma personne est entre vos mains ; mais souvenez-vous que ma volonté m'appartient. Je ne me laisserai entraîner à aucune résolution d'importance. Souvenez-vous de ce que je vous ai déjà dit , — de ce que je vous répète en ce moment : — que je ne prendrai aucune décision importante que par conviction.

— Mais peux-tu être convaincu , fol enfant , sans entendre et comprendre les motifs qui nous font agir?

A ces mots il prit Darsie par le bras et entra avec lui dans la chambre attenante, — grande pièce à demi remplie de diverses marchandises, provenant pour la plupart du commerce de contrebande. J.à se trouvaient plusieurs personnes , assises ou se promenant parmi les ballots et les barriques , et dont l'air et les manières semblaient supérieures aux habits fort simples qu'elles portaient.

Leur front avait une expression de gravité sombre et soucieuse, quand, à l'entrée de Redgantlet, ils se réunirent autour de lui et le saluèrent avec un cérémonial qui avait quelque chose de triste et de mauvais augure. Darsie, parcourant le cercle des yeux, n'y vit rien de cette exaltation aventureuse qui pousse les hommes aux entreprises désespérées ; et il commença à croire que la conspiration se dissoudrait d'elle-même , sans qu'il lui fallût se mettre en opposition directe avec un homme aussi violent que l'était son oncle , ni s'exposer aux risques dont une telle opposition serait nécessairement accompagnée.

M. Redgantlet, cependant, ne vit ou ne voulut voir aucun indice de découragement chez ses confédérés-, il les aborda d'un air enjoué, et les salua cordialement. — Je suis heureux de vous rencontrer ici , niylord, dit-il en saluant profondément un jeune homme à taille élancée. J'espère que vous nous apportez les engagements positifs de votre noble père, lord de B***, et de tonte votre loyale maison? — Sir Richard, quelles nouvelles dans l'ouest? Yous aviez, m'a-t-on dit, deux cents hommes sur pied pour nous rejoindre, quand commença la fatale retraite de Derby. Quand le drapeau blanc sera déployé de nouveau , il no rebroussera pas chemin si aisément , ni devant la force de ses ennemis, ni par la fausseté de ses amis. — Docteur Grumball, je salue le représentant d'Oxford, la mère du savoir et du loyalisme. — Pengwinion , choucas du Cornouailles, ce bon vent vous a donc pous.sé au nord? — Ha I mes braves Cambro-Bretons I quand le pays de Galles entra-t-il le dernier dans la carrière de l'honneur ?

A ces complirnents et à d'autres semblables qu'il distribuait à la ronde on ne répondait généralement que par des saluls silencieux ; mais quand il accosta un de ses compatriotes nommé Mac Kcllar, et qu'il salua Maxwell de Summertrees du nom de Pale- en-Péril, celui-ci repartit que si Pâte n'était pas un fou il serait Pate-en-Sùreté ; et le premier, vieillard sec et maigre, portant un habit couvert d'une broderie fanée , lui dit d'un ton brusque : Oui, vraiment, Redgantlet, je suis ici préci-

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