CHAPITRE XXII
Oxford ne se lèvera donc pas, à moins que notre souverain ne vienne en personne réclamer notre allégeance, auquel cas Dieu nous préserve de lui refuser l'obéissance la plus entière î
— C'est un très bon avis, dit M. Meredith.
— Véritablement, dit à son tour sir Richard Glendale, c'est là la clef de voûte de notre entreprise, et l'unique condition à laquelle moi et d'autres avons jamais pu songer à prendre les armes. Toute insurrection qui n'aura pas Charles-Edouard lui-même à sa tôte ne durera que le temps d'amener une compagnie d'habils-rouges pour la disperser,
— C'est mon opinion et celle de toute ma famille, dit le jeune lord déjà mentionné-, et je suis quelque peu surpris, je l'avoue, d'avoir été convoqué à un dangereux rendez-vous tel que celui-ci, avant que quelque chose de certain ne nous ait été communiqué sur ce point préliminaire très important.
— Pardon , mylord , reprit Picdgantlet ; je n'ai pas manqué 4 ce point à ce que je devais à moi et à mes amis. — Je n'avais nul moyen de communiquer à nos confédérés éloignés ( sans courir le plus grand risque d'être découvert ) ce qui est connu de quelques uns de mes honorables amis. Aussi courageux, aussi résolu que lorsqu'il y a vingt ans il se jeta dans les solitudes de IMoidart , Charles-Edouard s'est rendu sans hésiter aux vœux de ses fidèles sujets. Charles-Edouard est dans ce pays, — Charles-Edouard est dans cette maison I — Charles-Edouard n'attend que la décision que vous allez prendre pour recevoir l'hommage de ceux qui se sont toujours dits ses loyaux sujets. Celui qui voudrait maintenant retourner son habit et changer de note, celui-là doit en agir ainsi sous les yeux de son souverain.
Il y eut un moment de profond silence. Ceux d'entre les conspirateurs que la simple habitude ou la crainte de démentir leurs précédents avait engagés dans cette affaire, s'aperçurent alors avec terreur que la retraite leur était coupée ; d'autres qui de loin avaient cru apercevoir des chances de réussite dans l'entreprise proposée, tremblèrent quand ils virent le moment de s'y embarquer d'une manière active ainsi inopinément et presque inévitablement (3récipité.
— Hé quoi, mylords et messieurs ! s'écria Redgantlet, est-ce l'excès de la joie qui vous tient ainsi silencieux ? Sont-ce là les vives acclamations dont vous devriez .saluer notre roi légitime, (|ui une seconde fois confie à ses sujets le soin de sa personne , sans en être détourné par les périls éminents et les privations rigoureuses de sa première expédition ? J'espère qu'il n'y a pas ici un seul gentilhomme qui ne .soit prêt à racheter, en présence de son prince , le gage de lidéliic qu'il lui offrait en son absence?
— S'il se trouve un tel lâche, ce ne sera pas moi, du moins, dit résolument le jeune lord en portant la main à son épée. Si Charles est
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arrivé sur ces côtes, je serai le premier à lui souhaiter la bienvenue , et à dévouer à son service ma vie et ma fortune.
— Pardieu, dit M. ÎMereditti, je ne vois pas que M. Redcantlet ' nous ait laissé autre chose à faire.
— Un moment, dit Summertrees; il y a encore une autre question. A-t-il amené avec lui quelqu'un de ces renégats d'Irlandais qui ont cassé le cou à notre dernière affaire ?
— Pas un seul, répondit Redgantlet.
— J'espère, reprit le docteur Grumball, qu'il n'y a pas de prêtres catholiques dans sa compagnie ? Je ne voudrais pas m'immiscer dans la conscience de mon souverain ; mais , comme fils indigne de l'Eglise d'Angleterre, mon devoir est d'en prendre en considération la sécurité.
— II n'y a ni chien ni chat catholique à aboyer ou à miauler autour de Sa Majesté, dit Redgantlet. Le vieux Shaftesbury lui-môme ne pourrait désirer dans un prince plus de garanties contre le papisme, — qui n'est peut-être pas la plus mauvaise religion du monde, au surplus. — Avez-vous encore quelques doutes, messieurs? ne pouvons-nous découvrir d'autres raisons plausibles d'ajourner l'acquit de notre devoir et l'accomplissement de nos serments et de nos engagements ? Pendant ce temps notre roi attend votre déclaration. — Sur ma foi ! sa réception est un peu à la glace.
— Redgantlet, dit sir Richard Glendale d'un ton calme, vos reproches ne me feront pas adopter plus vite quelque chose que désapprouverait ma raison. Que je respecte mon engagement autant que vous-même , c'est ce qui est évident , puisque je suis ici , prêt à le soutenir du meilleur de mon sang. IVIais le roi n'est-il réellement accompagné de personne ici?
— Il n'a pas un homme avec lui, sauf le jeune *** comme aide-decamp, et un seul valet de chambre.
— Pas un homme; — mais dites-nous, Redgantlet , sur votre parole de gentilhomme , n'a-t-il aucune femme avec lui ?
Ce fut les yeux baissés que Redgantlet répondit : — Je suis fâché de le dire , il en a une.
Tous les assistants se regardèrent entre eux et restèrent silencieux un moment. Enfin sir Richard reprit la parole : — Je n'ai pas besoin de vous répéter, monsieur Redgantlet, quelle est l'opinion bien fondée des amis de Sa Majesté au sujet de cette malheureuse liaison ; il n'y a parmi nous à cet égard qu'un sentiment et une manière de voir. Dois je conclure de là , monsieur, que vous avez fait part au roi- de nos humbles remontrances ?
" L'auteur adonné à M. Meredith un fort accent gallois ; et le Irait principal de cet accent, ([u'il n'est guère possible de faire sentir dans une traduction, est le changement des (j en c. (L. V.)