‹ RedgauntletChapitre 135 sur 152 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

proche, et en donnant toute garantie que dorénavant je vivrai tranquille et soumis au pouvoir actuel.

Toutes les personnes présentes témoignèrent de nouveau qu'elles partageaient entièrement la manière de voir de l'orateur.

— Hé bien, messieurs, reprit Redgantlet, il ne me convient pas d'opposer mon opinion à l'opinion de tous les autres ; et je vous dois la justice de convenir que dans l'occasion présente le roi a négligé de remplir une condition qui lui avait été soumise en termes très précis. La question maintenant est de savoir qui ira l'infurmer du résultat de celte conférence ? car je ne présume pas que vous vous rendiez près de lui en corps pour lui proposer comme prix de votre allégeance de renvoyer une personne de son intérieur.

— Je pense que ce serait à monsieur Redgantlet à lui donner cetie explication, dit lord ***. Comme il a sans doute fait justice à nos remontrances en les communiquant au roi, personne ne peut faire valoir avec autant de convenance et de force la conséquence naturelle et inévitable du peu d'égard qu'on y a eu.

— Et moi, dit Redgantlet, je pense que c'est à ceux qui ont élevé l'objection à la faire valoir; car j"ai la conliance qu'il ne faudra rien moins que l'autorité même de l'héritier de la loyale maison de R*** pour que le roi puisse croire qu'il est le premier à chercher un prétexte pour ne pas tenir sa promesse de venir le joindre.

— Un prétexte, monsieur! répéta lord *** avec emportement. Je n'en ai déjà que trop supporté devons, et je n'endurerai pas ceci. Veuillez m'accorder la faveur de votre compagnie ici près sur les dunes.

Redgantelet sourit dédaigneusement, et il se disposait à suivre l'impétueux jeune homme, quand sir Richard s'interposa une seconde fois. — Allons-nous donc montrer, leur dit-il, les derniers symplômes de la dissolution de notre parti en tournant nos épées les uns contre les autres ! — Soyez patient, lord *** ; dans des conférences telles que celle-ci on doit laisser passer bien des choses qui ailleurs entrahieraient un défi. Les partis ont leurs privilèges comme le parlement; — on ne peut, dans les cas urgents, s'arrôlcr à choisir ses phrases. — Messieurs, si vous voulez m'accorder en cela votre conliance, je vais me rendre prèg de Sa Majesté , et j'espère que mylord *** et M. Redgantlet voudront bien m'y accompagner. Je compte que cette affaire désagréable s'expliquera à notre entière satisfaction, et que nous nous trouverons libres de rendre à notre souverain un hommage sans réserve. Moi, du moins, je serai le premier alors à tout risquer dans sa juste querelle.

Redgantlet s'avança, aussitôt. — Mylord, dit-il à son antagoniste, si mon zèle m'a fait dire quelque chose qui soit le moins du monde de nature à vous offenser, je voudrais ne l'avoir pas dit, et je vous en demande pardon. Un gentilhomme ne peut faire plus.

— Je n'en aurais pas tant demandé de monsieur Redgantlet, rc-

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partit le jeune lord, acceptant avec empressement la main que lui offrait son adversaire. Je ne sache pas qu'il soit personne au monde de qui je pusse recevoir sans un sentiment de dégradation les reproches que je recevrais de lui.

— Laissez-moi donc espérer, mylord, que vous allez vous rendre avec sir Richard et moi près de Sa Majesté. L'ardeur de votre sang échauffera notre zèle ; — nos résolutions plus froides tempéreront les vôtres.

Le jeune lord sourit et secoua la tête. — Hélas! monsieur Redgantlet, dit-il, j'ai honte à dire qu'en fait de zèle vous nous surpassez tous. Pourtant je ne refuserai pas cette mission, pourvu que vous permettiez à sir Arthur votre neveu de nous accompagner aussi.

— Mon neveu? dit Redgantlet; et il parut hésiter. Puis il reprit : Très certainement. — Je me flatte, ajouta-t-il en regardant Darsie, qu'en présence de son prince il apportera des sentiments convenables.

Il parut cependant à Darsie que son oncle aurait aimé tout autant qu'il ne les accompagnât pas, s'il n'avait craint qu'au milieu des confédérés chancelants avec lesquels il serait resté durant son absence il ne se laissât influencer par leur irrésolution, ou que peut-être lui-môme ne les influençât par la sienne.

— Je vais demander qu'on nous reçoive, dit Redgantlet.

Il revint un moment après, et, sans parler, il fit signe au jeune lord d'avancer. Celui-ci sortit en elTet suivi de sir Richard Glendale et de Darsie; Redgantlet les laissa passer devant lui. Un corridor de quelques pas et un petit nombre de degrés les conduisirent à la porte de la salle de réception temporaire où le royal proscrit devait recevoir leur hommage. Cette chambre, ou plutôt ce grenier, formait l'étage supérieur de l'une de ces constructions additionnelles que l'on avait ajoutées à l'ancienne auberge. Elle était pauvrement meublée , poudreuse et en désordre; car quelle que fût la témérité des conspirateurs, ils avaient cependant été encore assez prudents pour n'attirer l'attention des étrangers par aucun préparatif particulier pour la réception et le logement du prince. 11 était assis lorsque entrèrent ceux qu'on peut nommer les députés de ce qu'il lui restait de partisans; quand il se leva pour venir au devant d'eux , et qu'il leur rendit leur salut, ce fut avec une courtoisie pleine de dignité, qui fit oublier l'absence de toute pompe extérieure, et changea en quelque sorte le misérable grenier en un salon digne d'une réception royale.

11 est inutile d'ajouter que c'était le même personnage déjà connu de nos lecteurs sous le nom de père Ronaventure , par lequel il était désigné à Fairladies. Son costume ne difTérait pas de celui qu'il portait alors, sauf qu'il avait en outre un large surtout de camelot, qui recouvrait, outre une i)aire de pistolets, un excellent estoc par lequel il avait remplacé sa rapière de ville.

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