‹ RedgauntletChapitre 136 sur 152 · CHAPITRE XXII. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII. il

Redgantlet lui présenta successivement le jeune lord*** et son neveu sir Arthur Darsie Redgantlet ; celui-ci trembla lorsque, saluant le prince et lui baisant la main, il se vit engage dans ce qu'on pouvait interpréter comme un acte de haute trahison , que cependant il ne voyait aucun moyen sur d'éviter.

Sir Richard Glendale semblait être personnellement connu de Charles-Edouard, qui le reçut avec un mélange de dignité et d'empressement affectueux, et qui parut voir avec attendrissement les larmes qui vinrent aux yeux du vieux gentilhomme lorsqu'il souhaita à Sa IMa • jesté la bienvenue dans son royaume natal.

— Oui, mon bon sir Richard, dit l'infortuné prince d'un ton triste quoique résolu , voici encore une fois Charles-Edouard au milieu de ses fidèles amis-, — nonplus peut-être avec ces brillantes espérances qui effaçaient toute idée de danger, mais avec la môme résolution et le même mépris de tout ce qui lui peut arriver de pis en revendiquant ses droits et ceux de son pays.

— Je me réjouis , sire — et pourtant, hélas I je dois aussi m'aflliger — de vous revoir encore une fois sur les côtes britanniques... Ici sir Richard Glendale s'arrêta court, un conflit tumultueux de sentiments contradictoires ne lui permettant pas de continuer.

— L'appel de mon peuple fidèle et souffrant, reprit Charles, pouvait seul me décider à mettre encore une fois l'épée à la main. En ce qui me concerne, sir Richard, songeant combien d'amis loyaux et dévoués ont péri par l'épée et la proscription, ou sont morts indigents et oubliés sur la terre étrangère, j'ai souvent juré qu'aucune vue d'agrandissement personnel ne me porterait désormais à réclamer un titre qui a coûté si cher à ceux qui se sont attachés à ma fortune. Mais puisque tant d'hommes d'honneur pensent que la cause de l'Angleterre et de l'Ecosse est liée à celle de Charles Stuart, il me faut suivre leur courageux exemple, et mettant de côté toute autre considération, me produire de nouveau comme leur libérateur. Je suis donc venu ici sur votre invitation ; et comme vous connaissez parfaitement l'état de choses auquel mon absence a dû nécessairement me rendre étranger, je ne puis être qu'un simple instrument dans les mains de mes amis. Jamais , je le sais, je ne pourrai me confier ni à des cœurs plus loyaux ni à des têtes plus sages qu'Herries Redgantletet sir Richard Glendale.Donnez-moi donc votre avis sur ce que nous avons à faire , et décidez du destin de Charles-Edouard.

Redgantlet regarda sir Richard comme pour lui dire : Pouvez-vous mettre en avant une condition additionnelle et désagréable en un moment comme celui-ci? Et l'autre secoua la tête et baissa les yeux, en homme dont la résolution n'est pas changée , mais qui sent tout ce que la situation a de délicat.

11 y eut un moment de silence, que rompit le premier, avec quelque apparence d'irritation , l'infortuné représentant d'une dynastie malheu-

4l/, REDGANTLET.

reuse. — Voilà qui est étrange , messieurs, dit-il ; vous m'avez envoyé chercher et m'avez fait quitter ma famille pour venir me mettre à la tête d'une entreprise incertaine et dangereuse, et, cyjand j'arrive, votre esprit semble encore irrésolu. Je n'attendais pas cela de la part de deux hommes tels que vous.

— Quant à moi, sire, s'écria Redgantlet, l'acier de mon épée n'est pas plus pur que la trempe de mon esprit.

— 11 en est ainsi de celui de lord*** et du mien, dit sir Richard; mais vous étiez chargé, monsieur Redgantlet, de transmettre notre requête à Sa Majesté conjointement avec certaines conditions.

— Et j'ai rempli mon devoir envers Sa Majesté et envers vous , repartit Redgantlet.

— Je n'ai vu qu'une seule condition , messieurs , dit le roi avec dignité : celle qui m'appelait ici pour y faire valoir mes droits en personne. Celle-là, je l'ai remplie, nun sans de grands risques. Me voici prêt à tenir ma parole, et j'attends de vous que vous soyez fidèle à la vôtre.

— Plaise à Votre Majesté, reprit sir Richard, il y avait ou il devait y avoir quelque chose de plus dans nospropositicms. Une condition y était annexée.

— Je ne l'ai pas vue, interrompit Charles. Par affection pour les nobles cœurs dont j'ai si haute opinion, je n'ai voulu rien voir ni rien lire qui put leur faire perdre quelque chose dans mon attachement et dans mon estime. Il ne peut y avoir de conditions entre le prince et le sujet.

— Sire , dit Redgantlet en mettant un genou à terre, je vois à la physionomie de sir Richard qu'il juge que c'est ma faute si Votre Majesté semble ne pas avoir connaissance de ce que vos sujets m'avaient chargé de vous communiquer. Au nom du Ciel 1 au nom de tous mes services et de toutes mes souffrances passées, ne laissez pas une telle tache sur mon honneur I La note marquée D, dont voici une copie, avait rapport au pénible sujet sur lequel sir Richard appelle de nouveau l'attention de Votre Majesté.

— Vous me forcez, messieurs, de me reporter à des souvenii-s que j'aurais voulu bannir de ma mémoire comme portant atteinte à votre caractère, dit le prince, dont le front se colora d'une vive rougeur. Je ne supposais pas que mes loyaux sujets eussent de moi si pauvre opinion, qu'ils voulussent profiter des tristes circonstances où je me trouve pour s'immiscer dans mes arrangements domestiques, et stipuler des arrangements avec leur roi touchant des matières à l'égard desquelles le dernier des paysans revendique le droit de penser par lui-même. Dans les affaires qui concernent l'État et la politique, je me laisserai toujours diriger, ainsi qu'il convient à un prince, par les avis de mes plus sages conseillers ; dans celles qui regardent mes afflictions privées et mes arrangements domestiques , je réclame la liberté d'action que je laisse à

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