‹ RedgauntletChapitre 137 sur 152 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

tous mes sujets , et sans laquelle une couronne vaudrait moins ù porter qu'un bonnet de mendiant.

— S'il plaît à Votre :(.Majesté, reprit sir Richard Glendale, je vois qu'il faut que ce soit moi qui lui fasse entendre des vérités désagréables ; mais croyez, sire, que je ne le fais qu'avec autant de respect que de regret. 11 est vrai que nous vous avons appelé à venir vous mettre à la tète d'une grande entreprise, et que Yolre Majesté, mettant l'honneur avant sa sûreté et l'amour de son pays avant ses propres aises, a daigné consentir à devenir notre chef. Mais nous avons aussi indiqué comme une démarche préparatoire tout-à-fait indispensable à l'accomplissement do nos projets, — et, je dois le dire, comme une condition positive de nos engagements, — qu'une personne que l'on suppose — je ne prends pas sur moi de dire jusqu'à quel point la supposition peut être vraie — avoir la conliance la plus intime de A'otre Majesté, et que l'on croit, je ne dirai pas sur preuve absolue, mais sur les plus forts soupçons , capable de trahir celte confiance puur servir l'électeur de Hanovre, soit éloignée de votre maison royale et de votre personne.

— C'est trop d'insolence, sir Richard! s'écria Charles-Edouard. Est-ce pour me traiter d'une manière aussi malséante que vous m'avez attiré en votre pouvoir? — Et vous, Redgantlet, pounjuoi avez-vous souffert que les choses en vinssent à ce point, sans me prévenir d'une manière plus positive des insultes dont je devais être l'objet?

— Mon gracieux prince, répondit Redgantlet, si je suis à blâmer en ceci, c'est uniquement d'avoir pensé qu'un obstacle aussi léger que la société d'une femme ne pourrait apporter d'empêchement sérieux à une entreprise de cette importance. Je suis franc, sire, et je ne sais parler qu'avec une brusque franchise : je n'aurais jamais imaginé que cinq minute* d'entrevue n'eussent pas dû eullire pour aplanir toute dilliculté à cet égard , soit que sir Richard et ses amis cessassent d'insister sur une condition si désagréable pour Votre Majesté, soit que vous-même, sire, fissiez le sacrifice de ce malheureux attachement aux bons avis, ou môme aux soupçons exagérés de tant de fidèles sujets. Je ne voyais dans une telle dilliculté rien qui ne dût céder, d'un coté ou de l'autre, aussi aisément qu'une toile d'araignée.

— Vous vous trompiez , monsieur , dit Charles-Edouard ; vous vous trompiez complètement : — autant que vous vous trompez en ce moment en croyant au fond du cœur que mon refus d'accéder à cette insolente proposition m'est inspiré par une passion puérile et romanesque pour une femme. Je vous dirai, monsieur, que je pourrais me séparer demain de cette personne sans un instant de regret, — et que j'ai eu déjà la pensée de lui faire quitter ma cour pour raisons à moi connues ; mais que jamais je ne trahirai mes droits de souverain et dhonjme en prenant ce parti pourm'assurerla faveur de qui que ce soit, nipour aclieier celte allégeance qui, si elle m'est due, m'est due par droit de naissance.

il6 REDGANTLET.

— Tout ceci m'affecte douloureusement, ditRedgantlet; mais j'espùre que Votre Majesté et sir Richard vous reviendrez sur vos résolutions, ou que dans une conjoncture si pressante vous ajournerez cette discussion. J'aime à croire que Votre Majesté se souviendra qu'elle est en pays ennemi, et que nos préparatifs n'ont pu tellement écliapper à l'attention que nous puissions maintenant sans danger renoncer à nos projets : à tel point que je prévois même, avec la plus vive inquiétuiJe, du danger pour votre personne royale, à moins que vous ne puissiez généreusement donner à vos sujets la satisfaction que sir Richard semble les croire si obstinés à demander.

— Et votre inquiétude doit être vive, en effet, dit le prince. Est-ce dans ces conjonctures de danger personnel que vous espérez vaincre une résolution fondée sur le sentiment de ce qui m'est dû comme homme et comme prince? La hache et l'échafaud seraient-ils tout préparés devant les fenêtres de Whitehall, je marcherais plutôt sur les traces de mon aïeul que de faire la plus légère concession à laquelle mon honneur serait intéressé.

Il prononça ces mots d'un ton décidé et en promenant son regard sur les personnes présentes-, toutes ( à l'exception de Darsie, qui voyait là une heureuse issue de la plus périlleuse entreprise) semblaient consternées et confuses. Enfin, sir Richard prit la parole d'un ton grave et triste :

— Si , dit-il, la sûreté du pauvre Richard Glendale était seule intéressée en tout ceci, je n'ai jamais attaché un assez haut prix à ma vie pour la mette en balance contre le moindre point du service deVotre Majesté. Mais je ne suis qu'un messager , — un chargé de pouvoir qui doit s'acquitter de la mission dont on l'a investi, et contre lequel mille voix s'élèveraient s'il ne le faisait pas fidèlement. Tous vos adhérents, sire, et Redgantlet lui-môme , prévoient la ruine certaine de cette entreprise , — le plus grand danger pour la personne de Votre Majesté , — la destruction complète de votre parti tout entier et de tous vos amis , s'ils n'insistent pas sur la demande que malheureusement Votre Majesté est si peu disposée à leur concéder. Je parle ainsi le cœur plein d'angoisses, — presque hors d'état de donner issue par des paroles à mes émotions ; — pourtant il faut la dire — la fatale vérité : — c'est que si votre bonté royale ne peut nous faire une concession que nous croyons nécessaire à notre sûreté et à la vôtre, Votre Majesté désarme d'un mot dix milliers d'hommes prêts à tirer l'épée pour sa cause ; ou, pour parler encore plus clairement, vous anéantissez jusqu'à l'apparence d'un parti royal dans la Grande-Bretagne.

— Et que n'ajoutez-vous , dit le prince d'un ton méprisant, que les hommes qui ont été prêts à prendre les armes pour ma cause expieront leur trahison envers l'électeur en me livrant au sort auquel tant de proclamations m'ont destiné? Portez ma tête à Saint-James, messieurs 5

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