‹ RedgauntletChapitre 141 sur 152 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

capitaine, au moment môme où celui-ci cherchait une seconde fois à rebrousser chemin.

Nanty chancela, mais il tint sur ses pieds. — Vous m'avez brisé l'épine dorsale, dit-il^ vous m'avez rendu le dernier service que je recevrai, et je ne mourrai pas en ingrat.

En prononçant ces derniers mots, il rassembla ce qu'il lui restait de forces, s'alTermit sur ses jambes, tira son hanger, et d'un coup asséné des deux mains, il abattit Cristal JVixon. Le coup, porté avec toute l'énergie que le désespoir peut prêter à un mourant , annonçait une force qu'on n'eût pas attendue de l'état où se trouvait Ewart : — il fendit le chapeau que portait le misérable, bien que l'intérieur en fut doublé d'une plaque de fer, pénétra profondément dans le crâne, et y laissa un fragment de l'arme , qui avait été brisée par la violence du coup.

Un des hommes de l'équipage du lougre, qui rôdait aux environs, attiré par la détonation, qui cependant n'avait pas été forte, le pistolet étant de petit calibre, trouva les deux malheureux déjà morts. Alarmé à cette vue, et attribuant cette double mort à quelque engagement entre son ci-devant commandant et un officier des douanes ( car il se trouva que Nixon ne lui était pas personnellement connu), le matelot regagna la chaloupe en toute hâte afin d'informer ses camarades du sort de Nanty, de regagner le brick et de lever l'ancre au plus vite.

Sur ces entrefaites, Redgantlet était revenu à la chambre où il avait laissé le prince errant, après avoir , comme nous l'avons vu, expédié Nixon à l'effet d'assurer en cas d'extrémité la retraite de l'infortuné Charles. Il le retrouva seul.

— Sir Richard Glendale et son jeune ami, lui dit le malheureux prince, sont allés consulter ceux de leurs adhérents qui sont en ce moment dans la maison. Redgantlet, mon ami, je ne vous reprocherai pas la situation où je me trouve, bien que je sois exposé tout à la fois au danger et au mépris. Pourtant, vous auriez dû insister près de moi avec plus de force sur l'importance que ces messieurs attachaient à leur insolente proposition. Vous auriez dû me dire qu'aucun compromis n'était possible^ — qu'ils voulaient non un roi qui les gouverntU, mais un prince, au contraire, sur lequel ils pussent exercer en toute occasion telle contrainte que bon leur semblerait, depuis les plus hautes affaires d'État jusqu'aux détails les plus privés et les plus intimes de son intérieur, que les hommes du rang le plus ordinaire veulent tenir secret et à l'abri de toute intervention étrangère.

— Dieu sait, dit Redgantlet, en proie à une vive agitation, que j'ai agi pour le mieux quand j'ai pressé Votre Majesté de venir ici ; — je n'ai jamais pensé que dans une telle crise , et quand il s'agissait d'un royaume, Votre Majesté dût se faire scrupule de sacrifier un attachement qui...

422 REDGANTLET.

— Paix, monsieur! interrompit Charles; il ne vous appartient pas de scruter mes sentiments sur un tel sujet.

lledgantlet rougit, et il s'inclina profondément. — Du moins, reprit-il, j'espérais qucjn pourrait trouver (juelque moyen terme; et on en trouvera, — il laut qu'on en trouve. — Venez avec moi, Darsie, Nous allons retourner près de ces messieurs, et j'ai la conliance que je rapporterai des nouvelles rassurantes.

— Je ferai beaucoup pour les satisfaire, Redgantlet. 11 me répugnerait, ayant remis le pied sur la terre britannique, de la (juittcr sans avoir échangé un coup en faveur de mes droits. Mais ce qu'ils me demandent est une dégradation, et y adhérer est impossible.

Redgantlet, suivi de son neveu, spectateur involontaire de cetttî scène étrange, quitta de nouveau l'appartement de l'aventureux proscrit, et rencontra Joe Crackenthorp au haut de l'escalier. — Où sont ces messieurs? lui demanda-t-il.

— Là-bas dans la baraque de l'ouest, répondit Joe-, mais je voulais vous dire, monsieur Ingoldsby — (nom sous lequel Redgantlet était le plus généralement connu dans le Cumberland), — qu'il faut mettre tous ces gens ensemble dans une seule chambre.

— Quels gens? dit Redgantlet avec impatience.

— Eh I ces prisonniers sur lesquels vous aviez dit à Cristal Nixon d'avoir l'œil. Le Seigneur vous protège! ma maison est as.sez grande, mais nous ne pouvons pas avoir des cabanons séparés pour chaque personne, comme à Newgate ou à Bedlam. Il y a là ce fou mendiant, qui doit être un grand personnage quand il aura gagné un procès, le Seigneur lui soit en aide! — il y a un quaker et un avocat accusés de tapage, et, cordieu ! il faut que je les mette sous la môme clef, attendu que tout est plein à regorger, et que vous avez envoyé au-dehors le vieux Nixon , qui aurait pu nous donner un coup de main dans cette confusion-là. Avec cela il leur faut à chacun une chambre, sans que pas un demande la moindre chose, — excepté le vieux au procès, qui n'est pas paresseux à demander ; — mais ça n'a pas un penny pour payer l'écot.

— Fais d'eux ce que tu voudras, dit Redgantlet, qui avait écoulé cette longue tirade avec de nombreuses marques d'impatience; pourvu que tu les gardes assez long-temps pour qu'ils n'aillent pas donner l'alarme dans le pays, peu m'importe après.

— Un quaker et un avocat! dit Darsie; ce doit être Fairford et M. Geddes. — Mon oncle, il faut que je vous demande....

— Ce n'est pas le moment de faire des questions, interrompit Redgantlet. D'ici à une heure, vous-même déciderez de leur sort ; — on ne veut pas leur faire le moindre mal.

A ces mots il se dirigea à grands pas vers le lieu où les jacobites tenaient conseil, et Darsie le suivit, espérantque l'obstacle qui s'était élevé à l'exécution de leur audacieuse entreprise se trouverait insurmontable,

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