CHAPITRE XXllI
— Les Campbells arrivent eu edet, dit Mac Kellar -, ils vont tomber sur nous avec tout le bataillon de Carlisle.
Un silence d'épouvante se fit dans l'assemblée, et deux ou trois des assistants commencèrent à s'esquiver de la clianihre.
Lord'''''' parla avec la généreuse énergie d"un jeune seigneur anglais. — Si nous avons agi en fous, dit-il, n'agissons pas en làcbes. Nous avons ici quelqu'un dont la vie est plus précieuse que la notre à tous , et qui y est venu sur notre garantie : — sauvons-le , du moins.
— C'est vrai , c'est très vrai , dit Richard Glendale. Occupons-nous du roi avant tout.
— Ceci doit être mon afTaire, dit à son tour Redgantlet; (jue nous ayons seulement le temps de faire revenir le brick, et rien ne sera désespéré. — Je vais sur-le-chanij) envoyer une barque de j)èclieur pour le ramener. — Il donna ses ordres à deux ou Iroi.s des gens de sa suile les plus actifs. — Que le roi soit une fois à bord, reprit-il, et nous sommes assez nombreux pour résister à main armée et couvrir sa retraite.
— C'est juste , c'est juste, repartit sir Richard -, je vais examiner les points où l'on peut organiser la défense , et les anciens braves de la conspiration des poudres n'auraient pas fait une résistance plus désespérée que celle que nous leur opposerons. — Redgantlet, continua-til , je vois pâlir quelques uns de nos amis ; niais il me semble que l'œil de
votre neveu a plus de feu que lorsque tout-à-l'hcure nous délibérions froidement, et que le danger était éloigné.
— C'est l'habitude de notre maison, répondit Redgantlet ; chez nous le courage s'enllamme toujours en faveur du côté le plus faible. Moi aussi , je sens que je ne dois pas survivre à la catastrophe que j'ai amenée. — Que Votre Majesté, continua-t-il en s'adrcssant à Charles, me permette de veiller d'abord à ce que sa personne sacrée soit mise en sûreté autant qu'il sera possible en ce moment, et alors
— A'ous pouvez vous épargner tout embarras à mon sujet, messieurs, leur dit de nouveau Charles-Edouard. Le Cridel ([ue nous apercevons d'ici prendra la fuite avant moi.
La plupart des assistants se jetèrent à ses pieds avec des larmes et des supplications , tandis qu'un ou deux prohtaient de la conl'u.sion pour s'esquiver. Un moment après on entendit le galop de leurs chevaux. Darsie, sa sœuv et Fairford, que personne ne remanjuait dans une telle scène, s'étaient retirés à part et se tenaient les mains , pareils à des p;issagers qui se rapprochent au moment où le navire va couler bas, avec la résolution d'attendre ensemble leurs chances de vie ou de mort.
Au milieu de cette scène de confusion, un gentleman, simplement vêtu d'un habit de voyage, avec une cocarde noire au chapeau, niais sans aucune autre arme qu'un couteau de chasse, s'avança dans l'appartement sans cérémonie. C'était un honmie de haute taille, maigre,
4^2 REDGANTLET.
à rextérieur distingué , ot dont l'air et la tournure annonçaient le militaire. Il était passé au milieu des gardes, supposé qu'en ce moment de trouble ils fussent restés à leur poste, sans être ni arrêté ni questionné, et maintenant il se trouvait, presque sans armes , au milieu d'hommes armés, qui néanmoins semblaient voir en lui l'ange exterminateur.
— Vous paraissez bien froids pour moi, messieurs , leur dit-il. Sir Richard Glendale, — et vous, lord ***, nous n'avons pas toujours été si étrangers l'un à l'autre. Haï Pate-en-Péril, comment va? et vous aussi , Ingoldsby — car je ne dois pas vous donner d'autre nom , — pourquoi recevoir si froidement un ancien ami ? IMais vous devinez ce qui m'amène.
— Et nous y sommes préparés, générai , ditRedgantlet ; nous ne sommes pas hommes à nous laisser paniueret égorger comme des moutons.
— Bast I vous prenez cela trop au sérieux -, — laissez-moi seulement vous dire un mot.
— Piien de ce que vous avez à dire ne peut ébranler notre résolution, répliqua Redgantlet , la maison serait-elle cernée , comme je le suppose, par votre régiment tout entier.
— Je ne suis certainement pas venu seul ; mais si vous vouliez m'entendre
— C'est moi que vous entendrez, monsieur , dit le prince errant en s'avançant vers le général -, c'est à moi , je suppose , que vous en voulez :
— je me rends volontairement pour sauver ces messieurs du danger.
— Que du moins ma résolution leur profite.
Une exclamation de Jamais I jamais I partit du petit corps de partisans-, tous se jetèrent autour de l'infortuné prince, et ils auraient saisi Campbell, peut-être même l'auraient-ils frappé de leurs épées, s'il n'était resté les bras croisés, d'un air annonçant plutôt l'impatience de ce qu'on ne voulait pas l'entendre, que la moindre appréhension d'aucune violence de leur part.
Enfin il obtint un moment de silence. — Je ne connais pas monsieur, dit-il (faisant un profond salut au malheureux prince) ; — je ne le connais ni ne désire le connaître. Cette connaissance ne conviendrait ni à l'un ni à l'autre.
— Nos ancêtres se sont pourtant bien connus, répliqua Charles, incapable d'étouffer, même à cette heure de terreur et de danger, le pénible souvenir de la royauté déchue.
— En un mot, général Campbell, reprit Redgantlet, nous apportezvous la paix ou la guerre? Vous êtes homme d'honneur, et nous pouvons avoir confiance en vous.
— Je vous remercie, monsieur, dit le général; la réponse à votre question dépend de vous-même. Allons, messieurs, point de folies. Il n'y avait peut-être pas grand mal d'intention à votre réunion ici, dans ce coin obscur, pour un combat d'ours ou de coqs , ou pour tel autre