‹ RedgauntletChapitre 148 sur 152 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

avaient dicté leur conduite. Nous ne désavouerons pas nos principes ni ne verrons votre personne en danger.

— Si votre seul dessein est de voir monsieur s'embarquer, dit le général Campbell, j'irai moi-même avec vous. Ma présence au milieu de vous, sans armes et en votre pouvoir, sera une garantie de mes intentions amicales , et elle préviendra tout obstacle que des personnes oflicieuses pourraient vouloir mettre à l'embarquement.

— Hé bien , soit, dit l'Aventurier de l'air dont un prince s'adresse à son sujet, et non du ton d'un homme qui cède à la requête d'un ennemi trop puissant pour qu'on lui résiste.

Ils sortirent de l'appartement, — ils quitt^ent la maison; — une terreur vague, une terreur dont personne n'aurait pu assigner positivement la cause, s'était déjà répandue parmi les adhérents inférieurs, et avait glacé le courage de tous ces gens qui tout-à-l'heure bourdonnaient, s'empressaient , encombraient les portes et les passages. Un bruit dont on ignorait l'origine s'était propagé 5 on parlait de troupes s'avançant en nombre vers l'endroit où l'on se trouvait, et tous ces hommes, dont la plupart avaient quelque raison de craindre l'atteinte du pouvoir, s'étaient cachés dans les écuries ou dans des coins obscurs, ou avaient entièrement quitté la place. Les environs delà maison, complètement déserts, n'étaient plus animés que par le groupe peu nombreux qui se dirigeait en ce moment vers la jetée, où une barque était en attente, conformément aux ordres donnés par Redgantlet.

Le dernier héritier des Stuarts s'appuyait sur le bras de Redgantlet , en se rendant au rivagej car le chemin était inégal, et Charles n'avait plus ce ressort de membres et d'esprit qui , vingt ans auparavant , lui permettait de gravir les montagnes de l'Highland avec la légèreté des daims qui les habitent. Ses amis le suivaient , les regards baissés vers la terre , et les sentiments du cœur luttant en eux contre les conseils de la raison.

Le général Campbell les accompagnait d'un air en apparence aisé et indiffèrent, mais épiant en même temps , et sans doute avec quelque anxiété, la physionomie changeante des acteurs de cette scène extraordinaire.

Darsie et sa sœur suivirent naturellement leur oncle, dont ils ne craignaient plus la violence et dont ils respectaient le caractère. Alan Fairford les accompagnait par suite de l'intérêt qu'il prenait à leur sort, et sans que personne le remarquât dans un groupe où chacun était trop occupé de ses propres pensées et de ses propres sensations, aussi bien que de la crise où l'on touchait , pour (jue l'on fît attention à sa présence.

A mi-chemin entre la maison et le rivage ils virent les corps de Nanly Ewarl et de Cristal Nixon noirciss;mt au soleil.

— Voici notre délateur? dit Redgantlet en se tournant vers le général Campbell, qui ne répoinlit que par un signe de tête atlirmatif.

436 REDGANTLET.

— Le misérable ! exclama Redgantlet-, — et pourtant le nom serait encore mieux appliqué à celui qui fut assez sot pour se laisser tromper par toi.

— Ce bon coup de sabre nous a épargné la honte de récompenser un traître , reprit le général.

Ils arrivèrent au lieu d'embarcation. Le prince resta un moment immobile , les bras croisés , promenant ses regards autour de lui , et dans un profond silence. Quelqu'un lui glissa un papier dans la main. — Je vois que les deux amis que j'ai laissés à Fairladies , dit-il après y avoir jeté les yeux , sont informés de ma destination et se proposent de s'embarquer à Bownes. Je présume que ce ne sera pas enfreindre les conditions qui nous sont faites ?

— Non, assurément, répondit le général Campbell ; ils auront toute facilité de vous rejoindre.

— Je ne désire donc plus qu'un seul autre compagnon, continua Charles. — Redgantlet, l'air de ce pays vous est aussi contraire qu'à moi. Ces messieurs ont fait leur paix , ou plutôt n'ont rien fait pour qu'elle soit inquiétée. Mais vous. .. venez avec moi ; venez partager ma demeure là où le sort m'en réserve une. Nous ne reverrons jamais ces côtes ^ mais nous reparlerons d'elles et de noire combat de taureaux manqué.

— Je vous suis pour la vie , sire , comme je vous aurais suivi à la mort, répondit Redgantlet. Accordez-moi un seul instant.

Le prince porta alors ses regards sur ceux qui l'entouraient, et voyant les physionomies mornes et décontenancées de ses autres adhérents, il s'empressa d'ajouter : — Ne croyez pas m'avoir moins obligé, messieurs , parce que votre zèle a été mêlé de prudence ; cette prudence, j'en suis sûr, vous était inspirée par mon propre intérêt et celui de votre pays, plus que par aucune crainte personnelle.

Il alla de l'un à l'autre , et au milieu des sanglots et des larmes il reçut les derniers adieux des derniers partisans qui eussent soutenu jusqu'alors ses prétentions élevées , et leur adressa individuellement des paroles d'affection et de bonté.

Le général s'était retiré un peu à l'écart pendant que cette scène se passait , et il fit signe à Redgantlet qu'il désirait lui parler. — Tout est maintenant fini, lui dit-il , et le titre de jacobite ne sera plus dorénavant le nom d'un parti. Quand vous serez fatigué de l'étranger et que vous désirerez faire votre paix, faites-le-moi savoir. Votre zèle infatigable a seul mis obstacle jusqu'à ce jour à ce que votre pardon vous soit accordé,

— Maintenant je n'en aurai plus besoin , répondit Redgantlet. Je quitte pour Jamais l'Angleterre; mais je ne suis pas fâché que vous entendiez mes adieux à ma famille. — Approchez, mon neveu. En présence du général Campbell , je veux vous dire que bien que durant de longues années mon plus ardent désir ait été de vous élever dans mes opinions politiques , je suis maintenant charmé que ce désir n'ait pu saccom-

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