‹ RedgauntletChapitre 26 sur 152 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

verrez vos lettres? demandai-je d'un ton insinuant, et avec autant d'insouciance apparente que je pus en afTecter.

— Saint-Beesl — làl quel autre qu'un fou j'en demande pardon

à Votre Honneur; — il y a bien aux environs de vingt ans que le père demeure à Saint-Bees, qui est à vingt, ou quarante, ou je n'sais combien d'milles d'ici, du côté de l'ouest, sur la côte, et j 'n'aurions pas quitté Saint-Bees, si mon père...

— Au diable votre pèrel m'écriai-je.

A quoi elle répliqua : — N'était-ce que Votre Honneur est un peu couci-couçà, vous n'enverriez pas au diable l'père des gens, et ça n'me va pas , pour ma part.

— Oh I je vous demande mille pardons ; — je ne veux pas le moindre mal à votre père. — C'était un très honnête homme à sa manière.

— C'était un honnête homme I exclama-t-elle ; — car il paraîtrait qu'à l'exemple de leurs voisins d'Ecosse, les Cumbriens ' sont chatouilleux en fait d'honneur de famille. — Ccst un très honnête homme , au.ssi honnête que pas un qui ait jamais mené un bidet par la bride à la foire de Staneshaw-Bank. — Honnête I — c'est un maquignon.

— C'est juste, c'est juste; je sais cela. — J'ai entendu parler de votre père; — un aussi honnête homme que pas un maquignon. Parbleu, Dorcas, j'ai dessein de lui acheter un cheval.

— Ah I Votre Honneur, personne n'servira mieux Votre Honneur, —

si jamais vous redevenez Et quand bien môme vous seriez un brin

hors des crochets % y' n'vous attrapperait pas plus que si...

— C'est bien , c'est bien, nous ferons affaire , Dorcas , vous pouvez y compter. Mais dites-moi, maintenant : si je vous donnais une lettre, comment feriez-vous pour la faire partir ?

— Eh ! j'ia mettrions dans l'sac du squire , qui est accroché dans la salle , répondit la pauvre Dorcas. Comment est-ce que j'pourrions faire autrement? H envoie à Brampton, ou à Carlisle, ou n'importe où ça lui plaît, une fois par semaine.

— Ha I et je suppose que c'est votre amoureux John qui les porte?!

— Non, — c'n'est pas lui à présent; — et Jan n'est pas mon amoureux , depuis qu'il a dansé à la fête de sa mère avec Kittly Rulledge , et qu'il m'a laissée sur ma chaise.

— C'est bien abominable à Jan , et je n'aurais jamais pensé cela de lui.

— H l'a fait, pourtant ; — il m'a laissée sur ma chaise.

— Bon , bon , ma gentille Dorcas , vous en trouverez un plus beau que Jan. — Jan n'est pas ce qu'il vous faut , je vois cela.

— Non, non ; quoiqu'y n'soit pas trop mal, pourtant. Mais je ni'sou-

■ Habitants du Cumberland, la province d'Angleterre la plus avancée au nord-ouest. ( I- V. ) ' Abu off the hooks, locution familière. Avoir l'esprit un peu dérangé. (L. V.)

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cie de lui comme d'un bouton , car il y a le fils du meunier qui m'a courtisée à la dernière foire d'AppIeby, où j'étais allée avec mon oncle. C'est un beau et brave garçon , comme vous verrez à que'que moment.

— Oui, un beau et solide garçon. — Pensez-vous qu'il voulût porter ma lettre à Carlisle?

— A Carlisle ! il n'irait pas pour rien au monde; faut qu'il soit au taquet et à la trémie, comme on dit. Odd! son père lui casserait la tête s'il allait à Carlisle, excepté les jours où il y a des prix pour la lutte , ou en d'autres occasions pareilles. Mais il va d'autres garçons qu'luiqui me courtisent-, il y a l'maitre d'école, qui est en état d'écrire presque aussi bien qu'vous, m'sieu.

— En ce cas c'est l'homme qu'il faut pour se charger d'une lettre, il sait la peine qu'on a à l'écrire.

— Dà, qu'i' i'sait, si vous prenez par là, m'sieu ; seulement qu'ça lui prend quatre heures pour écrire quatre lignes. Mais aussi c'est une grande belle ronde qu'on n'a pas d'peine à lire-, ça n'est pas comme récriture de Votre Honneur , qui ressemble à des pattes de mouche. Mais pour c'qui est d'aller à Carlisle, il en est bien incapable, l'cher homme .- — perclus comme la jument d'Eckie!

— Au nom du Ciel, comment vous proposez-vous donc d'envoyer ma lettre à la poste?

— Eh! en la mettant dans l'espèce de sac du squire, réitéra Dorcas; il l'envoie par Cristal Nixon à la poste, comme vous dites, quand c'est son plaisir.

Yoilà donc où j'en étais: assez peu édifié d'avoir obtenu la liste des amoureux de Dorcas, et, quant aux informations que je désirais avoir, précisément au point d'où j'étais parti. Il m'importait, cependant, d'accoutumer cette fille à converser avec moi familièrement. Elle ne pouvait toujours être sur ses gardes , et je pensais pouvoir ainsi tirer d'elle quelque chose qui put m'être utile.

— Est-ce que le squire ne regarde pas habituellement dans son sac à lettres, Dorcas? repris-je d'un air aussi indifférent que possible.

— Si fait , répondit Dorcas ; et il en a retiré une fois une lettre que j'écrivais à Ralph Miller ', parce que, dit-il

— Bien , bien , Dorcas; je ne lembarrasserai pas des miennes. Mais en place de cela je lui écrirai à lui-môme, Dorcas. Comment dois-je m'adresser à lui ?

— Hein? fit Dorcas, recourant ici à sa ressource habituelle.

— Comment l'appelle-t-on , veux-je dire ; quel est son nom ?

— Pour sûr, A'olre Honneur devrait l'savoir mieux qu'pcrsonne, dit Dorcas.

— INIoi le savoir ? — Du diable I — vous me feriez perdre patience.

' Ralph le Mcuuior.

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