‹ RedgauntletChapitre 31 sur 152 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Ohl c'est ce que je pensais, répliqua-t-il ; et il s'éteniiit de uuuveau sur sa chaise , dans la même attitude indolente qu'auparavant.

— Ainsi vous portiez dans votre enfance le nom de Darsie? reprit le magistrat ; — hem 1 — ay. — Et quand avez-vous pris pour la première fois le îiom de Latimer ?

[^ — Je ne l'ai pas pris, monsieur, il m'a été donné.

— Je vous demande , reprit le maître de la maison, mais d'une voix moins sévère qu'auparavant , si vous pouvez vous souvenir d'avoir jamais été appelé Latimer avant qu'on vous ait donné ce nom en Ecosse.

— Je serai franc ^ je ne puis me souvenir d'avoir été ainsi nommé pendant que j'étais encore en Angleterre, mais je ne me souviens pas davantage à quelle époque ce nom me fut donné pour la première fois. Si quelque chose doit être inféré de ces questions et de mes réponses, je désire qu'on prenne en considération l'âge que j'avais alors.

— Hemî — ay, — oui, fit le juge de paix; tout ce qui demande considération sera dûment considéré. Jeune homme, — eh I — je désirerais savoir le nom de vos parents.

On touchait là au vif une blessure douloureuse depuis long-temps saigi.'ante; je ne supportai pas la question aussi patiemment que j'avais supporté les précédentes. — Je demande à mon tour, répliquai-je , à savoir si je suis devant un juge de paix anglais.

— Sa Révérence le squire Foxley, de Foxley-Hall, est membre du quorum ' depuis vingt ans, dit maître Nicolas.

— En ce cas, répliquai-je, il devrait savoir, ou, monsieur, comme son greffier, vous devriez l'informer que c'est moi qui suis ici le plaignant , et que ma plainte doit être entendue avant que je ne sois soumis à un contre-interrogatoire.

— IlumphI — ouais, — eh I — oui, il y a quelque chose de vrai là-dedans , voisin, dit le pauvre juge de paix , qui , tournant au vent de chaque opinion , semblait aspirer après la sanction de son confrère le squire.

— Vous m'étonnez, Foxley, dit celui-ci d'un ton ferme; — comment pouvez -vous rendre justice au jeune homme si vous ne savez pas qui il est?

— Haï — oui, — c'est pardieu vrai, repartit M. le juge de paix Foxley; et maintenant, — en examinant la chose de plus près, — au total, — eh! — il n'y a rien dans ce qu'il dit. — Ainsi, monsieur, il faut (lue vous me disiez le nom de votre père et le prénom.

— Cela n'est pas en mon pouvoir, monsieur : le nom de mon père ne m'est pas connu, puisqu'il faut vous initier jusque là dans mes alTaires privées.

Le juge de paix aspira une telle colonne d'air, que ses joues en devinrent aussi bouilles que celles d'un chérubin llamand, en même temps

> C'esl-à-dirc de la coiiiDii&i>ioa des juges de paix.(L. V.)

^m nËt)GANTLËT.

que les yeux semblaient lui sortir de la tôte, par l'cfTort avec lequel il retenait son haleine. Puis il laissa échapper la bouffée avec un — pouli! — hem! — pouf! — Ha! — vous ne connaissez pas vos parents, jeune homme? — En ce cas je dois vous envoyer en prison comme vagabond, je vous en donne ma parole. — Omne iynotum pro terrihili ' , comme nous disions d'habitude à l'école d'Appleby^ c'est-à-dire que quiconque n'est pas connu de la justice est un coquin et un vagabond. — Ha! — oui, vous pouvez rire, monsieur 5 je doute que vous eussiez compris le sens de ce latin-là si je ne vous l'avais pas expliqué.

Je reconnus lui avoir obligation d'une nouvelle édition de l'adage , et d'une interprétation que seul et sans aide je n'aurais jamais trouvée. Je me mis alors à lui exposer mon affaire avec plus de confiance. Le juge était un àne, le fait était clair-, mais il n'était guère possible qu'il fût ignorant au point de ne pas savoir ce que requérait une cause aussi simple que l'était la mienne. — Je l'informai donc du tumulte qui avait eu lieu sur le bord écossais du Frith du Solway. Je lui expliquai comment j'en étais venu à me trouver placé dans ma situation actuelle , et je requis Sa Révérence de me faire mettre en liberté. Je plaidai ma cause aussi chaleureusement que je le pus, et je jetais de temps à autre un regard sur la partie adverse, que tout le feu (jue je mettais à l'accuser semblait laisser complètement indifférent.

Quant au juge, lorsque j'eus enfin terminé, ne sachant réellement que dire de plus dans un cas si simple, il répliqua : — Ho — eh — eh oui — étonnant! — Ainsi voilà toute la gratitude que vous montrez à ce digne gentleman pour la charge et les embarras que vous et vos affaires lui ont occasionnés?

— Il m'a sauvé la vie, monsieur, je le reconnais, certainement on une occasion, et très probablement en deux; mais ce qu'il a fait pour moi ne lui donne pas de droits sur ma personne. Je ne demande cependant contre lui ni punition ni vengeance-, je désire , au contraire, que nous nous quittions amis , et je répugne à supposer de mauvais motifs à monsieur, quoique rien n'autorisât la violence de sa conduite à

mon égard.

Ta comprendras, Alan, que cette modération n'était pas entièrement dictée par un sentiment de bienveillance envers celui dont je me plaignais-, il était d'autres raisons où ma considération pour lui avait peu de part. On eût pu croire , cependant, que cette modération avec laquelle je plaidais ma cause produisait plus d'effet sur lui que ce que j'avais dit jusque là. Il fut ému presque au point d'en perdre contenance ; et il aspira coup sur coup plusieurs prises de tabac , comme pour se donner le temps d'étouffer cette émotion dont il n'avait pu se défendre.

Quant au juge de paix Foxley, sur qui mon éloquence avait particu-

' Tout ce qui est inconnu doit être tenu pour redoutable.

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