‹ RedgauntletChapitre 38 sur 152 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

rencontrèrent mon image réfléchie dans un grand miroir antique devant lequel je me trouvais , et je tressaillis de nouveau à la ressemblance, réelle ou imaginaire, que ma physionomie offrait en ce moment avec celle d'IIerries. Assurément, de quelque manière que ce soit, mon sort est étrangement mêlé à celui de cet homme mystérieux Je n'eus pas alors le loisir de me livrer longuement à cette réflexion, car la conversation qui recommença demandait toute mon attention.

Le juge de paix s'adressa à Herries, après une pause de cinq minutes, durant laquelle tout le monde paraissait en peine de ce qu'il fallait dire ou faire. Il ne parlait qu'en hésitant^ et sa voix mal assurée, ainsi que les longs intervalles qu'il mettait entre ses phrases , semblaient annoncer que celui à qui il s'adressait lui inspirait une certaine crainte.

— Voisin , dit-il, je n'aurais pas cru cela -, ou si — eh — y avais pensé

— en quelque sorte dans un coin de mon esprit — que vous — que vous aviez pu , dis-je , vous trouver malheureusement engagé dans — eh — l'alTaire de quarante-cinq, — il y avait assez long-temps pour avoir oublié tout cela.

— Est-il donc si suiprenant qu'un homme ait été dehors en quarantecinq ? dit Herries avec un calme méprisant ; — je crois , monsieur Foxley, que votre père fut dehors avec Derwentwater en 1715.

— Et par suite perdit la moitié de ses domaines , repartit Foxley avec plus de vivacité qu'il ne lui était habituel-, et il fut bien près — hem !

— d'être i)endu par-dessus le marché. Mais ceci est — une tout autre affaire ; — car — eh — quinze n'est pas quarante-cinq. D'ailleurs mon père a été amnistié, et je ne pense pas que vous vous l'ayez été.

— Peut-être que si, dit Herries d'un ton d'indifférence; ou si je ne l'ai pas été, je suis seulement dans le môme cas qu'une demi-douzaine d'autres, que le gouvernement ne croit pas valoir la peine qu'il s'en occupe aujourd'hui , pourvu qu'ils ne se fassent pas remarquer et ne causent plus de troubles.

— ÎMais vous , monsieur, vous en avez causé, dit Nicolas Faggot le gredier, lequel , n'ayant qu'une mince position en province, comme on me l'a dit depuis, se croyait tenu de montrer son zèle pour le gouvernement. Monsieur le juge de paix Foxley ne peut prendre sur lui la responsabilité de vous laisser libre, maintenant que vos nom et prénom ont été articulés. Il y a des mandats émanés contre vous des bureaux du ministère.

— Cela est bien vraisemblable , monsieur l'attorney, repartit Herries,

— qu'après tant d'années le ministère se mette en peine des tristes débris d'une cause ruinée!

— Mais si cela était, reprit le greffier, à qui le ton calme d'IIerries semblait donner plus de conliance; et si la faute en était à la conduite de la personne même, qui, dit-on, aurait réveillé de vieux souvenirs en y mêlant de nouveaux sujets de mécontentement , — si , dis-je, cela

ââ2 REDGANTLET.

était, je dirais à la partie intéressée que ce qu'elle a de mieux à faire est de se livrer traïujuilleineiit à l'autorité légale du juge de paix le plus proche, — de M. Foxley, je suppose, — qui procéderait régulièrement à l'enquête nécessaire. Je ne parle que par supposition, ajoutat-il, tout en observant avec appréhension l'effet que ses paroles devaient vraisemblablement produire sur celui à qui elles s'adressaient.

— Et si moi je recevais un tel avis, repartit Ilerries avec le même calme qu'auparavant, — parlant par supposition, comme vous dites, monsieur Faggot , — je demanderais à voir le mandat dans lequel s'appuierait un procédé si scandaleux.

M. Nicolas, en manière de réponse, lui mit un papier entre les mains, et parut atteindre avec inquiétude les conséquences qui devaient s'ensuivre. M. Herriesy jeta les yeux sans que son calme se démentît, puis il reprit: — Et si pareil barbouillage m'était présenté dans ma propre maison , je le jetterais au feu et IM.. Faggot par-dessus.

Et l'action suivant en effet la parole, il jeta d'une main le mandat au feu , en môme temps que de l'autre il saisissait comme dans une griffe de fer l'attorney par la poitrine. Complètement hors d'état de lutter avec lui, soit de force physique, soit d'énergie mentale, 31. Faggot tremblait C(jmme un poulet sous les serres de l'épervier. Il en fut cependant quitte pour la peur -, car Ilerries, qui probablement lui avait fait sentir toute la force de son bras , le lâcha avec un sourire de mépris.

— Usurpation — violence — révolte — voies de faiti — exclama Peter Peebles , scandalisé de la violence faite à la loi en la personne de Nicolas Faggot. Mais le diapason aigu de ses exclamations se perdit dans la voix tonnante de Ilerries , qui , appelant Cristal Nixon , lui ordonna de conduire en bas le sot braillaid, de lui remplir le ventre, puis de lui donner une guinée et de le mettre à la porte. Sous de telles injonctions , Peter se laissa emmener sans peine hors du lieu de la scène.

Herries se tourna alois vers le juge de paix, dont le visage , que ia teinte rubiconde qui l'enluminait un moment auparavant avait complètement abandonné, était devenu de la même pâleur que celui de soa assistant épouvanté. — Mon vieil ami et connaissance, lui dit-il, vous êtes venu ici à ma requête, pour une mission amicale, afin de convaincre ce jeune fou du droit que pour le présent j'ai sur sa personne. Je me flatte que votre intention n'est pas de faire de votre visite un prétexte pour m'inquiétcr sur d'autres matières? Tout le monde sait que depuis quelques mois, pourne pas dire depuis quelques années, je vis librement dans ces comtés du nord , et qu'on aurait pu m'y faire arrêter si les nécessités de l'Etat l'avaient demandé , ou que je l'eusse mérité par ma conduite. Mais pas un magistrat anglais n'a été assez peu généreux pour inquiéter un genlilhonmie dans le malheur, à cause d'opinions et de débats politiques auxquels les succès des autorités régnantes ont depuis long temps mis fin. Je me Ilatte, mon bon ami, que vous

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