‹ RedgauntletChapitre 40 sur 152 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

— Jeune homme, interrompit M. Foxley, je vous ferai souvenir que vous êtes sous Tautorité — l'autorité légitime — hemi hemi de votre tuteur.

— Il se donne ce titre, à la vérité, répliquai-je; mais il n'a produit aucune preuve à l'appui d'une aussi absurde prétention , et l'eùt-il fait, les circonstances où il se trouve , comme condamné non amnistié , annuleraient un tel droit, lors même qu'il existerait. Je vous adjure donc, vous, monsieur le juge de paix, et vous, son greffier, de prendre mon état en considération , et de me secourir si vous ne voulez être responsables des suites.

- Voilà un jeune homme , dit le magistrat d'un air fort embarrassé , qui croit que j'ai dans la tète toute la collection des lois et statuts d'Angleterre , et dans ma poche un j^osse comitatûs pour les faire exécuter! Parbleu! à quoi servirait mon intervention? — Pourtant — hem ! — eh — je vais parler pour vous à votre tuteur.

Il prit M. Herries à part, et parut en effet lui parler avec quelque chaleur. Peut-être une telle intercession était-elle tout ce que, dans les circonstances, j'étais en droit d'attendre de lui. •

Tout en causant ensemble , ils regardaient souvent de mon côté ; et au moment où Cristal Nixon rentra avec un énorme tankard de quatre pintes, rempli de la liqueur que son maître avait demandée, Herries se détourna de M. Foxley avec un certain mouvement d'impatience, et en lui disant avec emphase : Je vous donne ma parole d'honneur que vous n'avez pas la moindre raison d'appréhender quoi que ce soit sur son compte. Il prit alors le tankard , et tout en disant à voix haute en gaëlic « Slaint an rey " .' » il porta le verre à ses lèvres et passa le tankard à M. Foxley, lequel, pour éviter de répondre à ce qu'il pensait pouvoir être la santé du Prétendant, but à celle de M. Herries avec la gravité la plus cérémonieuse, mais avec beaucoup moins de modération.

Le greffier suivit l'exemple de son patron, et je fus obligé de les imiter, car l'inquiétude et la crainte ont une vertu pour le moins aussi altérante que celle que l'on attribue à la douleur. En un mot, nous vîmes la fin du mélange d'ale , de xérès , de jus de limon , de muscades et autres bonnes choses qui entraient dans la composition du breuvage, et nous laissâmes à sec au fond du tankard d'argent la large rôtie ainsi que l'orange grillée qui tout-à-l'heure flottaient gaiement au bord du vase, de sorte que nous pûmes lire les vers célèbres du docteur Byrom qu'on y avait gravés , et dont voici le sens :

« Dieu bénisse le roi 1 — Dieu bénisse le défenseur de la fol! — Dieu bénisse... Il n'y a pas de mal à bénir le Prétendant. Mais quel est ce Prétendant, — quel est ce roi ? — Dieu vous bénisse tous ! — c'est une tout autre afTaire. »

' A la santé du roi. (W. S.)

m RËDGANTLET.

J'eus tout le temps de lire et de relire cette effusion de la muse Jacobite, pendant que le juge de paix était occupé du cérémonial quelque peu fastidieux de prendre congé. Le congé de M. Faggot fut moins cérémonieux; toutefois, quelque chose de plus que de vains compliments se passa, je le soupçonne, entre lui et M. Ilerries; car je remarquai que celui-ci glissa dans la main du premier un petit papier plié , peutêtre une expiation de la témérité que l'hôte avait eue de brûler le warrant, et de porter une main quelque peu rude sur l'instrument de la loi qui le lui avait exhibé, et j'observai que cette expiation était faite de manière à ce que le patron du digne greffier ne pût l'apercevoir.

Quand tout ceci fut réglé, on prit définitivement congé les uns des autres, avec mainte formalité de la part du squire Foxley, parmi les adieux duquel je remarquai surtout cette phrase: Je présume que votre intention n'est pas de demeurer long-temps dans ces environs?

— Non quant à présent, monsieur Foxley , vous pouvez en être sûr, répondit Herries; j'ai de bonnes raisons pour m'éloigner d'ici. Mais je ne doute pas que mes afTaires ne s'arrangent , de sorte qu'avant peu nous pourrons encore chasser ensemble.

Il sortit pour accompagner le juge de paix jusqu'à la porte de la cour, et en môme temps il ordonna à Cristal Nixon de veiller à ce que je retournasse à mon appartement. Sachant que j'essaierais inutilement de gagner cet incorruptible fonctionnaire , ou de lui résister, j'obéis en silence, et me retrouvai de nouveau prisonnier dans mes premiers quartiers.

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