‹ RedgauntletChapitre 41 sur 152 · CHAPITRE Ylll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ylll

, r CONTINUATION DU JOURNAL DE LATIMER.

^ E passai plus d'une heure, après être revenu à l'appartement Que je puis appeler ma prison, à mettre par écrit les singuliers ^incidents dont je venais d'être témoin. Il me semblait pouvoir ^^ alors former quelques conjectures sur le caractère de M. Her- , ries, Sur le nom et la situation duquel la scène qui venait de se Z> passer avait jeté un grand jour 5 — c'était sans doute un de ces jttcobites fanatiques dont les efforts, il n'y a pas vingt ans, ont ébranlé le trône d'Angleterre , et dont quelques uns , bien que leur parti, qui de jour en jour devient moins nombreux , perde chaque jour aussi de son énergie et de sa force, se montrent encore disposés à renouveler la tentative qu'ils ont trouvée si désespérée. Il est vrai qu'il ne ressemblait en rien aux zélés jacobites que j'avais rencontrés jusqu'alors. J'avais souvent entendu de vieilles dames de noble famille autour de leur table à thé, et des lairds grisonnants après leur punch, se laisser aller à des propos de haute trahison fort inoffensifs, les premières aimant à rappeler le souvenir d'une danse où elles avaient eu le Chevalier pour parttiei*, et les autres racontant leurs hauts faits de Preston, de Clifton et de Falkirk.

La désaffection de ces gens-là avait trop peu d'importance pour attirer l'attention du gouvernement. J'avais entendu dire, cependant, qu'il existait encore des partisans de la famille des Stuarts d'une nature plus entreprenante et plus dangereuse-, des hommes que Rome fournissait d'or, et qui se répandaient en secret et sous toutes sortes de déguisements dans les diverses classes de la société, s'efforçant de ranimer le zèle expirant de leur parti.

Je n'eus pas de peine à assigner un poste important parmi cette classe d'êtres dont l'existence et les manœuvres ne sont mises en doute que par ceux dont les regards ne vont pas au-delà de la surface des choses, à ce M. Herrics, que son énergie, sa force physique et son activité sem])laicnt rendre particulièrement propre à ce nMe dangereux ; et je savais quo sur toute 1 étendue du B(jrder de l'ouest, tant en Angleterre qu'en Ecosse, il se trouve un si grand nombre de non-jureurs , qu'Un homme du parti récusant peut y résider en parfaite sécurité, à moins que le gouvernemont n'ait un intérêt tout particulier à s'assurer de sa

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personne; encore peut-il, môme en ce cas, échapper aux poursuites, soit par des avis qui lui sont donnés à temps, soit, comme dans le cas de ]M. Foxley, par le peu de disposition qu'ont des magistrats de province à tremper dans ce qui maintenant est regardé comme une poursuite haineuse dirigée contre des malheureux.

Il semble cependant, d'après des rumeurs récentes, que la situation présente du pays, ou du moins de quelques provinces mécontentes, où une certaine agitation a pu être jetée par diverses causes , mais plus particulièrement par l'impopularité de l'administration actuelle, ait pu paraître à cette classe d'agitateurs offrir un moment favorable pour recommencer leurs intrigues; en même temps, d'un autre côté, que le gouvernement, dans une telle crise, peut ne pas être disposé à les regarder avec le mépris qui aurait été, il y a quelques années , leur châtiment le plus convenable.

Qu'il se trouve des hommes assez téméraires pour prodiguer leurs services et leur vie dans une cause désespérée , ce n'est pas chose nouvelle en histoire, qui abonde en exemples de semblables dévouements ; — que M. Herries soit un de ces enthousiastes, c'est ce qui n'est pas moins évident : mais tout cela n'explique pas sa conduite envers moi. S'ilavait cherché à faire de moi un prosélyte pour sa cause ruinée, la violence et la contrainte étaient des arguments qui devaient avoir fort peu d'influence sur un esprit généreux. Mais , lors môme que c'eût été là son but, de quelle utilité lui pouvait être l'acquisition forcée d'un partisan isolé , qui n'avait que l'appui de sa personne à apporter à la cause qu'il embrasserait? Il avait prétendu avoir sur moi les droits d'un tuteur; et il avait plus que donné à entendre que j'étais dans un état d'esprit qui ne pouvait se passer d'une telle autorité. Cet homme si opiniâtre dans ses projets, —lui qui semblait disposé à soutenir à lui seul une cause où des milliers d'autres avaient trouvé leur perte , — cet homme était-il celui qui avait le pouvoir de décider de mon destin ? Etait-ce de lui que devaient venir ces dangers à l'abri desquels on avait voulu me mettre en me faisant élever avec tant de mysièreet de précautions?

Et s'il en était ainsi, de quelle nature étaient les droits qu'il s'attribuait? — Etaient-ce ceux de la parenté?— et aurais-je le môme sang, peut-être les mômes traits que cet être singulier ? —Quelque bizarre que cela puisse paraître, un frémissement de terreur qui parcourut tout mon être au moment où cette idée s'offrit à mon esprit, n'était pas sans mélange d'un sentiment étrange et mystérieux d'étonnement allant presque jusqu'au plaisir. Je me rappelai l'image de mon propre visage réfléchie dans la glace au moment le plus frappant de la singulière entrevue qui venait d'avoir lieu , et je courus à ma chambre d'entrée consulter un miroir qui s'y trouvait , pour voir si je pourrais donner de nouveau à mes traits cette contraction particulière qui ressemblait tant au terrible regard

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