‹ RedgauntletChapitre 42 sur 152 · CHAPITRE Vill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vill

d'Herries. Mais ce fut en vain que je me contournai les sourcils de mille manières : il me fallut conclure ou que l'empreinte que j'avais cru voir sur mon front était imaginaire , ou qu'elle ne pouvait être produite par un effort volontaire , ou enfin , ce qui paraissait plus probable, que c'était une de ces ressemblances que l'imagination découvre dans les cendres embrasées d'un foyer ou parmi les veines d'une table de marbre, ressemblance distincte en certains moments, et en d'autres moments obscure et insaisissable, selon que la combinaison des lignes frappe les yeux ou impressionne l'esprit.

Tandis que j'étais à me mouler le visage comme un comédien fou, la porte s'ouvrit tout-à-coup , et Dorcas entra. Honteux et colère d'être surpris dans ma singulière occupation , je me retournai brusquement , et je suppose que le hasard donna à mes traits l'expression que je m'étais vainement efforcé d'y appeler.

La jeune fille recula en tressaillant. — N'me regardez pas comme ça , pour l'amour du Ciel I s'écria-t-elle -, — vous ressemblez au vieux squire comme..,. Mais le voilà qui vient, s'interrompit-elle en sortant précipitamment de la chambre; et si vous aviez besoin d'un troisième, je n'connais que l'vieil Harry ' qui pourrait aller de pair avec vous pour la manière de froncer les sourcils 1

Au moment où la jeune fille murmurait cette exclamation en se hâtant de quitter la chambre, Herries entra. Il s'arrêta en me voyant me regarder dans la glace , impatient de retrouver ce regard qui sans doute avait effrayé la servante. Il sembla deviner ce qui se passait dans mon esprit; Car lorsque je me tournai vers lui, il me dit : Ne doutez pas qu'elle .soit imprimée sur votre front , — cette marque fatale de notre race \ bien qu'elle ne soit pas aussi apparente maintenant qu'elle le deviendra (juand l'Age et les chagrins, et les traces de passions orageuses et d'amère pénitence, auront creusé leurs sillons sur votre front,

— Homme mystérieux, répliquai-je, je ne sais de quoi vous parlez ; votre langage est aussi ob.scur que vos projets.

— Asseyez -vous donc et écoutez-moi, dit-il; en ceci, du moins, le voile dont vous vous plaignez doit être écarté. Quand il .sera levé , vous ne verrez que crime et douleur : — crime suivi d'un étrange châtiment , douleur que la Providence a rendue héréditaire dans notre malheureuse famille.

Il se tut un moment , puis il commença son récit , récit qu'il fit du ton d'un homme (jui prend le plus profond intérêt aux événements dont il parle, quelque éloignés (ju'ils soient. Sa voix, étendue et sonore, comme je l'ai déjà dit , ajoutait par ses infiexions à l'effet de la narration , que je vais tâcher de vous rapporter , aussi fidèlement que possible , dans les termes mêmes dont il s'est servi.

' Un de» lobriquett populaire» du diable, (L. V,)

230 REDGANTLET.

« Ce n'est pas d'hier que la nation anglaise a appris que la meilleure chance qu'elle eût de subjuguer ses voisins indépendants était de jeter parmi eux la division et la guerre civile. Il n'est pas besoin de vous rappeler les déchirements auxquels l'Ecosse fut livrée par les malheureuses guerres entre les factions intestines de Bruce et de Baliol 5 ni comment, après que l'Ecosse eut été délivrée d'un joug étranger par la conduite et la valeur de l'immortel Bruce, tout le fruit des triomphes de Bannockburn fut perdu dans les terribles défaites de Dupplin et de Halidon. Edouard Baliol , le mignon et le feudataire d'Edouard d'Angleterre , sembla, durant un court espace , jouir avec sécurité et sans contestation de la possession du trône naguère occupé par le plus grand général et le prince le plus sage de l'Europe. 3Iais l'expérience de Bruce n'était pas morte avec lui; il restait de nom!)reux compagnons de ses travaux guerriers, et tous se souvenaient des efforts couronnés de succès par lesquels, dans des circonstances non moins désavantageuses que celles où se trouvait son fils , il avait accompli la délivrance de l'Ecosse.

» L'usurpateur, Edouard Baliol , festoyait, avec un petit nombre de ses courtisans favoris , dans le château d'Aman , quand il fut soudainement surpris par une troupe choisie de patriotes insurgents. Leurs chefs étaient Douglas , Randolf , le jeune comte de Moray et sir Simon Fraser ; et leur réussite fut si complète , que pour sauver sa vie Baliol fut obligé de s'enfuir , à peine vêtu, sur un cheval qu'on n'eut pas môme le temps de seller. Il était important de s'emparer de sa personne, s'il était possible , et il fut poursuivi de près dans sa fuite par un vaillant chevalier d'origine normande , dont la famille était depuis long-temps fixée sur les confins du comté de Dumfries. Leur appellation normande était Fitz-Aldin ; mais le grand carnage que ce chevalier avait fîiit des Southrons , et la répugnance qu'il avait montrée à les recevoir à composition durant les premières guerres de cette période sanglante, lui avaient valu le nom de Redgantlet ' qu'il transmit à sa postérité

— Redgantlet ! répétai-je involontairement.

— Oui, Redgantlet , dit celui qui se prétendait mon tuteur en fixant sur moi un regard pénétrant. Ce nom éveille-t-il quelque souvenir dans votre esprit?

— Non, répondis-je, sauf qu'il y a peu de temps je l'ai entendu donner au héros d'une légende surnaturelle.

— Il y en a beaucoup de ce genre sur la famille , répliqua-t-il ; puis il reprit sa narration :

« Alhéric Redgantlet, le premier de sa maison ainsi nommé, était, comme on peut le supposer d'après son nom , d'un caractère farouche et implacable, et des discordes de famille avaient encore développé cette disposition naturelle. Un fils unique , alors âgé de dix-huit ans ,

• Gantelet Rouge ou Gantelet Sanglant.

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