CHAPITRE VIII
ranee, sans être tenus de nous former une opinion arrêtée sur un point si fort au-dessus de notre intelligence.
— Sagement résolu, interrompit-il avec un sourire ironique^ — vous avez trouvé cela dans quelque sermon de Genève.
— 3Iais, continuai-je, j'appelle votre attention sur ce fait, que moi , ainsi que vous, je suis soumis à des impulsions, soit qu'elles résultent de mon libre arbitre, ou qu'elles soient la conséquence du rôle qui m'est assigné par la destinée. Ces impulsions peuvent être — elles sont môme en ce moment — en contradiction directe avec celles sous l'empire desquelles vous agissez : or, comment déciderons-nous lesquelles doivent avoir la préséance? — Vous, vous vous sentez peut-être destiné à me servir de geôlier; moi, au contraire, je me sens destiné à tenter et à elTectuer mon évasion. L'un de nous deux a nécessairement tort ; mais qui peut dire lequel se trompe, jusqu'à ce que l'événement ait décidé entre nous?
— Je me sens destiné à recourir à des moyens de contrainte rigoureux, répliqua-t-il du même ton, demi-plaisant, demi-sérieux, que j'avais pris.
— En ce cas , repartis-je , ma destinée sera de tout tenter pour ma liberté.
— Et ce peut être la mienne, jeune homme , dit-il d'un ton grave et sévère , d'avoir soin que vous mouriez plutôt que d'accomplir votre projet.
C'était parler net, enetîet, et je ne laissai pas sa menace sans réponse. — Vous me menacez vainement, luidis-je-, les lois de mon pays me protégeront, ou , si elles ne peuvent me protéger, elles me vengeront.
J'avais prononcé ces mots d'un ton ferme , et il parut un moment réduit au silence -, aussi y avait-il quelque peu d'affectation dans le ton de mépris avec lequel il me répliqua enfin :
— Les lois 1 dit-il; et que connaissez-vous, jeune homme, des lois de votre pays? — Avez-vous pu vous instruire en jurisprudence sous un barbouilleur de parchemin, un homme de bas lieu, tel que Saunders Fairford, ou avec son fils, fat pédant à cerveau creux, qui maintenant, vraiment, s'intitule avocat I Quand l'Ecosse avait une existence à elle, avec son propre roi et sa législature, de pareils plébéiens, au lieu d'être appelés au barreau de ses cours suprêmes, auraient à peine été admis à l'honneur de porter un sac de procédure.
Je ne pus supporter cela, Alan; je répondis avec indignation qu'il ne connaissait ni le mérite ni l'honneur dont il se faisait ainsi le détracteur.
— Je connais ces Fairfords autant que je vous connais , répliqna-t-il.
— Autant et aussi peu, répli(|uai-je ; car vous ne pouvez estimer ni ce qu'ils valent ni ce ijuc je vaux. Je sais que vous les avez vus lors de votre dernier voyage à Edimbourg.
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— liai exclama-t-il, en dirigeant sur moi un regard inquisiteur.
— C'est la vérité, continuai-je, et vous ne pouvez le nier ; et vous avant ainsi montré que je sais quelque chose de vos mouvements, laissez-moi vous avertir que j'yi des moyens de communication que vous ne connaissez pas. Ne m'obligez pas à en user à votre préjudice
— A mon préjudice! jeune homme , votre folie me fait rire , et je vous la pardonne. De plus, je vous dirai ce que vous ne savez pas : c'est que ce furent des lettres reçues par vous de ces Fairfords qui me firent d'abord soupçonner ce que confirma le résultat de la visite que je leur fis, à savoir, que vous étiez celui-là même que je cherchais depuis des années,
— Si vous l'avez su par les papiers que j'avais sur moi la nuit où je fus obligé d'être votre hôte à Brokenburn , je n'envie pas votre peu de délicatesse quant aux moyens de vous procurer des informations. C'était une chose bien peu honorable de. . .
— Paix, jeune homme I interrompit Herries avec plus de calme que je ne m'y serais attendu ; le mot déshonneur ne doit jamais être accolé à mon nom. Votre portefeuille était dans la poche de votre habit et n'éch;ippa pas à la curiosité d'un autre, bien qu'il eût été sacré pour la mienne. Mon domestique. Cristal Nixon, me dit tout après que vous fûtes parti. Je fus mécontent de la manière dont il avait acquis ses renseignements, mais mon devoir n'en était pas moins de m'assurer de leur vérité ; et c'est dans cette intention que je fus à Edimbourg. J'avais l'espoir de persuader à M. Fairford d'entrer dans mes vues ; mais je le trouvai trop rempli de préjugés pour que je pusse me confier à lui. C'est un misérable et timide esclave (du présent gouvernement, dont le joug déshonore notre malheureux pays ; et il aurait été aussi peu convenable que peu sûr de lui confier le secret, soit du droit que j'ai de diriger vos actions , soit de la manière dont je me propose de l'exercer.
J'étais décidé à prendre avantage de son humeur communicative, pour obtenir, s'il était possible, plus de lumière .sur ses projets. Il semblait plus accessible par le point d'honneur que de tout autre coté , et je résolus de profiter, bien qu'avec précaution, de sa susceptibilité à cet égard. — Tous dites, répfiquai-je, ne pas être ami des manœu\Tes détournées, et désapprouver les moyens par lesquels votre domestique fut informé de mon nom et de ce que je suis. — Est-il honorable de profiter de cette connaissance obtenue par des moyens qui ne le sont pas?
— La question est hardie, répliqua-t-il ; mais, dans certaines limites, la hardiesse ne me déplaît pas. Vous avez montré, dans cette courte conférence , plus de caractère et d'énergie que je n'étais disposé à en attendre de vous. Vous ressemblerez, j'aime à le croire, à une plante des forêts que le hasard a transplantée dans une serre, où elle est devenue délicate et efféminée , mais qui retrouve sa vigueur et sa ténacité natives si on l'expose durant une saison à l'air vif de l'hiver. Je répondrai franchement à votre question. En alTaires, ainsi qu'en guerre, les