‹ RedgauntletChapitre 46 sur 152 · CONTINUATION DU JOURNAL DE LATIMER · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU JOURNAL DE LATIMER

lOICi enfin une halte ; — enfin j'ai obtenu assez de solitude [pour que je puisse continuer mon journal. Il est devenu pour

I moi une sorte de lâche et de devoir , et quand je ne m'en suis pas acquitté, il me semble que ma journée n'est pas remplie.

II est vrai que peut-être nul œil ami ne s'arrêtera jamais sur ce travail qui a charmé les heures solitaires d'un malheureux

prisonnier ; mais l'exercice de la plume semble agir comme calmant sur l'agitation de mes pensées et le tumulte de mes passions. Je ne le quitte jamais que je ne me lève plus fort dans ma résolution , plus ardent dans mes espérances. Mille craintes vagues, mille espérances sans base, mille plans mal digérés , se pressent dans notre pensée aux moments d'incertitude et de danger; mais si on les arrête au moment où ils nous traversent l'esprit, si on les jette sur le papier, ce seul acte mécanique nous force à les examiner de plus près et avec une attention plus scrupuleuse, et nous empêchera peut-être de devenir la dupe de notre imagination excitée : de même que l'on guérit un jeune cheval peureux en le faisant s'arrêter devant l'objet qui avait excité sa terreur, et en l'obligeant de le regarder pendant quelque temps et sans interruption.

Il ne reste qu'un danger, celui d'être découvert. Mais outre la ténuité de mon écriture, habileté que j'ai acquise chez M. Fairford , où il fallait faire entrer autant de rôles que possible dans une grande feuille de papier timbre , je suis rassuré, ainsi que je l'ai dit ailleurs , par cette réflexion que si le journal où je consigne le récit de mes malheurs venait à tomber entre les mains de celui qui les cause, il lui ferait connaître, sans nuire à personne, le véritable caractère et la disposition d'esprit de celui qui est son prisonnier, — peut-être sa victime. Maintenant, toutefois, que d'autres noms et d'autres personnages vont être mêlés aux souvenirs de mes propres sensations , il me faut veiller avec plus de soin que jamais sur ces papiers , et les avoir toujours sous la main , de telle façon qu'au moindre hasard d'une découverte je puisse les anéantir en un instant. .le n'oublierai pas de .sitôt ni si aisément la leçon que m'a donnée la curiosité dont Cristal Nixon , l'agent et allié de cet homme , a fait preuve à Brokenburn , curiosité qui a été la cause première de mes souffrances.

24^ KEÔGANTLBT.

La subite interruption de mon journal , à la fin du derniter feuillet , fut occasionnée par les sons inhabituels d'un violon dans la cour sur laclûelle donnent mes fenêtres. Il ne paraîtra pas surprenan t à ceux qui ont fait leur élude de la musique , qu'après avoir prêté l'oreille à quelques notes je fus certain tout d'abord que l'exécutant n'était autre que le musicien ambulant prétédemftienC rhe'ritio'riné comme étant présent à la destruction des filets de Josué Geddes , et que la délicatesse aussi bien que la vigueur de son coup d'archet m'auraient permis de reconnaître au milieu d'un orctiestre entier. J'eus d'autant moins lièb de douter de son identité , que deux fois il exécuta le bf;l air écossais intitulé Wandering WiUie'^et je ne pus m'empécher de croire que son intention était d'annoncer par là sa présence, puisque l'air ra|)pelall ce que les Français appellent le nom de guerre de l'exécutant.

Dans les cas extrêmes , l'espérance s'attache au plus faible support. Je savais que cet homme , quoique privé de la vuC;, était hardi , adroit et parlaiten>ent en état de servir de guide. Je pensai que j'avais gagné ses bonnes grâces en prenant , dans un moment de folle lubie , le rOle de son associé , et je me souvins que les hommes adonnés à un geiire de vie sans règle , errant et désordonné , à mesure qu'ils s'affranchissent des liens ordinaires de la société, regardent comme plus sacrés ceux qui les unissent à leurs compagnons ;, de sorte qh'Un sentiment d'honneur se rencontre parfois chez les bandits , de môme que la fidélité à la foi engagée chez ceux que la loi flétrit du titre de vagabonds. L'iiistoire de Richard Cœur-de-Lion et de son ménestrel Blondel se présenta en même temps à ma pensée , bien que je ne pusse m'empécher de sourire de ce rapprochement entre ces deux illustres noms et deux personnages tels qu'un ménétrier aveugle et moi-même. Il n'y en avait pas moins en tout cela quelque chose qui éveillait en moi l'idée que si je pouvais parvenir à m'ouvrir une correspondance avec ce pauvre musicien , il pourrait m'être utile pour sortir de ma situation présente.

Sa profession me donnait quelque espoir que cette communication désirée pourrait s'établir ; car on sait assez qu'en Ecosse, où il existe tant d'airs nationaux dont la musique et les paroles sont généralement connues , il y a entre les exécutants une sorte de franc-maçonnerie , au moyen de laquelle , par le seul choix des airs , ils peuvent se faire en grande partie comprendre des auditeurs. Des allusions personnelles ont souvent lieu de cette manière , avec beaucoup de piquant et de malice j et rien n'est plus ordinaire, dans les réunions publiques, que de faire de l'air dont on accompagne une santé et un toast particuliers , l'expression d'un compliment , d'un trait d'esprit , et parfois d'une satire '.

» WllHe l'Étrant.

» Il n'est personne qui ne doive se rappeler quelfjue exemple dé cette coutume

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