CHAPITRE IX
secours de la part de mes amis d'Kcosse, je puis croire en effet qu'une porte est ouverte à l'espérance et ù la liberté. Je répondis aussitôt :
« Mon cœur n'est pas ici , mon cœur est aux montagnes-,
Il est dans les belles camp.ignes
Où j'allais poursuivre le daim.
Mon cœur n'est pas ici , mon cœur est aux montagnes;
De leur souvenir il est plein.
Adieu donc la montagne , adieu pays du nord ,
Pays d'honneur et de vaillance !
Adieu ! j'obéis à mon sort.
Mais toujours je reporte un regard d'espérance
Vers le noble pays du nord. »
Willie joua sur-le-champ , avec un degré de chaleur qui aurait rendu l'espérance au Désespoir lui-même, si le Désespoir pouvait être supposé comprendre la musique écossaise , le vieil et bel air jacobite :
« Malgré tout il ne faut pas Perdre l'espoir ici-bas. »
Je cherchai ensuite à lui exprimer le désir que j'avais d'informer mes amis de ma situation -, et désespérant de trouver pour cela un air assez expressif, je me hasardai à chanter un couplet qui , sous diverses formes , se représente si fréquemment dans les vieilles ballades :
« Où trouverai-je un obligeant garçon
Qui veuille gagner un salaire ,
En s'en allant à Durrisdère Les prévenir que je suis en prison? »
II couvrit la fin du couplet en jouant avec une expression fortement accentuée l'air :
« Le bon Robin est mon ami. »
Mais quoique je repassasse dans mon esprit les vers de cette chanson, je n'en pus rien tirer de positif, et avant que j'eusse pu trouver moyen de lui faire comprendre mon incertitude, j'entendis crier dans la cour que Cristal Nixon arrivait. Mon fidèle AVillie fut obligé de faire retraite, non pourtant avant d'avoir à moitié joué, à moitié fredonné en guise d'adieu :
« Ne crains pas qu'en ce triste étal Jamais ton ami t'abandonne ; Le soleil perdra son éclat Avant que J'oublie ta personne. »
Je suis ainsi , je le crois , assuré d'un ami lidèle dans mes malheurs 5
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et quelque bizarre que ce puisse ôtre de faire grand fond sur un homme de sa profession, et aveugle, qui plus est, je ne puis ni'ôter de la pensée que ses services peuvent urètre à la fois utiles et nécessaires. Il est une autre personne de qui j'attends du secours , et dont je t'ai parlé, Alan, dans plus d'un endroit de mon Journal. Deux fois, au point du jour, j'ai vu dans la cour de la ferme la personne à laquelle je fais allusion, et deux fois elle m'a fait des signes d'intelligence en réponse à ceux par lesquels je cherchais à lui faire comprendre ma situation ; mais chaque fois elle a porté un doigt à ses lèvres , comme pour me recommander le silence et le secret.
La manière dont la M. V. est entrée en scène pour la première fois semble m'assurer de sa bonne volonté, autant que son pouvoir peut s'étendre; et j'ai plus d'une raisoa de penser que ce pouvoir est grand. Cependant elle semblait pressée et effrayée durant les très courts moments de nos entrevues , et je crois que la dernière fois elle fut surprise par l'arrivée de quelqu'un dans la cour, et obligée de la quitter précipitamment au moment môme où elle allait me parler. Tu n'as pas besoin de me demander si je me lève de bonne heure, puisque c'est seulement à l'aube du jour que de telles apparitions sont visibles pour moi ; et bien qu'elle ne soit pas revenue, j'ai pourtant tout lieu de croire qu'elle n'est pas loin. II y a de cela trois jours : fatigué de la monotonie de ma situation j'avais montré plus de symptômes d'abattement que je n'en avais encore laissé voir, et je crois que cette circonstance avait attiré l'attention des domestiques par l'intermédiaire desquels elle put transpirer. Le lendemain malin je trouvai les vers suivants sur ma table; mais comment y étaient-ils arrivés? c'est ce que je ne puis dire. L'écriture en est d'une belle main : —
« L'ouvrier voit parfois reculer son salaire ; De même le Destin peut nous payer d'espoir. Attendre est donc alors un devoir nécessaire : Mais l'espérance même adoucit le devoir.
» Ainsi vers l'avenir transporte ta pensée, Fais y dans ta faiblesse un salutaire appel.
]S'e trahis pas la propre destinée;
Dé^spériîr, c'est bias^piiémcr le Ciel. »
Que ces lignes soient écrites dans le bienveillant dessein de relever mon courage, c'est ce dont je ne puis douter; et je me flatte que la manière dont je me conduirai montrera que je puis entendre et suivre ce conseil.
On m'a apporté le costume sous lequel il paraît que le bon plaisir de celui qui s'est constitué mon tuteur est de me faire voyager. Et que croycz'-vmts que soit ce costume? — une robe de dessus en camelot