NARRATION
^ 'avantage de pouvoir exposer devant le lecteur, en laissant parler les acteurs eux-mêmes , les aventures qu'autrement il nous aurait fallu raconter en notre propre nom , a donné une grande vogue à la publication de correspondances épistolaires, méthode pratiquée par plusieurs grands écrivains, et que nousmôme avons suivie dans ce qui précède. Néanmoins une correspondance authentique de ce genre ( et à Dieu ne plaise que nous y introduisions les moindres interpolations! ) peut rarement contenir tout ce dont il serait nécessaire que le lecteur fût instruit pour bien comprendre l'histoire. Il doit aussi se présenter fréquemment, dans le cours d'une correspondance épistolaire, des longueurs et des répétitions qui doivent allanguir la marche de la narration. Afin d'éviter ce double inconvénient, quelques biographes ont employé les lettres des personnages mis en scène, ou d'amples extraits de ces lettres , pour raconter des incidents particuliers , ou exposer les sentiments de leurs héros ; en môme temps qu'ils liaient de temps à autre ces fragments de correspondance par des parties de narration propres à mieux dérouler le lîl de l'histoire.
C'est ainsi que les voyageurs aventureux qui explorent le sommet du Mont-Blanc tantôt s'avancent si lentement à travers la neige encore fraîche, que le progrès de leur marche est presque imperceptible, et d'autres fois abrègent leur course en franchissant , à l'aide de leurs bâtons ferrés, les fentes et les crevasses qui coupent leur chemin. Ou, pour employer une comparaison plus précise, le genre de narration que nous avions adopté quant à présent ressemble à l'ancienne discipline des dragons, que l'on habituait à servir à pied ou à cheval, selon que les circonstances l'exigeaient. Après cette explication , nous allons reprendre la narration de certaines circonstances qu'Alan Fairford n'a pas mentionnées et ne pouvait mentionner à son correspondant.
Nous nous nattons que le lecteur se sera formé une idée à peu près distincte des principaux personnages qui se sont produits devant lui jusqu'ici ; mais dans le cas où l'opinion que nous avons de sa sagacité serait exagérée, et pour mellre à l'aise ceux qui ont la louable habitude