‹ RedgauntletChapitre 54 sur 152 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tourné à Édlmboui-g, fet Si lô j)révôt montrait de la répugnance à intervenir dans leâ aIîai^éà du laird de Bitrettswork (ou de Redgantlet), il craignait de trouver cette répugnance encore pîus prononcée chez les propriétaires de la province, dont une partie était catholique aussi bien que Jacobite, et dont les autres, pour la plupart , ne seraient sûrement pas disposés à se faire une querelle avec des parents et des amis, en poursuivant avec sévérité des délits politiques qui avaient presque encouru la prescription.

Piecueillir autant d'informations que possible , et ne recourir aux autorités supérieures que lorsqu'il pourrait leur donner toutes les lumières dont le cas était susceptible , semblait la marche là plus sage au milieu des difficultés entre lesquelles il n'avait que le choix. 11 eut une entrevue avec le procureur fiscal, qui , ainsi que le prévôt, était un ancien correspondant de son père. Alan fit part à ce magistrat du projet qu'il avait de visiter Brokenburn ; mais le procureur l'assura que ce serait une démarche très dangereuse et tout-à-fait inutile-, que les individus qui avaient conduit la bagarre s'étaient depuis long-temps réfugiés en sûreté dans leurs différentes cachettes de l'île de Man , du Cumberland, et d'autres endroits ; et que ceux qui avaient pu rester se porteraient sans aucun doute à quelque violence contre quiconque visiterait leur village en vue de s'enquérir des derniers troubles.

Il n'y avait pas d'objections de ce genre à ce qu'il courût à Mont- Shaaron, où il comptait trouver les dernières nouvelles qu'on aurait eues de son ami -, et il avait le temps de s'y rendre avant l'heure désignée pour le dîner du prévôt. En route, il se félicita d'avoir obtenu sur un point une information presque certaine. La personne qui s'était en quelque sorte imposée à l'hospitalité de son père, et qui avait paru désireuse de déterminer Darsie Latimer à visiter l'Angleterre , cette personne dont un avis émané de quelqu'un lié à sa famille et y résidant avait en outre à peu près averti de se défier, se trouvait être un des promoteurs de la scène tumultueuse au milieu de laquelle Darsie avait disparu.

Quelle pouvait être la cause d'une semblable tentative contre la liberté d'un jeune homme si aimable et si inoffensif? Il était impossible qu'elle provint simplement de ce que Redgantlet aurait pris Darsie pour un espion 5 car bien (lue ce fût la raison présentée par Fairford au prévôt, il n'ignorait pas, en pointde fait, que lui-môme avait été averti, dans la singulière visite qu'il avait reçue chez son père, d'un certain danger auquel était exposé son ami , avant qu'un tel soupçon eût pu naître 5 et les injonctions que Latimer avait reçues de son tuteur, ou de celui qui agissait comme tel, IM. Grifiiths de Londres, s'accordaient avec cet avertissement. Il fut bien aise, toutefois, de n'avoir pas mis le prévôt Crosbie dans son secret plus qu'il u'éluit absolument nécessaire j car il

256 REDGANTLET.

était clair que la liaison de parenté de sa femme avec la partie suspecte afTecterait probablement son impartialité comme magistrat.

A l'arrivée d'Alan Fairford à INIont-Shaaron, Rachel Geddes accourut à sa rencontre presque avant que le domestique n'eût eu le temps d'ouvrir la porte. Elle recula désappointée en voyant un étranger, et lui dit, pour excuser sa précipitation , qu'elle avait cru que c'était son frère Josué qui revenait du Cumberland.

— ÎMonsieur Geddes est donc absent de chez lui ? demanda Fairford, très désappointé à son tour.

— Il est parti depuis hier, ami, répondit Rachel, revenue à la quiétude qui caractérise sa secte, mais la pâleur de ses joues et la rougeur de ses yeux contredisant le calme qu'elle affectait.

— Je suis l'ami particulier d'un jeune homme qui ne vous est pas inconnu, miss Geddes, reprit promptement Fairford, —l'ami de Darsie Latimer; — et je suis venu ici dans la plus vive anxiété, ayant su du prévôt Crosbie qu'il avait disparu la nuit où une attaque destructive a été faite contre la pêcherie de M. Geddes.

— Je suis affligée de t'entendre parler ainsi, ami, dit Rachel d'un ton plus affecté qu'auparavant ; car bien que le jeune homme ressemblât à ceux de la race mondaine, confiant dans sa propre sagesse, et obéissant aisément au soufile de la vanité, néanmoins Josué l'aimait, et son cœur s'était attaché à lui comme si c'eût été son propre fils. Et quand lui-même eut échappé aux fils de Bélial, ce qui n'eut lieu que quand ils furent las de l'accabler d"injures, et de frivoles reproches, et de plaisanteries railleuses, mon frère Josué retourna vers eux à diverses reprises leur proposer une rançon pour le jeune homme appelé Darsie Latimer, par des offres d'argen t et la promesse d'oublier tout ce qui s'était passé ; mais ils ne voulurent pas l'écouter. Il fut aussi trouver le grand-juge, celui qu'on nomme le sheriff, et il voulait lui dire le péril où se trouvait le jeune homme ; mais il ne voulut pas non plus l'écouter à moins qu'il n'attestât par serment la vérité de ses paroles, chose qu'il ne pouvait faire sans péché, attendu qu'il est écrit : Tu ne jureras pas , et ailleurs. Tu diras seulement oui ou non. En conséquence, Josué revint me trouver désolé, et me dit : Sœur Rachel, ce jeune homme s'est exposé à cause de moi -, assurément je ne serai pas sans reproche si on touche à un cheveu de sa tôte, attendu que j'ai péché en lui permettant de venir avec moi à la pêcherie quand un tel désastre était à craindre. Ainsi donc, je vais prendre mon cheval Salomon et me rendre promptement dans le Cumberland , où je me ferai dos amis avec le mammon d'iniquité parmi les magistrats des Gentils et parmi les hommes puissants ; et j'arriverai à obtenir la délivrance de Darsie Latimer, dût-il m'en coûter la moitié de ce que je possède. Et je lui dis : IVon , mon frère , n'y va pas , car ils te railleront et t'injurieront ^ mais prends à gage

Page 1