‹ RedgauntletChapitre 56 sur 152 · NARRATION D'ALAN FAIRFORD CONTINUEE · texte numérisé non relu

NARRATION D'ALAN FAIRFORD CONTINUEE

iNQ minutes s'étaient écoulées depuis que l'horloge de la ville lavait sonné deux heures , quand Alan Fairford , qui avait fait )Un petit détour pour mettre sa lettre à la poste, arriva chez le prévôt Crosbie, où il fut salué à la fois par la voix de ce dignitaire citadin et par celle de son visiteur, le dignitaire campagnard, comme par des gens impatients de se mettre à table.

— Arrivez donc , monsieur Fairford , lui dit le prévôt; — l'heure d'Edimbourg retarde sur la nôtre.

— Arrivez , jeune homme , dit le laird ; je me rappelle bien votre père, à la Croix, il y a trente ans. — Il paraît que vous dînez aussi tard à Edimbourg qu'à Londres , à quatre heures , — eh ?

— Pas lout-à-fait si dégénérés, répliqua Fairford-, mais il est certain que bien des gens à Edimbourg sont assez malavisés pour reculer leur dîner jusqu'à trois heures , afin d'avoir le temps de répondre à leurs correspondants de Londres.

— Dos correspondants de Londres ! lit M. MaxAvel ; et, je vous prie, que diable les gens d'Auld Reekie ont-ils besoin de correspondants à Londres ■ ?

— H faut bien que les commerçants demandent leurs marchandises, dit Fairford.

— Ne peuvent-ils pas acheter celles de nos propres manufactures dÉcosse , et vider les poches de leurs pratiques d'une manière plus patriotique?

— Et puis il faut que les dames aient les modes.

— Est-ce qu'elles ne peuvent ramener le plaid sur la tête , comme faisaient leurs mères? Un mantelet de tartan , et une fois par an un nouveau bonnet de Paris, voilà tout ce qu'il devrait falloir à une comtesse. Mais, en fait de comtesses , je crois (pi'il ne vous en reste guère: — les Mareschal , les Airley, les Winton , les Wemyss , les Balmerino,

' Ils n'en avaient en effet jtas prand besoin alors , car je nie souviens que la poste de Londres i»our le nord voya^eail sur une sorte de petite patacLc ( mail cari); et des personnes encore vivantes se rappellent l'avoir vue arriver avccuncseule lettre pour Edimbourg , adressée au directeur de la compagnie anglaise des toiles. (W, S.)

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sont tous passés et trépassés. — Non , non, les comtesses et les dames de qualité ne prendront plus maintenant trop de place dans vos salles de bal avec leurs nobles paniers.

— La foule n'y manque pourtant pas, monsieur, dit Fairford -, on commence à parler d'une nouvelle salle de réunion.

— Une nouvelle salle de réunion! fit le vieux laird jacobite-, — hum !

je me souviens d'avoir caserne trois cents hommes dans l'ancienne

salle 1. — Mais allons, allons, — je ne vous ferai pas d'autres questions ;

toutes vos réponses sentent le <• nouveau lord , nouvelle terre , » et

ne feraient que me gâter l'appétit , ce qui serait dommage , car voici mistress Crosbie qui vient nous prévenir que le mouton est prêt.

C'était elle en effet. Blistress Crosbie avait été , comme Eve, «< livrée aux soins de l'hospitalité, » devoir dont elle ne se croyait dispensée ni par la dignité municipale du rang de son époux, ni par la splendeur de sa robe de soie de Bruxelles , ni même par le lustre plus hautement prisé de sa naissance -, car elle était née Maxwell , et était alliée , comme son mari en informait souvent ses amis, aux premières familles du comté. Elle avait été belle, et c'était encore une femme de belle prestance et de bonne mine pour son âge ; et quoique son apparition à la cuisine lui eût quelque peu animé le teint , l'effet n'en était pas plus sensible que ne l'eût été celui d'une légère couche de rouge.

Le prévôt était certainement fier de sa dame , et môme quelques uns disaient qu'il la craignait ; car c'était un bruit courant au sujet des femmes de la famille de Redgantiet , que n'importe où elles s'alliassent , il était aussi immanquable de trouver une jument grise dans l'écurie de leur époux ^ qu'un cheval blanc dans les tableaux de Wouvermans. La bonne dame passait aussi pour avoir importé ses opinions politiques avec elle dans la maison de M. Crosbie-, et les ennemis qu'avait le prévôt au conseil de ville avaient coutume de dire qu'il y prononçait hardiment contre le Prétendant , et en faveur du roi George et du gouvernement , bien des discours dont il n'aurait pas osé articuler une syllabe dans sa chambre à coucher, et que par le fait l'infiuence souveraine de sa femme l'avait de temps à autre fait agir, ou l'avait empêché d'agir , tout-à-fait à l'opposé de ses protestations ordinaires de zèle pour les principes de la révolution. Si ces remarques étaient fondées sous un certain rapport, il était certain , d'un autre côté, que mistress Crosbie semblait, sur tous les points de discipline extérieure , reconnaître l'autorité légitime et le droit de suprématie du chef de la maison ; et que si elle n'avait pas pour son mari une déférence réelle, elle en avait du moins les dehors.

' Je me souviens d'avoir entendu un vieux genlillionimc hiphlandais faire cette réponse-là même, quand il entendit parler de l'ouverture des nouvelles salles de réunion de Gcorge-Slrcel. (W. S.)

a Expression proverbiale. (L. V.)

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