CHAPITRE XIJ
plus de délai qu'il n'en faut au palefrenier de l'auberge du Roi George pour le seller. — Quapt aux smogglers , je ne suis ni conimis aux excises ni surveillant, et, comme rhomnie qui fait rencontre du diable, s'ils n'ont rien à nie dire , je n"ai rien à leur dire non plus.
— Yous êtes un jeune homme de cœur , reprit Sijnjniertrees avep un accroissement évident de bienveillance en voyant uije décision et un mépris du danger auxquels il ne s'attendait peut-être pas d'après les dehors ef, la profession d'Alan \ — vous êtes vraiment ui> jeune homme plein de cœur, et c'est presque dommage..... Jpi l\ 3'^rrôta court.
— Qu'est-ce qui est dommage ? demanda Fairford.
— C'est presque dommage que je ne puisse aller moi-môme ^yec vous, pu du moins vous donner un guide sur.
Ils se dirigèrent ensemble Vers la cli^mbre à coucher de mistress Çrosbie , car c'était dans cet asile qqe les d^mes 4'alQrs dispensaient leur thé, quand le salon était occupé par le bol à punch.
— Vous avez été bien sages ce soir, messieurs, leur dit jpistress Croslîie. Je crains, Sumniertrees, que le prévçjt ne vqus ait mal brassé votre punch, car vous n'êtes pas dans l'habitude de quitter si yite 1? vent du bgl. Je ne dis rien de vous, monsieur Fairford, car vous êtes encore frop jeune pour le stoup et le bicjter » ; mais j'espère que vous ne direz pas au beau monde d'Edimbourg que le prévôt vous a ôté l'écuelle des mains , conmie dit la chanson ?
— Je suis fort reconnaissant des bontés du prévôt et des vôtres, madame, répondit Alan^ mais la vérité est que j'ai encore une longue traite devant moi d'ici à ce soir, et que le plus tôt que je serai à cheval sera le mieux.
— Ce soir? dit le prévôt d'un ton d'inquiétude; ne feriez-vous pas mieux d'attendre à demain matin à la pointe du jour?
— Monsieur Fairford cheminera tout aussi bien au frais de la soirée, dit Summertrees , coupant en quelque sorte la parole à Alan.
Le prévôt ne iépli(iua rien ; sa femme ne fit plus aucune question et ne témoigna aucune surprise de la précipitation du départ de leur hôte.
Après avoir bu le thé, Alan Fairford prit congé dans les formes ordinaires. Le laird de Summertrees semblait s'étudier à prévenir toute communication ultérieure entre lui et le prévôt, et il se tint sur le palier tout le temps que durèrent leurs adieux. — Il entendit le prévôt demander à Alan s'il se proposait de revenir bientôt, et le dernier répondre qu'il ignorait combien de temps il serait absent; puis il vit la pression de main plus chaleureuse que d'habitude avec la(]uelle 31. Crosbie quitta son jeune ami, démonstration qu'il accompagna d'un : Dieu vous
■ Façon de parler proverbiale. Dans le dialeclc écossais, \c stoup cl le buhcr sont des cspcccti de vases à anses. (L. Y.)
280 IlEDGANTLET.
bénisse et vous fasse réussir! articulé d'une voix mal assurée. Maxwell accompagna môme Fairford jusqu'à l'auberge du Roi George, quoique se refusant à toutes les instances du jeune homme pour obtenir de plus amples renseignements sur Redgantlet, et le renvoyant à Tom Trumbull, alias Turnpenny, pour les particularités dont il jugerait nécessaire de s'enquérir.
Enfin la haquenée d'Alan fut amenée : animal à long cou et aux os saillants, accoutré d'une valise à double poche contenant la garde-robe de voyage du cavalier. Se plaçant fièrement en avant de sa mince valise, et nullement honteux d'une manière de voyager qu'un avocat ' moderne regarderait comme la dernière des dégradations, Alan Fairford prit congé du vieux jacobite Pate-en-Péril, et se mit en route pour le bourg royal d'Annan. Ses réflexions pendant le chemin ne furent pas des plus agréables. Il ne pouvait se dissimuler qu'il allait se mettre un peu témérairement entre les mains de gens sans frein et capables de tout : car on ne pouvait supposer d'autres associés à un homme dans la situation de Redgantlet. Il y avait encore d'autres sujets d'appréhension. Certains signes d'intelligence entre mistress Crosbie et le laird de Summertrees n'avaient pas échappé à l'observation pénétrante d'Alan \ et il était clair que les dispositions du prévôt à son égard , dispositions qu'il croyait bonnes et sincères, n'étaient pas assez fermement assises pour résister à l'influence de cette ligue entre sa femme et son ami. Les adieux du prévôt, comme Vamen de Macbeth, lui étaient restés au gosier, et semblaient annoncer qu'il avait plus de craintes qu'il n'osait en exprimer.
Rapprochant tous ces indices, Alan pensa, non sans anxiété, aux vers célèbres de Shakspeare :
« Une goulte Qui cherche une autre goulte au fond de l'Océan, etc. »
Mais la persévérance était un des traits dominants du caractère du jeune légiste. Il ne ressemblait pas et n'avait jamais ressemblé au coursier rempli de feu au début de sa carrière, mais qui s'épuise par l'excès de sa propre ardeur avant d'être arrivé à la moitié de sa course. Ses premiers efl'orts, au contraire, semblaient fréquemment devoir être insulfisants pour l'accomplissement de son projet, quel qu'il pût être ; et c'était seulement à mesure que s'augmentaient les difficultés de la tâche, que son esprit semblait acquérir l'énergie nécessaire pour les combattre et les surmonter. Si donc il montre de l'inquiétude au début de son incertaine et périlleuse expédition, que le lecteur ne lui impute nullement la pensée, môme passagère, d'abandonner ses recherches et de laisser Darsie Latimer à sa destinée.
■ Silvertoti'jiw, dit le texte : Langue d'.Vrgcnt. (L. V.)