‹ RedgauntletChapitre 69 sur 152 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

On voyait, au bout de cette rangée de caveaux bien garnis, une petite lumière qui changea de place et se dirigea vers eux , sur un léger coup de sifflet de 31. Trumbull. Un homme qu'on ne distinguait qu'imparfaitement, et qui tenait à la main une lanterne sourde dont la lumière était détournée , s'approcha d'eux. — Pourquoi n'étiez-vous pas aux prières ce soir , Job ? lui dit Tom 5 c'est aujourd'hui samedi.

— Swanston chargeait la Jenny, monsieur 5 je suis resté pour livrer la marchandise.

— C'est vrai ; — œuvre de nécessité , et pour cours d'affaires. Est-ce que Jenny la Sauteuse fait voile à cette marée ?

— Oui, oui, monsieur 5 elle fait voile pour

— Je ne vous ai pas demandé pour où elle fait voile , Job , interrompit l'autre. Grâces à mon Créateur, je ne sais rien de leurs allées et venues. Je vends mes marchandises loyalement et en cours ordinaire d'affaires , et je me lave les mains de tout le reste. Mais ce que je désire savoir , c'est si le gentleman qu'on nomme le laird des Lacs du Solway est en ce moment de l'autre côté du Border ?

— Oui , oui , répondit Job ; le laird rentre un peu dans ma partie , vous savez 5 — il est un peu de contrebande. Il y a un statut pour lui.... Mais peu importe. Il a pris les Sables après l'échauffouréedes filets du quaker ; car il a un cœur loyal , le laird, et il est toujours fidèle au pays. — Mais minute : — tout est-il sur ici ?

A ces mots, il tourna soudainement sur Alan Fairford le côté de la lanterne. A la clarté [rapide qui se projeta en passant sur celui qui la portait, Alan vit un homme d'épaisse encolure et de plus de six pieds de haut, coiffé d'un bonnet de fourrure grossière, et dont les traits correspondaient par leur dureté aux proportions colossales de sa taille. Il crut aussi remaïquer des pistolets à sa ceinture.

— Je réponds de monsieur, dit Trumbull ; il faut qu'on le mène parler au laird.

— Ca ne sera pas commode de le piloter, répondit le subordonné; car j'ai su que le laird et ses gens n'ont pas plus tôt été de l'autre côté que les requins de terre'sont tombés sur eux , avec quelques écrevisses à cheval de Carlisle ; si bien qu'ils ont été obligés de se séparer et de se disperser. On dit qu'il y a de nouveaux balais pour en nettoyer le pays; car la chasse a été rude, et on dit aussi qu'il y a eu un jeune homme de noyé. — Ce n "était pas un des gens du laird , ainsi ça ne fait pas grand'chose.

— Paix, je te prie-, paix, Job-Rutledgel dit riionnète et pacifique M. Trumbull. Je voudrais que tu pusses te .souvenir. Job, que je ne veux rien savoir de vos tapages ni de vos échauffourées, de vos balais ni de vos chasses. Je demeure ici au milieu de mes gens ; je vends mes marchandises à celui qui vient par cours d'affaires; et ainsi je me lave les mains de toutes les conséquences , comme il convient à un sujet trau-

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quille et à un honnête homme. Je ne reçois jamais que de l'argent comptant.

— Oui, oui, marmotta l'homme à la lanterne; votre révérence j monsieur Trumbull, s'entend bien en cours d'affaires.

— IJé bien. Job, j'espère que vous connaîtrez un jour le confort d'une conscience qui n'a rien à se reprocher, et (jui ne craint ni jaugeur ni collecteur, ni excises ni douanes. L'affaire actuelle est de passer ce gentleman dans le Cumberland pour affaire et de lui procurer un entretien avec le laird des Lacs du Soiway. — Je suppose que c'est possible? Mais j'y pense : si Nanty E>vart appareille avec le brick par la marée de ce matin , c'est l'homme qu'il nous faut pour le prendre à bord.

— Oui , vraiment -, jamais personne ne connut mieux le Border que Nanty, monts et vallées , pâtures et terres de labour ; et il est bien à môme de le conduire au laird, qui plus est, si vous êtes sûr que monsieur soit en règle. Mais, au surplus, c'est son affaire; car quand ce serait le plus grand personnage d'Ecosse , et le président du damné bureau de douanes par dessus le marché, et aurait-il cinquante hommes aux talons, il ferait tout aussi bien de ne pas visiter le laird autrement qu'avec de bonnes intentions. Quant à ce damné Nanty, avec lui lé coup suit la parole ; c'est un bien autre homme que Cristie Nixon, dont on fait tant d'esbrouffe. Je les ai vus tous les deux à l'épreuve , pardieu I

Fairford se trouva alors obligé de dire quelque chose ; mais ce qu'il éprouvait, en se voyant ainsi complètement à la discrétion d'un jargonneur hypocrite et d'un de ses alTidès qui avait tout l'air d'un bandit déterminé, joint à l'abominable odeur dont la force le privait presque de respiration , quoiqu'elle ne parût faire aucune impression sur eux , lui rendait difficile de s'exprimer. Il dit cependant qu'il n'avait pas de mauvaises intentions à l'égard de celui qu'ils appelaient le laird, et qu'il était seulement porteur d'une lettre que lui adressait pour affaires particulières M. Maxwell deSummertrees.

— Bon, bon, dit Job ; ça peut bien suffire. Et si M. Trumbull s'est assuré que la lettre est en règle, hé bien, nous vous embarquerons à la marée sur Jenny la Sauteuse, et Nanty Ewart vous mettra eu bon chemin pour trouver le laird, je vous en réponds.

— Je puis retourner maintenant, je présume, à l'auberge où j'ai laissé mon cheval ? demanda Fairford.

— Avec votre permission , répondit M. Trumbull, vous êtes Irop avant avec nous pour cela ; mais Job va vous conduire à un endroit où vous pourrez dormir à votre aise jusqu'à ce qu'il aille vous appeler. Je vous apporterai le peu de bagage dont vous pouvez avoir besoin ; — car il ne faut pas que ceux qui vont à de telles expéditions soient petits-maitres. Je veillerai moi-même sur votre cheval, car un homme humain est hu-

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main pour sa bête : — chose qu'on oublie trop souvent dans notre cours d'affaires.

— Eh, maître Trumbull, repartit Job, vous savez que quand nous sommes chassés, ce n'est pas le moment de carguer les voiles ; ainsi il faut que le jeune homme monte à cheval avec le fouet et les éperons... Il s'mterrompit dans son allocution, en s'apercevant que le vieillard avait disparu par la porte par où il était entré. — Yoilà toujours comme est le vieux Turnpenny, dit-il à Fairford ; la seule chose dont il se soucie dans le métier, c'est le profit. — Je veux être damné si moi je ne trouve pas que la gaillardise en est le meilleur. Mais allons, mon camarade, il faut que je vous arrime en sùretéj jusqu'à ce qu'il soit temps d'aller à bord.

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