CHAPITRE XIlï
jeune homme de nos amis, qui est porteur d'une lettre de Pate-en-Péril, comme on l'appelle, pour notre ami le laird.
— Haï — en vérité? — il faut qu'on ait grande confiance en lui , pour un si jeune homme. — Je vous souhaite joie et santé , monsieur ( saluant Fairford ). Par Notre-Dame I comme dit Shakspeare, vous êtes en train de porter votre cou à une belle fin. — Allons, patron, nous
allons boire à la santé de monsieur Comment le nommez-vous? —
m'avez-vous dit son nom? — Est-ce que je l'ai déjà oublié?
— IM. Alan Fairford, dit Trumbull.
— Haï M. Alan Fairford ? — bon nom pour un trafiquant libre *, — monsieur Alan Fairford ;^ — et puisse-t-il être long-temps avant d'atteindre le dernier échelon de l'ambition , qui est à mon sens le dernier échelon de certaine échelle.
Tout en parlant il s'était emparé de la cuiller à punch, et il avait commencé à remplir les verres. 3Iais M. Trumbull lui arrêta le bras , afin, ce fut son expression, de sanctifier préalablement la liqueur par un benedicite. Il fermait les yeux en le prononçant, à la vérité; mais ses narines se dilataient , comme si elles eussent aspiré avec une jouissance toute particulière le parfum titillant du breuvage.
J.orsqu'enfin le long benedicite fut dit, les trois amis s'assirent autour du bol, et invitèrent Alan Fairford à y prendre place avec eux. Inquiet de sa situation, et dans la répugnance que lui inspirait la compagnie où il se trouvait, il allégua la fatigue et la chaleur, et obtint, bien ([u'avec peine, la permission de s'étendre sur un sofa qui était dans la chambre, afin d'essayer du moins de prendre un peu de repos jusqu'à l'heure de la haute marée, où le bâtiment devait mettre à la voile.
Ayant enlin obtenu celte permission il s'étendit sur le sofa ; là il tint |)endant quelque temps les yeux fixés sur le joyeux trio qu'il avait abandonné , et chercha à saisir quelque chose de la conversation. 11 s'aperçut bientôt que sa tension à cet égard était inutile-, car ce i\u\ arrivait jusqu'à ses oreilles était rendu si complètement inintelligible par l'emploi d'expressions étranges et de ce jargon qu'on nomme le latin des voleurs , que lors même qu'il parvenait à saisir les mots, il n'en était pas plus avancé pour le sens de leur entretien. Il finit par s'endormir.
Il y avait trois ou quatre heures que durait son sommeil , quand il fut réveillé par des voix qui lui criaient de se lever et de se préparer à partir. Il se mit sur ses pieds, et se retrouva en présence des trois joyeux compagnons , (jui venaient de terminer leur vaste bol de punch. A la grande surprise d'Alan , la boisson n'avait produit que peu d'efl'et
■ Lo smogglor, par un jeu de raots inlradiiijihlc , joue ici sur la première partie du nom de lairford. « Fuir ford , dil-il , beau nom pour un fair trader », c'esl-à-dire pour un ronlrcli.iiidicr. (I,. V.
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sur le cerveau d'hommes accoutumés à boire à toute heure, et en quantités énormes. Il est vrai que l'hôte avait la langue un peu épaisse, et que M. Thomas Trumbull bégayait ses textes ; mais JVanty était un (Je ces buveurs qui, se mettant des le matin ce que les viveurs appellent en train , restent des nuits et des jours au môme point de demi-ivresse : et, de fait, de même qu'ils sont rarement tout-à-fait à jeun, il est aussi rare de les voir absolument ivres. C'était au point que si Fairford n'eût pas su à quoi le marin avait employé son temps durant ces trois ou quatre heures, il aurait presque juré, quand il s'éveilla , que cet homme avait le cerveau plus rassis que lorsqu'il était entré dans la chambre.
Jl fut confirmé dans cette opinion, lorsque, étant descendu, il trouva au rez-de-chaussée deux ou trois matelots et des hommes à mine patibulaire attendant des ordres. Ewart les leur donna avec laconisme et précision, et veilla à ce qu'ils fussent exécutés avec le silence et la promptitude que le cas exigeait. Tous furent alors renvoyés au bi'ick, qui était à l'ancre , à ce que comprit Fairford , un peu plus bas dans la rivière , laquelle est navigable pour des bâtiments d'un petit tonnage jusqu'à près d'un mille de la ville.
A leur sortie du cabaret, leur hôte leur dit adieu. Le vieux Trumbull les accompagna jusqu'à une petite distance; mais le grand air fit prob3f)lenient un effet soqdain sur son cerveau, car, après avoir rappelé à i\\e^n Fairford que le lendemain était le jour du sabbat, il se perdit dans une verbeuse exhortation sur l'observance de ce saint jour. S'apej-cevant peut-être enfin qu'il devenait inintelligible, il mit un livre entre les mains de Fairford, en lui disant , — entre deux hoquets : — Bon livre, — bon livre, — de belles hymnes, — convenables pour le saint jour du sabbat, qui nous attend demain matin. — En ce moment la langue d'airain du Temps annonça cinq heures au clocher d'Annan , à la plus grande confusion des idées déjà bien embrouillées de M. Trumbqll. — pui-dà? fit-il ; est-ce que dimanche est déjà arrivé et passé ? — Le Ciel §oit louél seulement c'est étonnant comme l'après-midi est sombre pour la saison I — Le sabbat s'est écoulé tranquillement, mais i^ous ^vons à nous féliciter de ne l'avoir pas tout-à-fait mal employé. Je n'ai pas entendu grand'chose du sermon , — qui aura sûrement été
prononcé par un froid moraliste. — Pourtant — eh ? — la prière je
me la rappelle conime si j'en eusse dit moi-même les paroles. — Ici il répéta un ou deux fragments d'oraisons , qui faisaient probableqieut partie des dévotions de famille auxquelles il ét.iit livré quand il en avait été tiré pour venir s'occuper de ce qu'il nonunait son cuurs d'alVaires.
— Je ne me souviens pas d'avoir jamais passé si vite un jour de sabbat.
— Puis se recueillant un moment, il reprii, s'adressant à Fairford : Vous pouvez tout de même lire ce livre-là demain, monsieur Fairford, malgré que ce soit lundi -, car, voyez- vous , c'est samedi que nous nous