‹ RedgauntletChapitre 85 sur 152 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

remis, et qu'il espérait vider une canette et fumer une pipe avec lui chez le père Crackenthurp , malgré le petit malaise qu'il éprouvait d'avoir monté le cheval de bois.

— Qui est ce père Crackenthorp? demanda Fairford, quoiqu'à peine en état d'articuler la question.

— Un aussi honnête camarade que pas un sur mille, répondit Nanty. Ah I que de bonne eau-de-vie lui et moi nous avons mise à sec dans le temps! Sur mon àme, monsieur Fairbird ', c'est le prince des échansons et le père de la contrebande. — Ce n'est pas un avare, un démon hypocrite comme ce vieux dur à cuire de Turnpenny, qui s'enivre aux dépens des autres , et qui crcit pécher quand il lui faut payer son écot : — c'est un vrai coq de bonne race. — Les requins ont été bien des fois après lui 5 mais le père Crackenthorp sait tendre ses voiles : — il n'y a jamais un warrant qu'il n'en soit prévenu avant que l'encre ne soit sèche. Il est bonus socius avec le juge de paix et le constable. Avec tout l'argent du trésor royal on ne trouverait pas un homme qui voulût déposer contre lui. Si un tel misérable se rencontrait, ses deux oreilles lui manqueraient le lendemain matin , ou on l'enverrait les chercher dans le Solway. C'est un gros bonnet % bien qu'il tienne un cabaret; il est vrai que c'est seulement par convenance, et pour se ménager un prétexte d'avoir des caves et des garçons. Sa femme est une adroite commère, — et sa fille DoU aussi. Mordieu ! vous serez là au port jusqu'à ce que vous vous rembarquiez; moi je vous tiendrai parole , et je vous mènerai parler au laird. IMordieu 1 le seul embarras que j'aurai , sera de vous tirer de la maison ; car Doll est une bonne fille , et la vieille mère a toujours le mot pour rire, et le père Crackenthorp est un excellent compagnon. Il va vous boire une bouteille de rum ou d'eau-de-vie sans sourciller, mais jamais il ne se mouille les lèvres de cette boisson écossaise que ce vieux coquin hypocrite de Turnpenny a mise à la mode. Il est gentleman jusqu'aux bouts des doigts , le vieux Crackenthorp .- à sa manière , s'entend ; et puis , il a une part dans la propriété de Jenny (a Sauteuse, sans compter bien des expéditions nocturnes. Il pourra donner à DoU un joli denier, s'il trouve à son goût le brave garçon qui la prendra pour femme.

Pendant ce long panégyrique du père Crackenthorp la chaloupe arriva à terre; les rameurs appuyèrent sur leurs rames f)our la maintenir à flot, tandis que les autres matelots, sautant au milieu du ressac, se mirent à transporter les barils sur la grève avec autant de promptitude que de dextérité.

— Plus haut sur la grève, enfants, leur cria Nanty Ewart ; — haut et sec, — haut et sec- — cette denrée-là n'aime pas Ihumidité. A notre

■ Bel Oi-cau.

— F.o Icxte emploie l'expression de staieimiui (dont la signification liuéraio est lioinnic d'I-lat \ qu'il explique en note par pfii( \nopriiH<iire foncier. ( I,. V.

314 REDGANTLET.

passager, maintenant; — tenez-le haut et sec lui aussi. Qu'est ceci? — un galopdechevauxîlia 1 j'entends le ( internent des bàts: — ce sont nos gens. Sur ces entiefaiîes, la tolalilé des petits barils formant le chargement de la chaloupe avait été njise à terre 5 et les hommes d'équipage, appuyés sur leurs armes, se rangèrent sur une ligne de front, et attendirent l'arrivée des chevaux qui s'avançaient bruyamment le long du rivage. Un homme surchargé d'embonpoint, et qu'à la clarté de la lune on pouvait voir tout haletant de sa course, parut à la tète de la cavalcade, laquelle se composait de chevaux à la file, portant des bàts d'où pendaient des chaînes destinées à fixer les barils, et qui faisaient un terrible cliquetis.

— Qu'est-ce donc , père Crackenthorp? dit Ewart; — pourquoi tant hâter vos chevaux? — Nous avons dessein de passer une nuit avec vous, pour goûter de votre vieille eau-de-vie et de l'aie de ménage de notre hôtesse. On a fait le signal, mon brave, tout va bien.

— Tout va mal, capitaine Nanty, cria l'homme à qui il s'adressait; et vous allez bientôt vous en apercevoir, à moins que vous ne pliiez bagage. — On a acheté hier à Carlisle des balais neufs pour nettoyer le pays de vous et de vos pareils ; — ainsi ce que vous avez à faire de mieux est de gagner l'intérieur du pays.

— Combien sont ces coquins d'employés? — S'ils ne sont pas plus de dix, je leur tiendrai tète.

— Du diable si vous en faites rien I Vous ferez bien de n'en rien faire, car lis ont avec eux les dos-rouges, les dragons de Carlisle.

— En ce cas il faut appareiller. — Allons, monsieur Fairlord ', il faut monter à cheval et partir. — Il ne m'entend pas; — je crois qu'il est évanoui. — Que diable vais-je faire? — Père Crackenthorp, il va falloir que je vous laisse ce jeune homme jusqu'après la bourrasque. — Ecoutez: — c'est un messager entre le laird et l'autre vieux. — 11 ne peut ni monter à cheval ni marcher , — il faut que je l'envoie chez vous.

— Il faut donc que vous renvoyiez à la potence ! J'ai là-haut le quartier-maître Thwacker,avec vingt hommes; s'il n'était pas occupé autour de DoU, je n'aurais jamais pu venir jusqu'ici vous donner l'alarme. — Mais il faut décamper au plus vite, sans quoi ils vont arriver sur nos trousses, car il a des ordres tout particuliers; et ces barils contiennent pis que du whisky; — une denrée à nous faire pendre, j'en réponds.

— Je voudrais qu'ils fussent au fond de la Wampool , avec ceux à qui ils appartiennent. Mais ils font partie du chargement ; et que faire de ce pauvre jeune homme ?. . . .

— Eh! j)lus d'un qui valait mieux que lui a passé la nuit sur l'herbe enveloppé dans un manteau ; s'il a la fièvre, rien de si rafraîchissant que l'air de la nuit. i

• Beau Seigneur.

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