‹ RedgauntletChapitre 87 sur 152 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

serpentaient nombre de sentiers embarrassés et à peine praticables , où les branches se projetant de chaque côté des embanquements interceptaient la himière de la lune , et compromettaient la sûreté des cavalieî's. Mais grâce à l'expérience que les guides avaient des lieux, ils traversèrent ce labyrinthe sans se tromper, et sans même ralentir le pas. En maint endroit , cependant, il était impossible à trois hommes à cheval d'avancer de front; en conséquence, le soin de soutenir Alan Fairford tombait alternativement sur le vieux Jephson et sur Nanty, et c'était à grand'peine qu'ils parvenaient à le maintenir d'aplomb sur sa selle.

Lorsqu'enfin ses forces tout-à-fait épuisées le mirent dans l'impossibilité absolue d'endurer plus long-temps ses souffrances, et au moment où il allait les conjurer de l'abandonner à son sort dans la première chaumière qu'ils rencontreraient , — ou bien au pied d'une haie ou d'une meule de foin, — n'importe où, enfin, pourvu qu'on l'y laissât à l'aise. Collier, qui avait pris les devants, fit prévenir de proche en proche qu'on était arrivé à l'avenue de Fairladies, et demander s'il y devait entrer.

Laissant Fairford à la garde de Jephson, Nanty pressa son cheval et fut donner ses ordres à la tète de la troupe. — Qui connaît bien lo château ? demanda-t-il.

— Sam Skelton est catholique, répondit Lowther. • — Damnée religion I répliqua Nanty, en qui son éducation presbytérienne semblait n'avoir laissé d'autres traces que la haine du papisme. Pourtant je suis charmé qu'il y ait un catholique parmi nous, de quelque manière que ce soit. — Puisque vous êtes papiste, Sam, je puis jurer que vous connaissez Fairladies et les vieilles filles ; ainsi , sortez de la ligne et venez avec moi. Vous, Collier, vous allez conduire la troupe au creux de Walinford, puis vous descendrez le long du beck jusqu'au vieux moulin , et là Grist le meunier, ou le vieux Pael-Causeway, vous dira où il faut arrimer. .Mais je vous aurai rejoint auparavant.

J^a file de chevaux chargés reprit alors son premier pas, Nanty et Sam Skelton , rangés sur le bord du chemin , attendant que l'arrieregarde les eût rejoints avec Jephson et Fairford. Au grand soulagement de celui-ci ils commencèrent alors à marcher d'un pas moins rapide, et ils laissèrent la cavalcade les précéder-, bientôt le pas des chevaux et le bruit de la troupe se perdirent dans l'éloignement. Ils étaient à peine arrivés à une portée de pistolet de l'endroit où on s'était séparé, qu'un détour subit les plaça vis-à-vis d'une grande porte dégradée, dont les lourds pinacles étaient décorés dans le style du dix-septième siècle, avec des ornements d'architecture d"un style grossier, dont quelques uns, ruinés par le temps, étaient épars sur le sol, sans qu'on eût prisd'autre soin que de les écarter de l'avenue. Les hauts piliers de pierre sur lesquels se reflétaient les rayons de la lune présentaient à l'imagination une certaine ressemblance avec une double apparition surnaturelle , et

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l'aspect neglige de ce portail donnait une triste idée de l'habitation à ceux qui en traversaient l'avenue.

Il n'y avait pas ordinairement de porte ici, dit Skelton, en voyant

leur marche ainsi arrêtée inopinément.

jMais il y en a une maintenant, et un portier aussi , dit une grosse

voix partant de l'intérieur. Qui ôles-vous, et que demandez-vous à l'heure qu'il est?

-^ Nous demandons à parler aux dames aux demoiselles Arthu-

ret , répondit Nanty ; c'est pour qu'on veuille bien recevoir un malade.

On ne parle pas aux miss Arthuret à l'heure qu'il est, et vous

pouvez porter votre malade au docteur, répliqua la voix d'un ton bourru \ car aussi sûr que le sel est salé et que le romarin a de l'odeur, vous n'entrerez pas. — Prenez vos sacs et vos flûtes, et décampez.

— Hé ! Dick Gardener *, est-ce que tu es devenu portier? dit SkeUon.

— Quoi 1 est-ce que vous me connaissez ?

— Je vous ai reconnu à votre dicton. Quoi I est-ce que vous avez oublié le petit Sam Skelton , et le fausset à la barrique?

— Non , non, je ne vous ai pas oublié; mais j'ai l'ordre rigoureux de ne laisser entrer personne, cette nuit dans l'avenue. Ainsi donc...

— IMais nous sommes armés, et nous ne voulons pas rester ici, reprit ISantv. Écoutez, drôle : est-ce qu'il ne vaut pas mieux pour vous recevoir une guinée et nous laisser entrer, que de nous voir briser la porte d'abord et vous casser la caboche ensuite? car je ne veux pas voir mon camarade mourir à votre porte, — soyez sur de cela.

— Eh I je ne sais point ' , dit l'homme ; mais dites-moi , Skelton , quelle sorte de bétail est-ce que vous avez avec vous , qui a si grande hâte d'entrer ici?

— Eh ! quelques uns de nos gens de Bowness, de Stoniecultrum et des environs, répondit Skelton ; Jack Lowther, le vieux Jephson, le gros Will Lamplugh , et d'autres de nos camarades.

— Hé bien, aussi sûr que le sel est salé et que le romarin a de l'odeur, j'avais pensé que c'étaient les soldats de Carlisle et de Wigton, et le bruit m'avait fait venir le cœur à la bouche.

— J'aurais cru que tu savais distinguer le son d'un baril du bruit d'un sabre aussi bien que pas un buveur du Cumberland.

— Allons, camarade, moins de langue et plus de jambes, s'il vous plaît, reprit Nanty -, chaque moment que nous restons ici est un moment de perdu. Allez trouver les dames,et dites leur que NantyEwart, deJcnnij la Sauteuse, a amené un jeune homme porteur de lettres d'Ecosse pour un certain gentleman d'importance dans le Cumberland; — que les soldats sont en campagne , et que le jeune homme est très mal,

• Dick (ou Ridiard ) le Jardinier.

• / dunna htiow , locution caraclérlsUque du paysan d'Ecosse. (L. V.)

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