‹ RedgauntletChapitre 91 sur 152 · CHAPITRE XVI. 3"2.-i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. 3"2.-i

— Bien, bien; mais, ma sœur — sœur Angelica, laissez-moi vous dire un mot dans la galerie.

Les deux dames sortirent ensemble -, et quand , au bout d'une demiheure, le bruissement de leurs robes de soie se fit de nouveau entendre et qu'elles rentrèrent dans l'appartement , un air d'importance et de préoccupation était répandu sur leur physionomie.

— Pour vous dire la vérité, monsieur Fairford, la cause du désir que nous avons de vous voir retarder votre départ est — qu'il y a en ce moment dans cette maison un prêtre respectable

— Un excellent gentleman , ajouta sœur Angelica.

— Un oint du Seigneur , continua sœur Seraphina; — et nous serions charmées , dans l'intérêt de votre conscience . qu'avant de partir vous eussiez un entretien avec lui.

— Oh I oh I pensa Fairford , voilà le grand mot lâché ; — il y a un projet de conversion sous jeu I — Je ne dois pas désobliger les bonnes vieilles dames-, mais je pense que je me serai bientôt débarrassé du prêtre. — Il leur dit alors qu'il serait heureux de s'entretenir avec quiconque était de leurs amis; — qu'en matière de religion, il avait le plus grand respect pour toutes les communions chrétiennes, bien qu'il dût ajouter que sa foi était acquise à celle dans laquelle il avait été élevé -, que si néanmoins une entrevue avec le prêtre dont elles lui parlaient pouvait le moins du monde leur montrer le respect qu'il avait pour elles...

— Ce n'est pas tout-à-fait cela, interrompit sœur Seraphina, quoique assurément la journée serait trop courte pour l'entendre — pourentendre le père Bonaventure, je veux dire, — parler sur le salut de nos âmes ; mais. ..

— Allons, allons, sœur Seraphina, dit à son tour la plus jeune, il est inutile d'en dire davantage. Son Eminence — je veux dire le père Bonaventure — expliquera lui-même à monsieur ce qu'il a à lui dire.

— Son Eminence ? dit Fairford étonné ; — cette personne est-elle si haut placée dans l'Eglise catholique? — On ne donne ,jé crois, ce titre qu'aux cardinaux.

— Il n'est pas encore cardinal, répondit Seraphina; mais je vous assure, monsieur Fairford, qu'il est aussi eminent par le rang que par les qualités dont l'a doué le Ciel, et que

— Retirons-nous , interrompit sœur Angelica. Sainte Vierge ! comme vous parlez ! — Quel besoin M. Fairford a-t-il de connaître le rang du père Bonaventure? — Seulement, nuMisicur, vous n'oublierez pas que le père a toujours été habitué à être traité avec la plus grande déférence, — et que même

— Allons-nous-en , ma sœur, interrompit à son tour sœur Seraphina ; qui parle maintenant, je vous prie? Monsieur Fairford saura bien comment se comporter.

— Et nous ferons bien de quitter la chambre , ajouta la plus jeune dame, car voici venir Son Eminence.

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Elle prononça ces derniers mots presque à voix basse-, et comme Fairford allait répondre et l'assurer que quiconque était de leurs amis serait traité par lui avec tout le respect auquel il pouvait prétendre , elle leva un doigt pour lui imposer silence.

Un pas grave et majestueux se fit alors entendre dans la galerie ; — un pas qui aurait pu annoncer l'approche non seulement d'un évoque ou d'un cardinal , mais du souverain pontife lui-môme. Le bruit n'en aurait pas non plus été entendu plus respectueusement par les deux dames, lors môme que c'eût été le signal de l'arrivée du chef de l'Église en personne. Elles se rangèrent , pareilles à deux sentinelles sous les armes, à droite et à gauche de la porte par laquelle la longue galerie communiquait à l'appartement de Fairford, et là elles se tinrent immobiles, dans l'attitude du plus profond respect.

L'approche du père Bonaventure était si lente, que Fairford eut tout le temps de faire ces remarques et de s'étonner en lui-môme qu'un prôtre ambitieux et rusé eût pu réussir à imposer à ses dignes hôtesses, quelle que fût la simplicité de leur esprit, cette vénération superstitieuse. L'entrée du père Bonaventure et spn extérieur lui expliquèrent le tout jusqu'à un certain point.

C'était un homme d'âge moyen, quarante ans ou environ, mais à qui les spucis ou les fatigues, ou quelque autre raison moins austère, avaient donné l'apparence d'une vieillesse prématurée, en répandant sur ses beaux traits une expression sérieuse et môme triste. Sî^ physionomie était cependant encore pleine de noblesse-, et, bien que son teint fût altéré, et que les rides eussent creusé sur son visage plus d'un triste gillon, l'élévation de son front, son œil grand et bien fendu, et la ligne régulière de son nez , montraient encore combien dans sa jeunesse sa physionomie avait dû être belle. Il était grand, mais l'arqûre de sa taille lui faisait perdre cet îjvantage \ et la canne qu'il avait toujours à la inain et sur laquelle il s'appuyait de temps à autre, aussi bien que sa démarche un peu pesante, quoique majestueuse, semblaient indiquer que déjà ses membres avaient ressenti les atteinte.s de quelque infirmité. On ne pouvait discerner la couleur de ses cheveux, attendu que, conformément à la mode du temps , il avait une perruque. Il portait un costume laïque sévère, piais distingué, et il avait une cocarde à son chapeau : circonstances qui n'étonnèrent pas Fairford , car il savait que les prêtres qui venaient visiter l'Angleterre ou y résider prépaient très souvent un déguisement militaire, pour se soustraire aux peines dont la joi les frappait. Au moment où cet imposant personnage entra dans l'appartement, leg deux dames, tournées vers lui, comme des soldats en faction prôts à porter les armes à un plficier supérieur, lui firept à 1^ fois une révérence si profonde , que leurs robes à paniers semblèrent s'enfoncer dans le plancliei', cçiiviipesj upc trappe se tut ouverte sous les deux dames qui accomplissaient cet acte de révéreiice.

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