‹ RedgauntletChapitre 93 sur 152 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

ment parce qu'elle touche à la sûreté — peut-être à la vie — de mon ami le plus cher.

— Trouveriez-vous quelque inconvénient à me confier la cause de votre voyage? Mes avis peuvent vous être utiles, et mon influence sur l'un de ces messieurs , ou même sur tous les deux , est grande.

Fairford hésita un moment ; mais récapitulant à la hâte en lui-môme toutes les circonstances de sa situation , il conclut que peut-être il trouverait quelque avantage à se rendre ce personnage propice , et que d'un autre côté il ne risquait rien à lui faire connaître le motif de son voyage. Après avoir manifesté l'espoir que monsieur Bonaventure lui montrerait une confiance égale à celle qu'il réclamait, il lui raconta sommairement l'histoire de Darsie Latimer, — le mystère qui enveloppait sa naissance, — sa disparition subite, — et finalement il l'instruisit de la résolution que lui-même avait prise de se mettre à la recherche de son ami , et de le délivrer au péril de sa propre vie.

Le prêtre catholique, qui semblait avoir pour habitude de ne se laisser aller à aucune conversation qu'il n'aurait pas lui-même dirigée , ne fit pas une seule remarque sur ce qu'il avait entendu -, seulement il adressa brièvement à Alan une ou deux questions , là où la narration lui paraissait moins claire. Se levant ensuite de son siège, il parcourut deux fois la longueur de la chambre, en murmurant entre ses dents avec emphase le mot « fou ! » Apparemment, toutefois, qu'il avait l'habitude de maîtriser toute émotion violente , car presque aussitôt il s'adressa de nouveau à Alan avec la plus parfaite indifférence :

— Si vous pensez, lui dit-il , que cela puisse se faire sans manquer à la confiance qu'on a mise en vous , je désirerais que vous eussiez la bonté de me faire voir la lettre de M. Maxwell de Summertrees. Je voudrais jeter un coup d'œil sur la suscription.

Ne voyant aucun motif de refuser cette marque de confiance , Alan lui remit sans hésiter la lettre entre les mains. Après l'avoir tournée dans tous les sens, comme l'avaient déjà fait le vieux Trumbull etNanty Ewart, et, comme eux , ayant examiné l'adresse de très près, il demanda à Fairford s'il avait remarqué les mots qu'on avait tracés au crayon sur le côté inférieur de l'enveloppe? Fairford répondit négativement, et, jetant les yeux sur la lettre, il y lut avec surprise : Cave ne litteras BeUero'phontù adferres' ; avis qui se rapportait si exactement à l'avertissement du prévôt d'examiner de près la lettre dont il .serait porteur, qu'il fit un mouvement comme pour s'élancer hors de la chambre et tenter de fuir, bien que ne sachant ni qui ni pounjuoi.

— Tenez-vous tranquille, jeune homme, reprit le père du même ton d'autorité qui régnait dans toutes ses manières, quoique mêlé d'une courtoisie pleine de noblesse. Vous ne courez aucun danger-, — mon

' Prends garde d'être porteur de la lettre de Bellérophon,

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caractère sera le gage de votre sûreté. — Par qui supposez-vous que

ces mots aient été écrits?

Fairford aurait pu répondre : « Par Nanty Ewart , car il se souvenait d'avoir vu le capitaine écrire quelque chose au crayon , quoiqu'en ce moment-là il fût trop souffrant pour avoir remarqué exacternent où et sur quoi. Mais ne sachant à quels soupçons , ou à quelles conséquences pires encore, l'intérêt que le capitaine avait pris à ses affaires pourrait l'exposer, il jugea que le mieux était de répondre qu'il l'ignorait.

Le père Bonaventure garda de nouveau le silence pendant un moment, qu'il employa à examiner la lettre avec la i)lus scrupuleuse attenîion ; puis il s'approcha de la fenêtre, comme pour mieux voir au grand jour l'adresse et les mots écrits sur l'enveloppe, et là, avec autant de stupéfaction que de mécontentement, Alan Fairford le vit rompre le cachet froidement et sans hésiter, ouvrir la lettre et en lire le contenu.

— Arrêtez, monsieur, arrêtez! s'écria-t-il dès que l'étonnement lui permit l'usage de la parole; de quel droit osez-vous... ?

— Paix , jeune homme , interrompit le père en le repoussant d'un geste de la main ; soyez certain que je ne fais rien que ce que j'ai droit de faire. Il ne peut rien se passer entre M. jMaxwell et M. Redgantlet que je ne sois pleinement en droit d'en être instruit.

— Cela peut être , repartit Alan fort irrité ^ mais hien que vous puissiez être le confesseur de ces messieurs, vous n'êtes pas le mien , et en rompant le cachet d'une lettre qui m'avait été confiée, vous m'avez fait...

— Je ne vous ai pas fait injure, je vous assure , répliqua le prêtre avec un imperturbable sang-froid ; il se peut, au contraire, que ce soit \in service.

— Je n'en désire pas de cette nature , ni qu'il faille obtenir à ce prix, monsieur. Rendez-moi la lettre sur-le-champ , ou...

— Par le prix que vous attachez à votre sùrelé , interrompit le prêtre, gardez-vous de toute expression injurieuse et de tout geste menaçant. Je ne suis pas de ceux qu'on peut menacer ou insulter impunément, et il y a là , à portée de la voix, assez de gens qui châtieraient toute injure ou toute insulte qui me serait adressée , dans le cas où je regarderais comme au-dessous de moi de me protéger ou de me venger de ma propre main.

ïln parlant ainsi, le père prit un air d'autorité si intrépide et si calme, que le jeune avocat, surpris et subjugué, s'abstint de lui arracher la lettre des mains , comme il en avait eu l'intention , et se renferma dans d'amères récriminations sur rinconvenance de cette conduite, et sur l'opinion que Redgantlet aurait de lui s'd fallait lui présenter une lettre dont le cachet sei-ait rompu.

— (]'ost à quoi il sera |iloinenient pourvu , dit le père. Je vais écrire moi-même à Redgantlet et mettre la lettre de Maxwell sous le pli de la

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