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La cocaïne nous apparaît comme le moins « traître » des
anesthésiques. Nous examinerons ultérieurement sa tech-
nique très simple, en envisageant successivement le matériel utile, son mode d’emploi et les voies d’accès.
Historique de l’Anesthésie locale
Sans doute l’analgésie locale eut des précurseurs avec Hippocrate mais aussi avec Pline et Diascoride, qui parlent d’une certaine « pierre de Memphis » qui s’appliquait st: les parties que l’on voulait rendre insensibles après lavoir broyée et délayée dans du vinaigre. Nous ne parlerons point ici des procédés d’anesthésie locale basés sur la réfrigération et dont le baron Larrey se servit notamment pendant la campagne de Russie, pas plus que nous n’envisagerons les méihodes basées sur la réfrigération par le bromure d’éthyle et le chlorure de méthyle.
Ce n’est que vers 1859 que Mante-Gazza découvrit les propriétés physiologiques des feuilles de coca, mais ce n’est guère que vers 1882 que Rosapelly, avec le concours de Laborde, étudie non plus la coca, mais son alcaloïde, la cocaïne. Elle apparaît, en France, avec Terrier, vers 1884 et l’analgésie des muqueuses par les solutions de cocaïne entre dans la pratique courante. Dès lors, dit Reclus, « l’idée d’injecter avec la seringue de Pravaz l’alcaloïde sous la peau, dans les mailles du tissu cellulaire et l’on obtint une analgésie suffisante pour tenter, sans éveiller de trop grandes douleurs, quelques opérations de chirurgie; chacun voulut en essayer mais on ignorait tout de la cocaïne et même sa puissance toxique. On fixait, au hasard, et au petit bonheur, les doses à injecter et le titre des solutions. Il en résulta des désastres retentissants: plusieurs morts furent signalées presque simultanément en divers points de l’Europe et l’épouvante fut telle que cette substance parut être
Linge
à Jamais proscrite des services de chirurgie. » Malgré ces débuts peu prometteurs, elles trouvait de temps à autre quelques partisans.
Avant de songer à l’anesthésie pour la réduction des luxations, il vint à l’esprit des premiers médecins qui s’en servirent, d’alléger les souffrances qu’entraînait, inévitablement, la réduction des fractures. La première communication, due à Conway en 1885, montrait, déjà, la possibilité parfaite, et sans douleur, de réduire une luxation ou une
fracture sans anesthésie locale. « Je pense, disait-il, qu’il est très important que la cocaïne (solution à 4 %) atteigne, non seulement la surface des os fracturés, mais qu’elle soit encore injectée dans les tissus mous environnants car, bien que les os puissent être suffisamment anesthésiés, les manœuvres nécessaires pour l’examen et la réduction troublent assez les parties molles lésées pour les rendre douloureuses. Après la dernière injection, j’applique, immédiatement, une bande en caoutchouc afin de supprimer la circulation et de prolonger l’anesthésie le plus longtemps possible. Le résultat est obtenu au bout de cinq minutes et persiste plus d’une demi-heure. Dans les luxations il est nécessaire d’employer une plus grande partie de cocaïne et les injections doivent être faites tout autour et aussi près que possible de l’articulation ainsi que dans les ligaments et les tissus mous immédiatement en rapport avec eux. Jamais je n’ai eu de déception, et dans aucun cas, je n’ai relaté d’accident consécutif
à l'introduction de la cocaïne. »
Malgré les bons résultats qu’il obtint, cette méthode n’eut guère d’écho et ne fit pas école.
Dès 1886, Reclus commençait ses recherches sur la cocaïne et, en 1893 il rapporte une seule observation où, dans une fracture il pratique l’anesthésie locale. Voici son observation : ;
& Un jeune homme se casse la jambe, il est dans la rue et l’on veut le transporter dans sa chambre située à un cinquième étage. Chaque mouvement arrache des cris au blessé.
Rp) Je pousse dans le foyer de fracture avec de grandes minu- Lies, au point de vue antiseptique, le contenu de deux seringues de Pravaz d’une solution au centième; immédiatement, les douleurs spontanées et provoquées se calment, puis elles disparaissent au point que le transport se fait sans réveiller la moindre souffrance. Il m’est même loisible de malaxer le foyer de fracture, de réduire les fragments et d'appliquer un appareil plâtré, manœuvres qui durèrent une demi-heure, à l’expiration de laquelle l’insensibilité était encore parfaite. »
Vers 1903 Reclus publiait son livre où il fixait, dans sa méthode dite « Méthode française », les principales règles encore en usage et qu'il titrait ses solutions maniables à 1/100° et à 1/200°. Le total de la dose injectée ne devait pas dépasser 20 centigrammes d’alcaloïde.
Vers la même époque, Shleich créait aussi sa méthode, rabaissant la dose injectable à cinq centigrammes de cocaïne brute.en une seule séance et de ne point dépasser cette dose sans risques de catastrophes: il y ajoutait du chlorure de sodium et de la morphine. Voici, d’ailleurs, ses trois formules :
N° 1. — Solution forte :
Chlorhydrate de cocaïne. ... 0 gr. 20 Chlorure de sodium . ...... 0 gr. 20 Chlorhydrate de morphine... 0 gr. 02 Pau distillée MER 100 cc.
N° 2. — Solution moyenne :
Chlorhydrate de cocaïne. ... 0 gr. 10 Chlorure de sodium . ...... 0 gr. 20 Chlorhydrate de morphine.. 0 gr. 02 Pau: distlées re ee 100 ce.
N°3. — Solution faible :
Chlorhydrate de cocaïne. ... 0 gr. 01 Chlorure de sodium . ...... 0 gr. 20
Chlorhydrate de morphine... 0 gr. 05 Eau distillée .