J.-J. AMPÈRE
a Je serais ridicule, si j'avouais l'attendrissement dont je me suis senti pénétré. »
(Stendhal.)
« On ne quitte pas Rome comme on veut, surtout quand on y rencontre tous les grands hommes qui l'ont visitée. »
(Ampère.)
Stendhal jugé par Goethe. — Ses premières impressions de Rome. — Comment elles se transformèrent avec le temps. — Exactitude, sincérité et conscience du guide dans Rome. — Comment Stendhal a vu Rome, ' — Vision aiguë et sensibilité frémissante. — Ses goûts en peinture et sa théorie du « beau idéal ». — Il n'a pas compris l'œuvre des peintres préraphaélites à Rome. — L'observateur et l'ironiste. — J.-J. Ampère et ses Portraits de Rome à différents âges. — Sa ferveur pour Rome et son culte pour la Ville éternelle.
Dans une lettre que Gœthe adresse le 8 mars 1 8 1 8 de Weimar à son ami Zelter, après quatre pages de copieuses citations en français, il écrit ceci : « Ce
qui précède est extrait d'un curieux livre : Rome, Naples et Florence en 18 ly. Par M. de Stendhal, officier de cavalerie, Paris 18 17, qu'il faut absolument que tu te procures. Le nom est un nom de guerre, le voyageur est un Français vif, passionné pour la musique, la danse, le théâtre. Les quelques petits échantillons ci-dessus te donnent un exemple de sa manière libre et effrontée. Il attire, il choque, il intéresse et il irrite, si bien qu'on ne peut pas s'en séparer. On lit et on relit ce livre avec un plaisir toujours nouveau et on voudrait en apprendre par cœur certains passages. Il semble que l'auteur soit un de ces hommes de talent — officier, employé ou espion, ou tout cela à la fois — que le balai de la guerre a fait voltiger de-ci et de-là. Il est allé en beaucoup d'endroits ; pour d'autres lieux il sait utiliser la tradition et s'approprier une quantité de choses étrangères. Il traduit des passages de mon Voyage en Italie et assure qu'il a entendu ces petites histoires de la bouche d'une marchesïna. Bref, il faut non seulement lire ce livre, mais encore l'avoir. »
Cette admiration, ces éloges de Gœthe, pour ce petit livre qui venait de paraître à la fin de 1 8 1 7 en France, où il passa inaperçu, sont d'autant plus remarquables et méritoires que Gœthe avait pu y lire ceci :
« Les Allemands n'ont qu'un homme, Schiller, et deux volumes à choisir parmi les vingt tomes de Gœthe. On lira la vie de ce dernier, à cause de l'excès de ridicule d'un homme qui se croit assez important pour nous apprendre, en quatre volumes in-8°, de quelle manière il se faisait arranger les cheveux à vingt ans et qu'il avait une grande-tante qui
s^appelait Anichen. Mais cela prouve qu'on n*a pas en allemand le sentiment du ridicule, etc., etc. »
Goethe n'a-t-il pas lu ce passage de Stendhal, ou bien, l'ayant lu, sa sérénité olympienne s'est-elle sentie trop au-dessus d'une telle boutade pour qu'il y prît seulement garde ? Quoi qu'il en soit de ce petit problème de psychologie littéraire, Gœthe a jugé avec singulièrement de bienveillance et de finesse ce petit livre et la manière — effrontée et libre — de son auteur. A vrai dire, c'est l'effronterie, la gaminerie insolente de Stendhal qui nous apparaît surtout dans ses premières impressions de Rome. Il irrite ici plus qu'il n'attire, et il choque plus qu'il n'intéresse.
A l'arrivée, il écrit de Viterbe, le 9 décembre 1 8 1 6 :
a S'il est une route abominable au monde, c'est celle de Florence à Rome par Sienne. Les voyageurs se moquent bien de nous, lorsqu'ils nous parlent de la belle Italie! La route de Florence à Rome m'a fortement rappelé la Champagne. Seulement la plaine aride se change en collines désolées. »
La ville ne trouve pas grâce à ses yeux mieux que la campagne, car il a écrit le lendemain :
« J'entre à Rome par cette fameuse porte du Peuple... Ah! que nous sommes dupes! Cela est inférieur à l'entrée de presque toutes les grandes villes de ma connaissance ; à mille lieues au-dessous de Berlin. Que dirai-je de l'entrée à Paris par l'arc de triomphe de T Etoile? Les pédants qui trouvaient dans la Rome moderne l'occasion d'étaler leur latin, nous ont persuadés qu'elle est belle. »
Au bout d'un mois de séjour, Stendhal distingue
pourtant la « Rome antique de la Rome des prêtres » et il écrit le 4 janvier 1 8 1 7 :
« Je viens de passer vingt-cinq jours à admirer (la Rome ancienne) et à m'indigner (de la Rome des prêtres). »
Stendhal se montre ici ce qu'il est toujours resté, d'ailleurs, contredisant, taquin, paradoxal. Il croit, bien à tort, nous l'avons assez vu, être original et prendre le contre-pied de ses précurseurs en dénigrant la Campagne de Rome et la Rome moderne. Il ne fait^que les répéter, sans s'en douter, avec plus d'âpreté et moins de candeur.
Heureusement ce n'est ni dans ce petit livre fringant et agressif de Rome, Naples et Florence en 181 y y ni dans son Histoire de la peinture en Italie, qui parut, la même année 181 7, dédiée « à S. M. Napoléon le Grand, empereur des Français, retenu à l'île de Sainte- Hélène », qu'il faut chercher la vraie pensée et le jugement définitif de Stendhal sur Rome. Il les donna, douze ans plus tard, en 1829, , dans les deux volumes de ses Promenades dans Rome qui restent, malgré toutes les erreurs, les écarts de jugement et les partis pris qu'on y peut déplorer, le livre le plus substantiel de faits, le plus riche d'idées, le plus frémissant de sensibilité passion- ! née et contenue qu'on puisse lire, aujourd'hui encore, 1 sur Rome. J'ai tort de parler de livre. En tant que 1 livre — d'ouvrage composé, ordonné et proportionné, — les Promenades dans Rome n'existent pas. C'est un champ inculte, un fouillis naturel où poussent au hasard, à l'envi et pêle-mêle, une végétation prodigieusement abondante et touffue d'idées, de sensations, d'impressions, de faits exacts,
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de renseignements précis, de paradoxes, d^dées fixes, d'émotions naïves et de roueries ironiques. On trouve de tout dans ce peu banal itinéraire et même des fragments d'itinéraire. On y peut lire à côté des impressions artistiques de Stendhal à Rome, des résumés historiques retraçant (à leur façon) l'histoire des Césars, celle des invasions barbares, celle des Papes. On y trouve encore des anecdotes, des cancans, des ana innombrables sur la société romaine contemporaine et des racontages rétrospectifs sur la vie privée et publique des pontifes et des cardinaux d'autrefois. On y rencontre des scénarios de romans analogues à la Chartreuse de Parme et des nouvelles presque achevées racontant les belles histoires, ou les drames sombres, de la passion romaine que Stendhal croit évidemment très différente de la passion simplement humaine. On y peut lire encore des fragments de Casanova, des lettres d'amour de Napoléon, des citations de Byron avec leur traduction, des répertoires chronologiques, des diatribes politiques et des boutades anticléricales ou même antichré^^^iennes. Et si l'on ne se perd pas [ dans ce dédale, si ce tohu-bohu n'ennuie pas, c'est j d'abord que tout cela est grouillant de vie, d'esprit, ! d'imprévu, et c'est ensuite que, pour la première ', fois, nous y trouvons Rome vue par un de nos con- ' temporains, par un de nos semblables, par un homme ; qui sent, qui pense avec ses nerfs surexcités plus encore qu'avec sa sereine et calme raison.
Esprit complexe et même compliqué, cosmopolite de goût et de formation, étranger à son propre pays au point de juger ses compatriotes avec une sévérité souvent injuste, devancier de Stirner etde Nietzsche
par son exaltation constante de l'énergie individuelle et par sa glorification passionnée sinon du superhomme au moins de l'individu-génie, Stendhal est le précurseur accompli de l'une des formes les plus modernes de l'esprit européen. Analyste éminemment, et curieux à l'excès du petit fait précis et probant qui l'amène à voir clair dans ce qui est (la formule est de lui), il refrénera toujours l'élan de son enthousiasme instinctif par la sécheresse d'une ironie, calculée. Les vibrations d'une sensibilité aiguë, naturelle et affinée par la culture, seront toujours tempérées chez lui par la crainte supérieure d'être dupe, ou simplement de paraître ému.
Écrivain sec, précis, transparent et incolore ^ — par haine de la déclamation grandiloquente et de la rhétorique sentimentale — Stendhal, par ses défauts autant que par ses qualités, se trouve, pour nos esprits modernes, le cicérone le plus pénétrant, le plus agréable et le plus sûr que l'on puisse désirer pour se promener dans Rome.
Les impressions de Stendhal n'ont rien de hâtif ou d'improvisé, malgré l'allure inquiète que leur donne une forme qui sent toujours l'impromptu. Quand il écrit, en 1829, s>es Promenades dans Rome, Stendhal a vu Rome six fois : en 1802, 181 1, 18 16, 181 7 et 1823, et il vient d'y faire, sauf une excursion de cinq semaines à Naples et en Sicile, un séjour de vingt-sept mois, du 3 août 1827 ^^ 23 avril 1829. Il a commencé à écrire ses notes en 181 7, et il les a corrigées et complétées à chaque nouveau voyage. Il a cherché avant tout, et c'est là ce qui fait le charme de son livre et lui donne toute sa saveur, à être vrai, direct et sincère. Et il le
déclare dans son avertissement dont on ne peut méconnaître l'accent de parfaite franchise :
d Sans doute il y aura des erreurs, mais jamais l'intention de tromper, de flatter, de dénigrer. Je dirai la vérité. Par le temps qui court, ce n'est pas un petit engagement, même à propos de colonnes et de statues... Chaque article est le résultat d'une promenade, il fut écrit sur les lieux, ou le soir en rentrant. Toutes les anecdotes contenues dans ces volumes sont vraies, ou, du moins, l'auteur les croit telles. »
Guide exact et consciencieux, plus savant et même quelquefois un peu plus pédant qu'il ne croyait l'être, Stendhal a tout vu de Rome et presque tout compris. Il a tout noté et, pour être sûr de ne rien oublier, il avait divisé son carnet de voyage en six rubriques :
I" Ruines de l'antiquité {Colisée, Forum, Thermes, Panthéon) .
2' Chefs-d'œuvre de la peinture (fresques de Raphaël, Michel-Ange, Carrache, Dominiquin,etc.).
3" Chefs-d'œuvre de l'architecture moderne (Saint- Pierre, le palais Farnèse).
4" Statues antiques (Laocoon, Apollon).
5" Chefs-d'œuvre de la sculpture moderne (Michel- Ange et Canova).
6° Gouvernement et mœurs.
Grâce à cette précaution, Stendhal n'a rien oublié d'essentiel, et les quelques lacunes importantes qu'on pourrait reprocher aux Promenades dans Rome sont comblées par \ Histoire de la peinture en Italie dont le second livre esquisse l'histoire de la peinture de Giotto à Léonard, et dont le livre sep-
tième est consacré à la vie et à l'œuvre de Michel- Ange.
Si l'on compare, maintenant, les impressions de Stendhal dans Rome, Naples et Florence avec celles qu'il consigne dans ses Promeriades dans Rome, on constatera bien vite que, dans les douze ans qui séparent ces deux livres, le jugement de l'écrivain s'est singulièrement transformé et sur la campagne et sur la ville.
Voici ce qu'il dit maintenant de la campagne : « Le 3 août (1827) nous traversâmes ces campagnes désertes et cette solitude immense qui s'étend autour de Rome à plusieurs lieues de distance. L'aspect du pays est magnifique; ce n'est point une plaine plate; la végétation y est vigoureuse. La plupart des points de vue sont dominés par quelque reste d'aqueduc ou quelque tombeau en ruines qui impriment à cette campagne de Rome un caractère de grandeur dont rien n'approche. Les beautés de l'art redoublent l'effet des beautés de la nature et préviennent la satiété, qui est le grand défaut du plaisir de voir des paysages. Souvent en Suisse, un instant après l'admiration la plus vive, il se trouve qu'on s'ennuie. Ici Tâme est préoccupée de ce grand peuple qui maintenant n'est plus. Tantôt on est comme effrayé de sa puissance, on le voit qui ravage la terre ; tantôt on a pitié de ses misères et de sa longue décadence. Pendant cette longue rêverie, les chevaux ont fait un quart de lieue; on a tourné un des plis du terrrain; l'aspect du pays a*
ji'lli
changé, et l'âme revient à admirer les plus sublimes paysages que présente l'Italie. Salve magna parens
rerum! »
Le ton a singulièrement changé depuis les irrespectueuses boutades du Stendhal de 1817 contre la Campagne romaine.
Il n'en est pas autrement pour la ville à laquelle Stendhal déniait autrefois toute beauté. Aujourd'hui qu'il revient pour la sixième fois à Rome et qu'il a pris logement, au Pincio, dans la maison habitée jadis par Salvator Rosa, à l'entrée de la via Gregoriana, c'est en ces termes enthousiastes qu'il décrit la vue de Rome au coucher du soleil et qu'il en exalte la beauté :
a De la table où j'écris, je vois les trois quarts de Rome, et, en face de moi, de l'autre côté de la ville, s'élève majestueusement la coupole de Saint-Pierre et, une demi-heure après, ce dôme admirable se dessine sur cette teinte si pure d'un crépuscule orangé surmonté au haut du ciel de quelque étoile qui commence à paraître.
« Rien sur la terre ne peut être comparé à cela. L'âme est attendrie et élevée, une félicité tranquille la pénètre. Mais il me semble que, pour être à la hauteur de ces sensations, il faut aimer et connaître Rome depuis longtemps. Un jeune homme qui n'a jamais rencontré le malheur ne les comprendrait
pas. »
' Rome, qui a donné à Stendhal le bienfait de son calme et de sa durée, l'a aussi guéri, pour autant qu'il était curable de cette maladie, de l'abus du paradoxe. Plus que tout autre, maintenant, il sent et il exprime la force d'envoûtement qui est dans
Rome, qui s'empare de l'âme tout entière et la plonge dans une rêverie grave et mélancolique.
Ce sont surtout les ruines antiques qui produisent cette impression-là sur Stendhal, et c'est après une longue visite au Colisée qu'il écrit :
« Cette rêverie, que je vante au lecteur, et qui peut-être lui semblera ridicule, c'estje^ombre plaisir d'un cœur mélajiçoHqueu.A vrai dire, voilà le seul grand plaisir que l'on trouve à Rome. Il est impossible, pour la première jeunesse, si folle d'espérances... Cette rêverie de Rome, qui nous semble si douce, et nous fait oublier tous les intérêts de la vie active, nous la trouvons également au Colisée ou à Saint- Pierre, suivant que nos âmes sont disposées. Pour moi, quand j'y suis plongé, il est des jours où l'on m'annoncerait que je suis roi de la terre, que je ne daignerais pas me lever pour aller jouir du trône; je renverrais à un autre moment. »
Cette sensation de la beauté grave de Rome et de la rêverie mélancolique qui nous y fait oublier tous les intérêts de la vie active, revient constamment dans les Promenades de Stendhal.
Mais jamais il n'en a donné une notation plus aiguë, plus moderne, que dans ce passage qu'il faut encore citer et qui lui fut inspiré par la vue du prieuré de Malte sur la voie Appienne et la campagne ;
« Rome comprend dans ses murs dix ou onze collines qui serrent le Tibre de fort près et en font un fleuve rapide et profondément encaissé. Ces collines semblent dessinées par le génie de Poussin, pour donner à l'œil un plaisir grave et en quelque sorte funèbre. Suivant moi, Rome est plus belle par un jour de tempête. Le beau soleil tranquille d'une
Mil
journée de printemps ne lui convient pas... Sans doute il n'y a pas ici comme à Naples une mer délicieuse, la volupté manque; mais Rome est la ville des tombeaux; le bonheur qu'on peut s'y figurer, c'est le bonheur sombre des passions et non l'aimable volupté du rivage de Pausilippe. »
Ailleurs encore, comparant Rome aux autres villes d'Italie dont il marque le caractère dominant — à Milan, la bonhomie; à Naples, la sensation; à Florence, la logique et l'esprit, — Stendhal ajoute cette brève et juste formule : « Les grandes et profondes. passions habitent Rome. » Mais rien dans les Promenades n'est plus neuf, plus hardi et plus juste que cette idée, que cette vision de Stendhal : Rome est plus belle par un jour de tempête.
Cette formule-là, ni Gœthe l'olympien, ni Chateaubriand le chercheur d'images, n'avaient su la trouver. Pour la sentir, comme pour sentir Rome, il faut avoir de l'âme. Stendhal ne s'est pas contenté de dire cela; il l'a prouvé par son exemple. Il a vraiment vu Rome, comme il recommanda aux autres de la voir, avec cette sensibilité passionnée, faute de laquelle on est indigne de voir l'Italie .Jl leur conseille aussi de varier le plus possible les spectacles qu'ils se donnent dans Rome — de voir une villa après un musée, un jardin après une église — pour ne pas arriver à la satiété du beau, « au dégoût de l'admiration » qui est « le seul sentiment que le voyageur ait à redouter à Rome. »
De ce dégoût de l'admiration, de ce malaise passager que les sots sont seuls à ne pas éprouver parfois dans Rome, Stendhal a analysé avec finesse les causes vraies et les ordinaires symptômes :
« Plus une sensation est inaccoutumée, plus vite on s'en fatigue. C'est ce qu'on lit dans les yeux ennuyés de la plupart des étrangers qui courent les rues de Rome un mois après leur arrivée. Dans la ville qu'ils habitent, ils voyaient un objet d'art huit ou dix fois par an; à Rome, il leur faut voir chaque jour huit ou dix choses qui ne sont nullement plaisantes — elles ne sont que belles.
« Les étrangers ont bientôt par- dessus les yeux des tableaux, des statues et des grands ouvrages de l'architecture. Si pour comble de malheur... il n'y a pas de spectacle, les voyageurs prennent Rome en guignon. . . Dès les premiers symptômes de la maladie que je viens d'indiquer, on ne doit pas marchander le remède — il faut fuir et aller huit jours à Naples. »
A ceux qui ne veulent pas user de ce remède héroïque, Stendhal en propose un autre, ou plutôt il leur indique un moyen préventif pour écarter le mal. Le voici :
« La société, et une société agitée de petits intérêts et de petits bavardages, est fort nécessaire pour prévenir ce dégoût d'admirer. »
Ce remède de la société romaine, de ses petits intérêts et de ses petits bavardages, Stendhal en a usé et même un peu abusé lui-même. De là, dans ses Promenades, la place exagérée qu'occupent les échos mondains, les papotages de salon, les cancans et les médisances qui ne sont peut-être pas la partie, la moins curieuse et la moins piquante du livre; c'est celle aussi que les successeurs de Stendhal ont le plus abondamment utilisée en le pillant.
Aussi bien Stendhal, nous l'avons dit, a tout vu à Rome. Ce qu'il y a admiré avec enthousiasme,
c^est, avant tout, les ruines antiques, les fresques de Raphaël et l'intérieur de Saint- Pierre.
Rien n'a plus frappé Stendhal que l'énorme Colisée, où il trouvait l'image, la trace et la preuve, tangible de la grandeur de Rome. On sent qu'il voudrait se laisser aller ici à son enthousiasme, mais que la peur du ridicule, la crainte de paraître exagéré, « la pudeur de la vraie passioii„» le retient et le paralyse. C'est là un trait tout moderne et qui le distingue bien nettement des admirateurs naïfs ou phraseurs qui l'ont précédé :
« Je le sens, de telles sensations peuvent s^indiquer, mais ne se communiquent point. L'homme le plus fait pour les arts, J .-J . Rousseau par exemple, lisant à Paris la description la plus sincère du Colisée, ne pourrait s'empêcher de trouver l'auteur ridicule à cause de son exagération; et pourtant celui-ci n'aurait été occupé qu'à se rapetisser et à avoir peur de son lecteur.
« Je ne parle pas du vulgaire, né pour admirer le pathos de Corinne, les gens un peu délicats ont ce malheur bien grand, au dix-neuvième siècle : quand ils aperçoivent de l'exagération, leur âme n*est plus disposée qu'à inventer de l'ironie. »
A côté du Colisée, Stendhal a très bien décrit ce qui restait du Forum, et il déplorait amèrement que Léon XII eût refusé les offres de M. Demidofï qui proposait de déblayer le Forum, entre le Capitole et l'arc de Titus, si l'on avait mis 500 galériens à sa disposition qu'il eût payés 5 sous par jour, dépensant au total environ 200,000 francs.
Il a très bien senti et exprimé cette « émotion de curiosité » que rien ne peut arrêter et qui porte le
voyageur à parcourir en entier le Forum. Et il a goûté le plaisir que trouve tout être un peu imaginatif à parcourir les ruines, « à faire abstraction de ce qui est et à se figurer tout un édifice tel qu'on le voyait jadis quand il était fréquenté par les hommes portant la toge. C'est à l'aide d'un petit nombre de colonnes subsistant encore dans une ruine que l'on se figure ce qu'était le monument antique. Chaque petite circonstance de ce qui reste fait une révélation. D
A propos de l'arc de Septime-Sévère, il fait cette réflexion aussi pénétrante que fine :
a On sent bien, à l'aspect de ce monument, la profonde raison qui dirigeait l'esprit des anciens; on peut dire que chez eux le beau était la saillie de l'utile. »
Stendhal d'ailleurs visite les ruines en penseur et en artiste et il goûte modérément les interminables et fougueuses controverses des archéologues et des savants :
« Les phrases de ces pauvres gens sont bien ridicules : aussi ne faut-il point les lire; toute discussion, même bien conduite, diminue le plaisir du voyageur, et ôte quelque chose à la beauté des ruines admirables de l'antiquité. »
A côté de l'antiquité, ce que Stendhal a le plus longuement étudié et décrit, c'est Saint- Pierre de Rome. Il en a raconté l'histoire et décrit, de façon complète et minutieuse, l'aspect intérieur et extérieur. 11 s'est laissé prendre, pour le monde infiniment varié qu'est l'intérieur de Saint- Pierre, de cette passion qui devient instinctive et impérieuse comme une habitude, et que connaissent bien tous ceux qui ont fait à Rome un séjour prolongé.
L'artiste l'emporte ici sur l'athée anticlérical, et il s'écrie :
« On ne peut qu'adorer la religion qui produit de telles choses ! Rien au monde ne peut être comparé à l'intérieur de Saint-Pierre. Après un an de séjour à Rome, j'y allais encore passer des heures entières avec plaisir. Presque tous les voyageurs éprouvent cette sensation. On s'ennuie quelquefois à Rome le second mois du séjour, mais jamais le sixième; et, si l'on y reste le douzième, on est saisi de l'idée de s'y fixer. »
Cette admiration, cet amour de Saint-Pierre ne prive pourtant pas Stendhal de tout son sens critique. Il juge sévèrement les énormes et fades statues du Bernin et de son école :
« Saint- Pierre est si beau qu'on oublie leur laideur. Le rococo mis à la mode par le Bernin est surtout exécrable dans le genre colossal. C'est Dorât chargé de faire l'oraison de Napoléon. »
La statue de saint Pierre, dont les fidèles baisent dévotement l'orteil de bronze, presque détruit par leurs baisers, provoque encore cette boutade bien stendhalienne :
« Cette statue roide fut un Jupiter; c'est maintenant un Saint- Pierre. Elle a gagné en moralité personnelle, mais ses sectateurs ne valent pas ceux de Jupiter. L'antiquité n'eut ni inquisition, ni Saint- Barthélémy, ni tristesse puritaine. Elle n'eut point de fanatisme, cette passion mère des cruautés les plus inouïes. Le fanatisme a été créé par ce passage : Multi sunt vocati, pauci vero electi; hors de l'Église, point de salut. »
Penser à la « tristesse puritaine » parmi la joie et
la splendeur des marbres de Saint-Pierre, dans la gaieté si frappante de tout ce monde du Vatican, tout Stendhal est dans un de ces rapprochements -là. Il est bien lui-même aussi dans l'âpre pessimisme de cette réflexion qu'il fait en quittant l'église :
« Une réflexion triste domine toutes les autres. Le gouvernement des deux Chambres va parcourir le monde et porter le dernier coup aux beaux-arts. Les souverains, au lieu de songera faire une belle église, penseront à placer des fonds en Amérique pour être de riches particuliers en cas de chute. Les deux Chambres une fois impatronisées dans un pays, je vois deux choses :
« i"* Elles ne donneront jamais 20 millions pendant cinquante ans de suite pour faire un monument comme Saint- Pierre ;
« 2° Elles amèneront dans les salons une foule de gens fort estimables, fort honorables, fort riches, mais privés par leur éducation de ce tact fin nécessaire pour les beaux-arts. Je souhaite à ceux-ci de pouvoir se tirer de ces trois malheurs. »
Ht *
Après l'antiquité et Saint-Pierre, c'est la peinture que Stendhal a surtout étudiée à Rome. Par là encore il est bien moderne — ou contemporain — car la peinture ne tient qu'une place nulle, restreinte, ou très discrète, dans les impressions des écrivains des siècles précédents.
Sans doute, Stendhal n'est pas extrêmement artiste lui-même, et il a sur la peinture des jugements qui nous déconcertent. Ainsi, à la galerie Doria, Tùi-
comparable portrait d'Innocent X par Vélasquez lui « paraît singulier parmi tant de belles œuvres ». Il éprouve une admiration sans borne pour les Sibylles de Raphaël à Santa Maria délia Pace. Il se pâme devant son inconsistant Prophète haïe de Saint- Augustin « au troisième pilier à gauche dans la grande nef » :
« C'est ce que ce grand homme a fait de plus semblable à Michel-Ange, et à mon gré il surpasse Michel- Ange. Comparé à ses autres ouvrages, le Prophète haïe est comme VAthalie de ce Racine comparée à Phèdre ou à Iphigénie; Raphaël n'a rien fait de plus grandiose que cette figure isolée. »
C*est^[ue^si Stendhal a de l'intérêt^ de Ja -Curio-
sité et beaucoup d'étude en la matière, il reste ici un
^ ^ ^ homme du dix-huitième siècle au moins par le goût "^ 4 Ses dieux, en peinture, restent, comme ils l'étaien
étaient 1*1^ pour de Brosses, Corrègeet surtout Raphaël. Quand
^V^t ^ il contemple, au Vatican, les loges ou les stanze de y è*-*^ * Raphaël, Stendhal se trouve en paradis. Il a donné, - ^ ^ des fresques de Raphaël qui ornent les quatre salles ^^ y ou stanze du Vatican, une description complète et ^ j détaillée qui est un modèle de précision, de fidélité J et de sobriété. Elle est trop longue pour que je la cite, et si condensée qu'on n'en peut guère détacher un fragment. Il faut la lire en entier et la comparer aux œuvres. On y trouvera à peine une ou deux petites lacunes, et pas une erreur. Quelques-unes des réflexions qu'il émet au passage donneront du moins une idée de la manière dont il sait juger Raphaël. Voulant expliquer, par exemple, la supériorité du Miracle de Bolsena sur V Héliodore chassé du temple, Stendhal dira ceci :
« Cet ouvrage, tout de sa main, est regardé comme l'un des plus vigoureux. Le talent du peintre d'Urbin est plus vigoureux, parce qu'il y a une grâce plus divine, parce que rien n'est forcé, parce qu'il est plus lui-même. Quand Raphaël est décla^ mateur, il l'est comme Fénelon dans certains morceaux du Télémaque. »
A propos de la Dispute du Saint-Sacrement, il loue encore le peintre d'avoir été lui-même, de n'avoir pas cherché à conquérir les suffrages du vulgaire et d'avoir encouru le reproche de sécheresse, que lui font les nigauds, pour avoir préféré un soin extrême à ces à peu près rapides et vagues dont se contente volontiers la peinture moderne. Et Stendhal ajoute cette vérité, qui reste aussi vraie au début du vingtième siècle qu'elle l'était au début du dix-neuvième :
« Un des grands traits du dix-neuvième siècle, aux yeux de la postérité, sera l'absence totale de la hardiesse nécessaire pour n'être pas comme tout le monde. Il faut convenir que cette idée est la grande machine de la civilisation. Elle porte tous les hommes d'un siècle à peu près au même niveau et supprime les hommes extraordinaires, parmi lesquels quelquesuns obtiennent le nom d'hommes de génie.
« L'effet de l'idée yiivelante du dix-neuvième siècle va plus loin ; elle défend ^oser et de travailler à ce petit nombre d'hommes extraordinaires qu'elle ne peut empêcher de naître. Toute leur vie, on les voit sur le rivage se préparant a oser se lancer dans Feaûr Cloués sur la rive, ils jugent de là les nageurs qui souvent valent moins qu'eux. »
Au sujet des admirables figures allégoriques qui
ornent la voûte de la Chambre de la Signature, et qui figurent la Théologie, la Philosophie, la Jurisprudence et la Poésie, — Stendhal écrit ces lignes qui sont comme le résumé et la conclusion de son jugement enthousiaste sur Raphaël :
« Le Titien, Paul Véronèse et tous les peintres de l'école de Venise, Fra Bartolomeo, André del Sarto, et tous les peintres de l'école de Florence, n'avaient pas assez d'âme pour n'être pas insignifiants en peignant de tels sujets. La Jurisprudence, la Théologie y etc., n'eussent été tout au plus sous leurs pinceaux que de belles filles plus ou moins fières et bien portantes. Raphaël et le Corrège étaient seuls capables de s'élever à ce degré de sublimité. Mais j'avouerai que ces figures sévères n'ont rien du mérite qui distingue un vaudeville. Si on ne les comprend pas, il faut baisser les yeux et repasser deux ans plus tard. »
Comment Stendhal qui a compris qu'il fallait « avoir de l'âme » pour goûter Rome, Stendhal qui a célébré ce qu'il peut y avoir ou rester à! âme dans les fresques de Raphaël, n'a-t-il pas mieux compris et senti la sincérité, le naturel, la loyauté artistique des peintres préraphaélites du Quattrocento? De fait il ne parle pas de leurs œuvres, si nombreuses à Rome, dans ses Promenades, et ne les mentionne guère que pour les rabaisser dans ce passage typique :
« Les premiers siècles de la peinture ne se sont pas doutés du beau idéal. Voyez les peintures de Ghirlandajo, faites vers l'an 1480, en Toscane. Les têtes sont d'une vivacité qui surprend, d'une vérité qui enchante. On appelait beau ce qui était fidèlement copié, le beau idéal eût passé pour incorrec-
tion. Ce siècle voulait-il honorer un peintre, il l'appelait le singe de la nature. Les peintres n'aspiraient qu'à être des miroirs fidèles, rarement choisissaient-ils. L'idée de choisir ne parut que vers 1490. »
La clairvoyance ordinaire de Stendhal lui fausse ici compagnie et nous ne saurions en aucune mesure souscrire à un jugement aussi peu équitable. Stendhal s'était en effet engoué et imbu, pour s'y égarer et s'y enfoncer toujours davantage, de la malencontreuse théorie du « beau idéal », qu'il expose tout au long dans son Histoire de la Peinture, et sur l'autorité douteuse de laquelle il appuie constamment ses jugements au cours de ses Promenades . C'est en vertu de cette théorie abstraite, grise comme toutes les théories, qu'il a méconnu l'art si humain, si sincère et si vrai des peintres quattrocentistes et qu'il n'a pas su lui rendre la justice qu'il mérite. C'est à peine s'il fait une exception en faveur de Masaccio dont il avait pu contempler, à Rome même, l'œuvre importante conservée parmi les fresques de sept siècles différents, dans ce curieux San Clémente où se superposent un temple romain, une basilique primitive et une église moderne. Voici ce que Stendhal dit des fresques de Masaccio : « Masaccio, qui fut un homme de génie de l'école de Florence et mourut en 1443, avant que la peinture eût acquis la perfection matérielle, a peint à fresque, dans la chapelle à gauche en entrant quelques traits du crucifiement de Jésus et du martyre de sainte Catherine. La sottise a retouché ces fresques, où l'on ne trouve plus que quelques vestiges digne du grand nom de Masaccio (les chefs-
d'œuvre de cet homme illustre sont à l'église del Carminé, à Florence). Le mérite de ce peintre n'est visible qu'après deux ans de séjour en Italie. Masaccio mourut à Florence, à quarante-deux ans, probablement empoisonné (1443). (^'^^i ^^^^ des plus grandes pertes que les arts aient ja?nais faites.
S'il fût né cent ans plus tard, au sein d'une école qui avait déjà de grands modèles, Masaccio eût été un rival pour Raphaël; c'était le même génie. »
Il y aurait beaucoup à dire, et surtout à redire, sur ce jugement de Stendhal. S'il est très juste d'égaler son génie, et même de le préférer à celui de Raphaël lui-même, il faut en revanche estimer Masaccio fort heureux de n'être pas né cent ans plus tard et « au sein d'une école qui avait de grands modèles » . La force et la spontanéité de son génie n'avaient rien à y gagner, et il risquait de s'y amoindrir et de s'y compromettre, comme le fit Dominiquin, dans la lutte épuisante de l'individualité sincère contre l'académisme déprimant. Masaccio ne mourut pas en 1443, comme le dit Stendhal, mais hélas! en 1428 déjà, à ving^-sept ans, et cette mort prématurée explique le nombre très restreint des chefs-d'œuvre qui peuvent lui être attribués en toute certitude. Ses peintures, dans la chapelle de la Passion, à San Clémente, ont été repeintes assez lourdement, mais il en reste pourtant plus que des vestiges. La Vierge dans V Annonciation est presque intacte et, malgré des retouches évidentes, l'archange Gabriel garde la marque indéniable de Masaccio. Les groupes de cavaliers, des disciples, des gens du peuple qui dans la Crucifixion se meuvent avec tant de vie et de naturel au pied
de la croix ont gardé, même dans leur état actad, cette fraîcheur spontanée de l'inspiration et ce bel équilibre harmonieux des forces, oii je vois la caractéristique du génie de Masaccio. Enfin maints détails importants de la Vie de sainte Catherine peuvent donner à ceux mêmes qui ignoreraient le reste de l'œuvre une idée incomplète, mais encore assez forte, de cet art si parfaitement sain, si dépourvu de toute fraude et de toute défaillance Et cet art est si simple, si naturellement et si largement humain, qu'il n'est pas nécessaire de deux ans d'Italie, mais d'un simple regard, pour sentir le mérite d'un tel peintre et sa rare puissance d'impression et d'expression.
Si Stendhal loue congrûment, avec moins d'exactitude et de vraie intelligence qu'on ne voudrait, l'œuvre de Masaccio à Rome, il ignore, passe sous silence et méprise l'œuvre considérable accomplie dans la Ville éternelle par les maîtres quattrocentistes sous les pontificats de Nicolas Y (1447*1 455) et de Sixte IV (i 471 -1484).
Il ne parle pas, ou il parle mal, de cette belle phalange des peintres de Toscane et d*Ombrie que les papes attirèrent et employèrent à décorer, outre les parois de la chapelle Sixtine, de la chapelle de Nicolas V et des Chambres, au Vatican, un si grand nombre de chapelles dans les églises de Santa Maria sopra Minerva, de Santa Maria del Popolo et des SS. Apostoli. C'est alors qu'on vit accourir et travailler à Rome, après Fm Àngelico de Fiesole, Botticelli, Filippino Lippi, Ghirlandajo, Cosimo Rôssëlli et Luca Signorelli d'abord, et, plus tard, Pérugin, Pinturicchio, Melozzo da Forii, noms
fameux de l'école italienne, qui ont laissé dans Rome la trace glorieuse de leur passage et de leur art. Le zèle impétueux de Jules II détruisant, pour faire place à Raphaël, les fresques peintes par ces maîtres aux murs des Stanze, a pu supprimer une partie de leur témoignage. Mais c'est une grande et pure joie que donne encore à tout cœur quattrocentiste la double série des fresques peintes par ces Ombriens et ces Toscans sur les parois latérales de la chapelle Sixtine. Stjendhal ne les mentionne pas dans ses Promenades, mais le peu qu'il en dit dans son Histoire de la Peinture est si faux, si à côté de ce que nous sentons, que nous regrettons peu ce silence. C'est ainsi que Stendhal prétend que deux fresques de Botticelli à la Sixtine (Moïse chassant les bergers madianites et la Tentation de Jésus- Christ) sont « fort supérieures à ce qu'il a fait ailleurs ». Et il ajoute : « Tel fut l'effet du grand nom de Rome sur lui et sur ses compagnons. » Or c'est là précisément le contraire de ce qui apparaît à nos yeux, quand nous contemplons ce qui reste à Rome de l'œuvre de ces maîtres. Notre joie à les retrouver à la Sixtine est mélangée de quelques regrets, car il nous semble bien que les maîtres toscans et ombriens du Quattrocento n'aient pas gardé ici toute leur grâce native, toute leur spontanéité, toute leur joyeuse liberté de sentiment, d'émotion et d'exécution. On dirait que le grand nom de Rome les a un peu effrayés. Il les a en tout cas un peu guindés, tendus, roidis. On dirait qu'ils se sont efforcés au grand et au monumental et que, voulant faire mieux et plus puissant, ils ont fait moins simple et moins beau. Ces artisans candides, modestes.
illettrés, étaient et se sentaient dépaysés dans fai Rome somptueuse des Papes. En voulant se hausser à l'unisson de tant de grandeur et de majesté, d'opulence et d'éclat, il semble qu*ils aient perdu quelque chose de leur vraie nature.
La même impression s'impose, avec plus de force et plus de netteté encore, quand on admire au Vatican, dans la chapelle de Nicolas V, la double série des fresques dont l'a décorée Fra Angelico de Fiesole. Certes, dans ces peintures, qui retracent des épisodes parallèles et très analc^ues, de la vie de saint Laurent et de la vie de saint Etienne, on retrouve beaucoup des qualités charmantes du candide peintre dominicain de San Marco. Mais il a ici beaucoup moins de ce qui fait à Florence son charme unique d'ingénuité, de ferveur candide, de £rakhe naïveté, de communion sainte avec les religieux ses frères et les anges ses modèles. La splendeur écra» santé du cadre nuit à l'intimité discrète du tableau» et nous sommes loin de penser, comme Stendhal, que les fresques de T Angelico au \'atican soient « fort supérieures à ce qu'il a fait ailleurs. •
Au surplus, on ne comprend bien que ce qu*oii aime, et le perspicace Stendhal n'aimait pas Fart des peintres antérieurs à son dieu Raphaël. Cette absence de sympathie explique assez rincertitude, ou la défaillance, de son jugement si sûr et si dairà l'ordinaire.
Hâtons-nous donc de revenir à ce qui fait le charme et le mérite durable des Promemmées de
Stendhal, aux trouvailles, aux saillies et aux éclairs de son esprit.
En voici quelques exemples, glanés au hasard de la « promenade » et qui achèveront de le faire connaître comme promeneur et comme cicérone. Les dées, les boutades, les paradoxes, les observations justes et fines abondent ici, et l'on n'a que l'embarras du choix. Ecoutez, sur l'ostentation des Papes, ce trait, que chacun a pu observer à Rome, mais dont Stendhal le premier a su marquer l'avantage pratique :
« Un Pape fait placer ses armes sur le plus petit mur qu'il relève et jusque sur les bancs de bois peint dont il garnit les antichambres du Vatican ou du Quirinal. Cette vanité, bien pardonnable, maintient le culte des beaux-arts. C'est ainsi qu'au Jardin du Roi, on inscrit le nom de l'amateur qui envoie un ours. »
Sur le peuple romain des basses classes, comme sur la noblesse et le clergé, Stendhal a des réflexions non seulement justes, mais profondes, comme celleci :
— « Le peuple de Rome est fin, moqueur, satirique au suprême degré. Il n'est pas triste. Il faut un commencement d'espoir pour être triste. »
Le peuple romain d'aujourd'hui n'a pas matière d'être triste ; — il est resté du moins moqueur et satirique.
Sur la manie qu'avaient les empereurs romains de bâtir, il dira :
— « Le plaisir de bâtir est, avec celui de la chasse, le seul qui soit laissé à l'homme qui peut tout. »
Sur la place de Monte-Cavallo, en face du Quirinal,
place si drôlement asymétrique et que les démistes de l'architecture condamneraient sans pitié :
— « Elle nous semble une des plus belles de Rome et du monde. Elle est fort irrêgulière; c'est là le reproche que lui font les nigauds à goôt appris. »
Aux thermes de Caracalla, il obser\*e très justement, et le premier, que « les thermes cliez les anciens tenaient à peu près la place de nos cafés et de nos cercles. »
La colonne Trajane, qu'on peut admirer |dus modérément que lui, suggère à Stendhal ces réflexions très justes :
« Les bas-reliefs de la colonne Trajane me paraissent offrir un modèle parfait du styU historique : rien n'y est recherché, rien n'y est négligé. C'est le portrait le plus parfait que les Romains nous aient laissé d'eux-mêmes. »
Sur l'influence du climat sur les beaux-arts, Stendhal écrit cette page pénétrante et fine, qui rappelle Montesquieu et qui présage Taine :
a La patrie de Voltaire, de Molière et de Courier est depuis longtemps la ville de Vesprit; mais le pays entre la Loire, la Meuse et la mer ne peut sentir les beaux-arts. Pourquoi? Il aime le joK et hait l'énergie. D'où vient cette haine? Peut-être de ce que les nerfs sont montés deux ou trois fois par jour par un climat trop inconstant. Qui peut aimer le Corrège à Paris lorsqu'il fait un vent du nord-est? Ces jours- là, il faut lire Bentham et Ricardo. »
Enfin, car il se trouve vraiment de tout dans ces peu banales Promenades, on pourrait en tirer
quelques leçons, quelques conseils de morale pratique très utiles à ceux qui voyagent, et même à ceux qui restent chez eux. C'est ainsi que Stendhal recommande à son voyageur de ne rien croire sur parole, de tout vérifier de ses yeux, de se méfier de tout ce qu'il lit (à commencer par son itinéraire) :
« Croire sur parole est souvent fort commode en politique, ou en morale, mais, dans les arts, c'est le grand chemin de l'ennui. »
Stendhal engage ensuite ses lecteurs à donner leur temps non aux luttes éphémères de la politique, mais à l'étude et au culte de ce qui demeure, c'est-àdire de la beauté :
« Quelque accès de colère que nous nous donnions, le gouvernement sera à peu près dans vingt ans ce qu'il est aujourd'hui... Or, à cette époque, le monde sera bien près de finir pour beaucoup d'entre nous. Il n'est donc pas sage de remettre les jouissances que peuvent nous donner les beaux-arts et la contemplation de la nature au temps qui suivra l'établissement d'un gouvernement parfait. Il y aura toujours de ce côté des sujets de colère et c'est, selon moi, une triste occupation que la colère impuissante. J'engage le très petit nombre de personnes qui ont à se reprocher beaucoup d'actions ridicules, inspirées par les passions tendres, à se livrer à l'étude des beaux-arts. »
Mais, pour jouir de cette étude et de cette contemplation de l'art, il faut arriver à le sentir par soi-même, à le sentir sincèrement et à le comprendre non seulement par l'intelligence, mais par la rêverie. En un mot, il faut avoir de l'âme.
« Pour comprendre les discussions de ce genre, il
faut avoir de rame. Au lieu de prendre pour vrai ce qu'on a lu dans les auteurs accrédités, il faut interroger ses propres souvenirs, il faut être de bonne foi avec soi-même. Tout cela n'est pas chose facile- Les convenances de tous les instants que nous impose la civilisation du dix-neuvième siède enchaînent, fatiguent la vie et rendent la rêverie fort rare. Quand nous rêvons à quelque chose, en France, c'est à quelque malheur d'amour-propre, »
Cette antithèse perpétuelle entre la France et l'Italie, entre le vaudeville et l'âme, « entre le joU italien qui est exquis et le joli français qui n'est que rococo », est le grand dada de Stendhal. lUenfourche à tout propos et même hors de propos. Il y a peutêtre une part de vérité et d'observation juste dans cette idée fixe qui l'obsède, mais il y entre aussi beaucoup d'outrance et de paradoxe. Est-il juste de dénier le sentiment de l'art et le don d*exprimer la beauté à la France, c'est-à-dire au pays qui vient de donner au monde, dans le seul dix-huitième siède« Lancret, Watteau, Chardin, Fragonard et Latour? Et si Stendhal dénie à ces maîtres exquis du dixhuitième siècle français son trop fameux beûu ùtêmL leur contestera-t-il justement le beau tout court et la fraîcheur spontanée, le charme vivant, Témotion sincère d'un art au moins égal au joli italien qu'il admire, avec raison, dans la Navicella de Raphaël ou dans la Sainte Thérèse du Bemin?
Répétons-le, la vérité et le paradoxe, la clairvoyance et l'outrance, voulue ou inconsciente, se mêlent, à dose inégale, mais se mêlent constamment dans les jugements — souvent prime-sautiers et fort souvent sincères — de Stendhal. C'est là ce qui fait
Éf
le charme de son livre, et c'est là aussi ce qui rend difficile la tâche de celui qui voudrait donner une idée générale de ses impressions sur Rome. Je crains de n'y avoir guère réussi et je m'en excuse un peu par les soubresauts de la manière et de la nature même de Stendhal. Son jugement, tantôt purement impulsif, tantôt trop longuement médité et ruminé, a des bonds et des retours, des caprices et des œillères, des audaces et des timidités, qui déconcertent l'esprit et le tiennent souvent en suspens. Mais ce qu'il y a de charmant et de neuf dans les Promenades dans Rome, ce qui distingue ce livre de tous ceux que nous avons feuilletés ensemble jusqu'ici, c'est qu'il maintient sans cesse l'esprit en éveil, qu'il le provoque et l'excite à la discussion, et qu'en le heurtant et le choquant parfois vivement, il le contraint à réfléchir et à formuler une opinion personnelle.
C'est là le grand service que rendent à notre esprit — naturellement paresseux et enclin à s'accommoder en paix des vérités toutes faites, — les boutades des esprits classés, comme celui de Sthendhal, parmi les paradoxaux et les subversifs. Et puis il ne faut pas oublier que le temps a fait, ici comme ailleurs, son œuvre salutaire et dégagé de ces prétendus paradoxes la part de vérité qu'ils contenaient. Vinet l'a dit, avec autant de force que de concision : a Les paradoxes d'aujourd'hui sont les lieux communs de demain. » Cela est vrai pour tout le monde, mais cela est vrai surtout pour Stendhal. Une foule d'idées qui parurent hardies et même téméraires, quand il les émit le premier, sont devenues aujourd'hui non seulement des vérités, mais
des lieux communs. La justice intellectuelle cx^ que nous ne nous laissions pas irriter, à l'excès, par ce qu'il y a d'agaçant et de taquin dans la mmnière de Stendhal, et que nous lui sachions gré de tout ce qu'il nous a révélé de neuf, d'intelligent et è^ senti, sur Rome et sur l'art italien.
Notre conclusion sur Stendhal est à peu prèscdle qu'indiquait déjà, en 1835, dans ses Portraits de Rome à différents âges, l'aimable et érudit J .-J . Ampère quand il écrivait ;
« Le goût du paradoxe et quelques r^rettables réminiscences du dernier siècle ne doivent pas empêcher de rendre justice au piquant écrivain qui, sous le nom de Stendhal, a publié les Prowunmies dans Rome; Rome, Naples et Florence; VHisi9ir€de la peinture en Italie. Sincère, malgré quelque affectation, il était généreux et obligeant, en déjât de ses théories d'égoïsme. Si M. Beyle eût voulu phis souvent être lui-même, il aurait eu encore plus d'admirateurs et surtout plus d'amis : il en méritait (1). •
J.-J. Ampère avait eu la bonne fortune d'avoir lui-même Stendhal pour cicérone dans Rome, puis= qu'il dit en parlant de ses « amusantes » Prome^ nades ; « M . Beyle, avec qui c'est un si grand charme de s'y promener réellement, et qui serait plus à sa place dans un salon de Paris, causeur spiritud, qu'enterré dans son triste consulat de Civita Vccchia. »
(i) La Grèce, Rome et Dante.
il!
Plus encore que Stendhal, J.-J. Ampère (i8oo- 1864) était lui-même un amoureux de Rome, un de ces Romains d'adoption dont L. Veuillot esquissa en traits si sûrs et si fins la psychologie.
Le premier séjour qu'il fit à Rome, en 1823, accompagnant Mme Récamier, lui laissa dans l'esprit une impression ineffaçable et, dans le cœur, un amour profond. Ampère, qui s'appelait lui-même « le Critique en voyage », fut, selon le mot de Sainte-Beuve, « un libre promeneur «dans le monde de l'esprit, comme siu- les terres de beauté, et il perçut, des pays très divers qu'il parcourut ainsi, un sentiment juste et pénétrant. Ampère fit vraiment de la Ville éternelle sa patrie d'élection, le calme port d'attache de son âme mobile et inquiète. « A force de la fréquenter », a dit Sainte-Beuve, « et de la posséder dans ses antiquités, dans ses ruines, il s'y sentait comme chez lui et y habitait en idée à tous les âges ; son imagination le transportait à volonté à une époque historique quelconque, ou par delà, jusque dans les époques légendaires. »
Certes sa volumineuse Histoire romaine à Rome, tout imprégnée et animée d'une antipathie instinctive et raisonnée contre le césarisme, n'a pas, aux yeux des historiens professionnels, une valeur scientifique sérieuse. Mais que de pages charmantes, fines et sûres dans ces Portraits de Rome à différents âges que nous avons cités à diverses reprises dès le début de ces causeries! Et quelles impressions personnelles, fortes et délicates, Ampère nous a données de Rome, sous couleur d'indiquer et d'apprécier les opinions et les impressions des voyageurs écrivains qui s'y sont succédé, depuis le Gaulois Rutilius Nu-
matianus (425 après J.-C.) jusqu'à Casimir Delavigne et Auguste Barbier (Il Pianto).
C'est à ces pages charmantes que nous renvoyons le lecteur qui voudrait avoir une idée de ce qu*ont dit et pensé de Rome d'abord les écrivains du moyen âge jusqu'à Dante, ensuite les écrivains de la Renaissance ou de la Réforme tels que Pétrarque ou Luther, le Tasse et l'Arioste, enfin les écrivains modernes, de Milton à Byron et de Winkelmann à Tieck. Sans jamais trahir la pensée ou l'émotion des auteurs de tous les temps et de tous les pays qu'il analyse ainsi. Ampère les complète au passage ou les rectifie, d'une touche personnelle, sobre et juste, où se marquent toujours sa parfaite connaissance et son amour sérieux de Rome.
Nul mieux que lui n'a senti et rendu le charme spécial « de la vie indolente et occupée, calme et variée, paisible sans ennui et remplie sans fat^e qu'on mène à Rome, et qu'on ne mène que là. » Ce charme, ajoute Ampère, « devient d'autant plus profond et plus pénétrant qu'on le savoure plus longtemps. On peut ne pas se plaire à Rome ; mais qui s'y est plu quelque temps s'y plaira toujours davantage ; qui s'y est attaché une fois ne s'en détachera jamais » .
Ce fut là précisément le cas d'Ampère lui-même et l'on a raconté, à ce propos, cette anecdote très authentique. Il promenait dans Rome quelques jeunes gens français, qui venaient de lui être recommandés, et les interrogeait sur la durée que devait avoir leur séjour. Au premier, qui n'avait que huit jours à y passer, Ampère dit :
« Vous pouvez vous faire une idée de Rome ».
Le second disposait de plusieurs semaines et Ampère l'assura obligeamment qu'il verrait « peu de choses ». Mais au troisième, qui annonçait un séjour de six mois dans la Ville étemelle, Ampère riposta avec sa fougue de croyant : a Mais malheureux ! vous ne verrez rien du tout, vous avez beaucoup trop peu de temps pour rien voir ! »
Devenu Romain jusqu'au fond de son être, Ampère voulait garder sa ville intacte, lui laisser son charme ancien et son caractère propre de chose surannée et adorablement pittoresque. Il éprouve douloureusement dans son cœur, et il attaque de sa meilleure encre, toute atteinte et toute menace du « progrès » et de la « science » à la physionomie ancienne et chère de la cité : « Ce qui me plaît aujourd'hui dans la Rome actuelle, c'est ce qui ressemble à la Rome de Pétrarque et du Pogge; ce sont les quartiers déserts, les monuments abandonnés, les vignes couvrant les fûts des colonnes renversées, les buffles dans le Forum, et surtout les fragments antiques enfouis dans l'architecture moderne; l'architrave d'un temple servant de linteau à une porte d'église ; un tronçon de colonne faisant l'office de borne au coin d'une rue; des échoppes nichées sous les gradins du théâtre de Marcellus, ou de petites maisons perchées sur les tombeaux de la voie Appienne. Ces accidents et ces contrastes donnent à Rome un caractère à part qui la distingue entre toutes villes. Maintenant elle va le perdant chaque jour. On n'a que trop déblayé, fouillé, restaure. 9
Ampère maudit ici les corrections faites au Corso, les déblaiements du Forum de Trajan, les « pares-
seuses et inintelligentes fouilles » du Forum romain, bref tous ces travaux qui c enlèvent à Rome sa physionomie et aux ruines leur poésie >. Et il ajoute, avec une juste sévérité. « Quant aux restaurations, c'est bien pis! L'Anglais qui disait : • Le C<^iséc sera une belle chose quand on l'aura terminé », doit être satisfait! Il semble que ce soit pour lui qu'on ait travaillé; le Colisée est maintenant comme neuf; on l'a nettoyé, sarclé; il n'y manque qu'un peu de ce badigeon blanc dont on a sali l'intérieur du mausolée d'Auguste. Que dire de la « restitution m de l'arc de Titus? On sait que les Juifs évitent de passer sous cet arc, monument triomphal de la prise de Jérusalem; j'éprouvais presque la même répugnance. Aux malédictions qu'ils adressent à l'empereur qui Ta élevé, je mêlais ma malédiction contre Farchitecte qui l'a restauré. Profanation que tout cela! ne laissera t-on pas une fois les os de cette pauvre Rome en paix dans son tombeau? »
11 y a soixante-dix ans que J.-J. Ampère adressait aux architectes, aux antiquaires et restaurateurs cette éloquente objurgation. Tous ceux qui sont venus après lui l'ont répétée à leur tour. Nous verrons qu'on ne les a guère écoutés. La véhémence même d'Ampère atteste assez la vivacité et la profondeur de son amour pour Rome. Quand il a achevé de montrer « les reflets variés de Rome sur les imaginations » , il redoute qu'on ne lui reproche d'avoir été trop long et il se défend par cette excuse, qui est encore une confidence d'amoureux :
« A ceux qui me l'adresseraient » (ce reproche] . « je répondrais que l'on ne quitte pas Rome comme on veut, surtout quand on y rencontre tous les
grands hommes qui Pont visitée; que je me plaisais trop à vivre dans ce lieu, en si bonne compagnie, pour être pressé d'en sortir; que ce moment est pour moi comme un autre départ, et qu'en finissant je suis tenté de m écrier avec Rutilius : « Je cède, je m'ar- « rache aux embrassements de la Ville bien-aimée ; « mes pieds franchissent à regret le seuil sacré. »
Cette ferveur de Rome, pour avoir détourné Ampère des travaux austères qui devaient être l'œuvre de sa vie, l'accompagna du moins jusqu'au terme de sa carrière, et c'est en écrivant, avec une ardeur enthousiaste et passionnée, son Histoire romaine à Rome, que ce souple, brillant et charmant esprit cessa de vivre (27 mars 1864).
Son nom reste attaché à celui de Rome, et c'est là sans doute la part de gloire et de récompense qu'il eût surtout ambitionnée.