‹ Reflets de Rome [microform]; Rome vue par les écrivains de Montaigne à Goethe, de Chateaubriand à Anatole FranceChapitre 16 sur 17 · II · texte numérisé non relu

II

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Éli

raître dans ses lettres à son ami. Mais il faut relever le passage exquis où il loue les Romains (ceux d'alors hélas ! et non ceux d'aujourd'hui) de laisser les ruines et les statues, et les vestiges de la beauté ancienne, à leur place au lieu de les entasser dans un musée :

« Vous ne sauriez croire combien cette impression de l'antiquité est vive et actuelle. La façon dont les monuments antiques y sont traités y est pour beaucoup. Chez nous, sitôt qu'on trouve un pavé antique, on le porte en un musée ; ici, on le laisse à son usage, àsa place; dans une foule d'endroits, c'est encore le pavé romain qu'on foule aux pieds. Dans une foule de quartiers, les murs et les fondations sont des temples d'Auguste et des Antonins ; à chaque pas on rencontre des constructions antiques servant à des usages modernes, ou plutôt, il est très peu de constructions antiques qui n'aient été accommodées à la vie réelle et usuelle...

^ « Certes, je sais tous les inconvénients de ce système : la conservation en souffre beaucoup... Mais que ce système du musée est faux et artificiel ! Que me font ces statues, forcément rapprochées dans vos salles, étiquetées, entassées? Laissez-les donc à leur place ! ... De même, j 'aime mieux la ruine laissée pour ce qu'elle est, que soignée, peignée, déchaussée, sauvegardée, toutes choses qui ne respirent qu'un esprit curieux et scientifique, mais qui effacent la couleur native et réelle. Les choses ne sont belles qu'en tant que vraies, qu'en tant que correspondant aux besoins réels de l'humanité, sans aucune vue rétrospective de fiction, de critique. » Comprenant et goûtant ainsi la beauté de Rome,

LES CONCOURT, TAINE, RENAN

les monuments et les ruines de Rome, le peuple de Rome, son instinct de beauté, et son aptitude d*art, et sa religion populaire, Renan, à l'inverse de Taine, a profondément joui des trois mois et demi qu'il passa dans la Ville étemelle, et sa jouissance alla en croissant jusqu'à la rentrée de Pie IX dans sa capitale. Il est « de plus en plus content d'y être », car « cette ville est comme les grands poèmes, elle fait à chaque lecture de nouvelles impr^«nanfr^ apparaît par desTaces nouvelles. »

Et il ajoute cette phrase que Taine n'eût jamais écrite, et que M. Berthelot ne dut pas lire sans une grimace :

« Pour l'effet artistique, il n'est pas à désirer que Rome entre dans le courant de la vie moderne. Elle n'y sera jamais capitale ; elle n'y sera jamais qu'un petit centre comme Turin, Florence, ce qui serait d'une grande inconvenance esthétique. Une assemblée délibérant au Capitole des petits intérêU du municipalisme italien sera toujours ridicule. La Rome papale avait un air de sépulcre qui faisait un bon effet de pittoresque. »

Hélas! les vœux de Renan n'ont point été exaucés et les craintes qu'il exprimait en 1 850 se sont transformées en réalités vingt ans plus tard.

Rome est entrée dans le courant de la vie moderne. Elle a voulu être une capitale. Les petits intérêts du municipalisme romain sont débattus au Capitole. L'histoire s'occupe peu de violer lesr^les de la convenance esthétique, et ni les cris, ni les soupirs de ceux qui sentent la beauté n'ont jamais empêché le temps de faire son œuvre fatidique. Les villes, comme les hommes, ont leur destin. Il nous

reste à voir ce qu*est devenue Rome, dans la phase contemporaine de son évolution, comme capitale du royaume d'Italie et résidence de la dynastie de Savoie.

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