DANS LE MEME INDIVIDU, ÉNERGIE ET SENSIBILITÉ SONT-ELLES COMPATIBLES
Les individus musculeux sont robustes, énergiques. Ceux chez lesquels le genre nerveux prédomine sont plus sensibles qu'énergiques ; mais c'est de la justesse des organes et de leurs rapports plus ou moins parfaits que dépend, chez l'un comme chez l'autre, l'aplomb individuel, qui donne le bon sens et la raison. Car si l'homme robuste manque d'aplomb, ses écarts sont terribles ; et si le nerveux manque de symétrie et d'aplomb, l'incohérence règne dans toutes ses actions. Il semble donc que l'intermédiaire entre la force musculaire et la délicatesse des nerfs fait l'homme propre à recevoir toutes les éducations ; et si les circonstances le favorisent, il obtient des succès.
Le même raisonnement peut servir pour le bilieux et le sanguin ; sans bile stimulante, point d'énergie, et le sang appauvri, nourrissant mal les nerfs, donne la pusillanimité. Il faut encore ici proportion entre ces deux humeurs pour faire l'homme propre aux arts, aux sciences, et même à la sociabilité. On prépare la terre pour recevoir la semaille ou les germes ; de même l'hygiène pourroit beaucoup si Ton préparoit l'individu à l'éducation qu'on lui destine, soit en atténuant les forces musculaires trop dominantes chez lui, ou en diminuant et dolci-
fiant la bile, soit en fortifiant le système nerveux et bonifiant le sang. Une éducation suivie ne conduit-elle pas au même but, pourroit-on demander? Non; en forçant le naturel dur à la sensibilité, on l'irrite de plus en plus; en voulant donner de l'énergie à l'esprit foible, on l'épuisé : on trompe l'homme moral, et non pas l'homme physique. Tout ce qu'on gagne en pareil cas, c'est de faire un métis emprunté, comme nous sommes presque tous : c'est-à-dire