ESSAI D'UN REMEDE POUR GUERIR LES BEGUES
D'où provient le bégayement? Est-ce l'imagination trop vive qui court au-devant de la parole? Ou, ce qui revient au même, est-ce la parole paresseuse qui ne peut suivre l'imagination? Ou, encore, est-ce une affection nerveuse qui rend momentanément l'organe de la parole perplexe et indocile? On pourroit le croire, puisque le bègue redouble de bégayement quand il est saisi d'un sentiment de frayeur, de respect ou d'amour, actions qui doivent produire une tension dans les nerfs. Dans mon pays de Liège, quand les mamans ou les bonnes chatouillent les petits enfans sous la plante des pieds pour les faire rire, on les avertit que ce jeu fait bégayer les enfans quand ils sont dans l'âge de parler, et que ce défaut leur reste souvent toute leur vie plus ou moins fort. C'est au médecin à nous dire plus exactement d'où provient une infirmité si incommode pour ceux qui en sont atteints et pour ceux qui les écoutent.
Voici le remède que je propose d'essayer ; il a quelques rapports avec la musique. Je connois un bègue qui m'a convaincu par l'expérience qu'il ne bégaye point du tout lorsqu'il parle dans le plus bas et le plus haut de sa voix; ce n'est que dans le médium, dont on se sert communément
pour parler, qu'il est bègue de la grande force. Le correctif seroit donc pour les bègues des deux sexes (il semble qu'on voil plus d'hommes bègues que de femmes) de parler dans le bas de la voix pendant quelques jours; puis de remonter d'un ton à peu près de semaine en semaine jusqu'à ce qu'on arrive au médium de la voix sans bégayer. Le vice-ver sa de cette méthode, c'est-à-dire de commencer à parler dans l'aigu et de descendre ton par ton jusqu'au médium, pourroit de même réussir. J'oserois croire que trois mois de cet exercice donneroit un résultat avantageux. Mais il est tant de modes, tant de variétés dans le mécanisme humain, qu'il est possible que tel soit bègue parce qu'il parle trop dans le haut, tel trop dans le bas, tel parce qu'il crie avec imprudence : un bègue l'est doublement quand il se fâche. Tel parce qu'il parle bas par timidité, et à celui-ci je lui ferois déclamer la tragédie, même les rôles de tyran. Enfin, dans tous les cas précités, faire faire au bègue le contraire de son habitude bégayeuse : avec le temps et la patience, il est probable qu'on trouvera le point où il sera maître de son organe.