‹ Réflexions d'un solitaire (volume 4)Chapitre 11 sur 98 · LE GOÛT · texte numérisé non relu

LE GOÛT

Et j'en prends ma part, car toi et moi sommes tellement liés, que l'un ne peut se passer de l'autre : on ne peut goûter sans odorer et, dès qu'on bouche le sens de l'odorat, on ne goûte plus.

LA VUE

Il est vrai que vous transmettez les odeurs délicieuses, mais quelquefois aussi...

L'ODORAT

Eh! Madame la vue, n'êtes-vous pas dans le même cas? Ne nous montrez-vous pas des objets hideux? L'ouïe ne transmet-elle pas mille sottises de la part des hommes? Les dieux mêmes ont leurs peines à souffrir dans l'Olympe, comment serions-nous exempts des opposés de nos facultés? Sunt bona mixta malis. Hors Dieu (le Dieu créateur), rien dans le monde ne peut anéantir l'existence de son contraire. C'est le vice qui donne tant de prise à la vertu résistante; si elle ne résistait^ seroit-elle vertu?

LA VUE

Accordons et résumons-nous. C'est ici la lanterne magique du cœur, c'est ici que les plus douces paroles émeuvent le cœur, que l'oreille reçoit les plus tendres impressions harmoniques.

L'ODORAT

C'est encore ici que les parfums sont prodigués; le théâtre en est plein, la salle en est remplie, les belles n'y forment qu'un bouquet odoriférant, l'oiseau qui plane au-dessus de cet édifice et qui en reçoit les émanations se croit en Arabie.

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