‹ Réflexions d'un solitaire (volume 4)Chapitre 31 sur 98 · UN REVE AFFREUX · texte numérisé non relu

UN REVE AFFREUX

J'entre dans un palais enchanté ; une figure gigantesque, un magicien me prend par la main et, sans mot dire, me conduit dans un boudoir charmant. Une femme d'une beauté ravissante y étoit couchée sur un sopha ; elle se lève, me fait une révérence des plus nobles, s'approche de moi, me donne un baiser et disparoit. Tout ce que l'imagination des poètes peut nous retracer de Vénus et des Grâces ne surpasse pas la beauté de cette femme céleste, qui me fit frissonner d'amour et de plaisir. Toujours sans dire mot, le magicien me reprend la main et me conduit dans un salon voisin. Là, sur une table, sont trois corbeilles ; dans une je vois des lambeaux de chair humaine et des cheveux ; dans la suivante, des entrailles ensanglantées; dans la troisième, des ossemens humains et le crâne par-dessus.

— Quel affreux spectacle ! dis- je au magicien.

— C'est encore elle, me répond-t-il.

A l'instant tout disparoit, et je m'éveille trempé de sueur. (( Que pensez-vous de mon rêve, me demandoit le jeune homme qui l'avoit fait ?» — «Vous avez rêvé juste, lui dis-je. La plus céleste beauté de ce monde n'est en effet et matériellement que ce que vous avez vu dans les corbeilles. C'est peut-être un avis que la nature vous donne. De même que Memnon, vous jouez... » — « Point du tout, je ne suis pas joueur.» — « Mais vous aimez avec excès le vin et les femmes perdues ; j'appelle cela jouer gros jeu. »

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