‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 12 sur 84 · OBSERVATIONS SUR LES MOUCHES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LES MOUCHES

Il falloit être musicien pour avoir fait l'observation suivante : tout autre n'y eût peut-être pas pensé. En général, les insectes n'ont qu'un son nuancé. Pendant l'automne, j'entendois les mouches bourdonnant à mes oreilles et s'accouplant sur ma table. (Elles semblent dire : « Vivons encore un instant, puisque nous allons mourir. ») Je remarquai diverses mouches; mais ce qui me parut singulier fut de voir que celles qui étoient en rapports harmoniques, i, 3, 5, se recherchoient avec plus de ténacité et que celles qui étoient en rapports dissonans s'éloignoient les unes des autres au lieu de s'accoupler. Dans ce cas, le son que donne l'insecte est-il cause ou effet? Cette explication à part, ceci me semble difficile à résoudre. Il ne faut que des oreilles et des yeux pour confirmer cette expérience singulière. Entre-temps, je n'y ajoute qu'une croyance débile, mais si elle est confirmée, elle peut s'appliquer à bien d'autres individus que les mouches ; elle peut être d'une grande importance en physique et en morale. Du reste, nous savons que les animaux en chaleur se reconnoissent à la voix. 11 n'est pas difficile de distinguer, par leurs accens, la femme amoureuse et l'homme amoureux. Les amans qui se conviennent sont-ils en rapports harmoniques dans les sons de leurs voix comme ils sont en tant

d'autres rapports? Je ne sais. En tout cas, je ne conseille pas à l'homme qui a la voix fausse de chanter devant la femme qui a la voix juste et à laquelle il veut plaire. Toute harmonie serait bientôt détruite, si quelques préjugés d'intérêt ou d'amourpropre ne rétablissoient un équilibre factice.

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