‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 14 sur 84 · OU EST LA VIE? QU'EST-CE QUE LA VIE · texte numérisé non relu

OU EST LA VIE? QU'EST-CE QUE LA VIE

La réponse à ces questions est partout dans cet ouvrage ; néanmoins, si l'on veut quelques mots plus péremptoires, nous dirons qu'elle est répandue dans toute la nature. La vie, c'est le fluide Ignis, fluide vital, 1 ame du monde qui agit dans tous les êtres qui nous semblent inanimés; qui souffle le feu des narines du cheval et du taureau; qui rugit dans le lion; qui enflammoit Homère et qui échauffe tous les hommes de génie. Mais, en ne considérant que l'animal, qui donne des preuves de sensibilité non équivoques, il semble que la vie est ce feu dont nous venons de parler, et que les nerfs en sont les conducteurs. Il ne manque, peut-être, que des nerfs pour régulariser la vie et la sensibilité dans les créations les plus brutes. En ne considérant que la longévité et la force de la vie; en remarquant quelle espèce de fracture donne plus promptement la mort, il semble que le centre ou le cœur est le réceptacle et, par conséquent, le viscère le plus imprégné de vie. Mais quoique l'homme soit doué d'une longue et double vie (vie, celle spirituelle), beaucoup de reptiles, tels que les serpens, les anguilles, les vers, sont doués d'une vie plus universelle, plus répandue dans tout leur individu. Il semble même que plus l'animal est parfait, plus la vie est concentrée seulement dans quelques parties de son corps.

[^es parties du serpent divisées ou celles du ver se rejoignent, à ce qu'on dit. L'anguille vit dans tous les points de son corps. Les tronçons remuent encore vitalement dans la poêle bouillante. Une mouche sans tête s'envole et se débat plus longtemps qu'un homme décapité. Il semble, dis-je, que moins l'être a de perfections, plus sa vie est banale (i). On ne peut tuer promptement un serpent, un ver, une anguille, une mouche si on ne l'écrase. L'homme, au contraire, a des points si mortellement susceptibles qu'il suffit d'y introduire un camion (2) pour lui ôter la vie. Que l'anatomie se garde d'apprendre aux peuples quels sont ces points vitaux. Trop de chagrins accablent l'humanité, elle abuserait de cette facilité de cesser de vivre. Les amans malheureux, les plaideurs condamnés, les auteurs siffles, les joueurs ruinés (3) descendroient journellement au tombeau.

(i) Dans le sens de résistante ?

(2) Petite épingle.

(3) Bravo, bravo, signor Pilato ! secrioit un joueur désespéré, en regardant un tableau de la flagellation du Christ. (G.)

Page 1