LECTURE
Est-ce parce que je vieillis? Est-ce parce que la matière de cet ouvrage s'épuise que j'incline à faire plutôt six petits chapitres qu'un long? C'est peut-être par ces deux causes. En tous cas, c'est se conformer à la foiblesse humaine que d'épargner aux hommes les plus studieux la fatigue de longues divisions dans un grand ouvrage. Quel est le lecteur le plus dévoué qui a pu sans interruption achever les œuvres de Plutarque, Montaigne, surtout de Charron (i) et de Pascal?... II est dans cet ouvrage-ci quelques chapitres sur lesquels je reviens volontiers, notamment ceux intitulés : Différence entre la sensibilité et V irritabilité; Trois en un.. . Rien de si aisé que de joindre ensemble la matière contenue dans plusieurs chapitres qui traitent d'une même chose; mais, encore un coup, on profite plus en revenant, en insistant plusieurs fois sur un même objet. Je préviens le lecteur sur cet article, afin qu'il ne prenne pas pour négligence de ma part ce que je regarde comme une méthode convenable, surtout pour les François. Un livre, où il y a des idées, rédigé en courtes divisions, fatigue difficilement le lecteur.
Je ne sais si d'autres l'ont expérimenté comme moi.
(i) Pierre Charron, philosophe, écrivain et moraliste, auteur du fameux Traité de la Sagesse, dont le scepticisme dogmatique dut impressionner Grétry (1541-1603).
.rcxpédic un ouvrage médiocre; je le lis, comme on Jil. avec le pouce, pour m'en débarrasser, et je lis, je savoure lentement un bon livre, de peur de le voir finir. Pour être lu avec fruit, chaque ouvrage comporte une méthode différente. Les œuvres substantielles veulent être prises et digérées en petites doses; on peut galoper en lisant des romans et d'autres ouvrages de pur agrément; mais les plus intéressans ne sont pas les plus utiles, tant s'en faut; tel ouvrage peut occuper vivement, retarder notre coucher et ne nous rien apprendre en définitive.
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