APPLICATION DE QUELQUES PAROLES D'UN PSAUME
Le psaume 1 13, In exitu Israël de Egypto, dit ce qui suit : Oculos habent et non videbunt. Aures habent et ?îon audient. Nares habent et 7to?i odorabunt. Matins habent et non palpabunt. Pedes habent et non ambiilabunt... C'est en désignant les idoles que l'auteur du psaume parle ainsi. On peut attribuer la même incapacité à ceux qui ne sentent que par le secours des gens bien nés. Pourquoi donc si peu d'hommes ont-ils ce qu'il faut pour jouir de leurs sens naturels? Pourquoi faut-il qu'il y ait tant d'êtres, tant d'esprits, tant de cerveaux obstrués, auxquels il faut montrer les choses au doigt, auxquels il faut répéter cent fois une bonne chose avant qu'ils la sentent et l'adoptent? Le corps humain n'est-il pas encore ici dans le cas d'un instrument monté de telle ou telle manière, qui rend ou ne rend point, qui rend plus ou moins, beaucoup ou point du tout, qui rend directement ou de travers? Non, ce n'est pas assez d'avoir des yeux, des oreilles, des pieds et des mains, il faut que ces organes distributeurs des sens soient en concordance générale avec l'individu. On ne fait que l'éloge partiel d'un homme en disant qu'il est tout cœur, tout oreilles... C'est, au contraire, annoncer qu'il n'a point d'ensemble entre ses sensations. Nous nous donnons en
société des sens surnaturels qui nuisent aux sens primitifs. Nous agissons par vanité, et nous faisons taire la nature. C'est là toute la différence qu'il y a entre les bétes et nous; elles marchent droit et nous raffinons. Sachons pourquoi nous avons le malheureux pouvoir de raffiner et pourquoi elles ne le peuvent pas, nous aurons, alors, fait un grand pas de plus en physique.
La vie n'est pas assez longue pour arriver au but de nos prétentions au savoir ; un homme ne vit que vingt ans en pleine puissance. Dans son temps primitif, le monde a dû être cruel et barbare. A présent qu'il est à moitié instruit, il dédaigne les sots. Le temps viendra, peut-être, où l'on demandera s'il ne vaudroit pas mieux être ignorant et heureux, qu'instruit et tourmenté de son demi-savoir. Les Ecritures disent : Bienheureux les pauvres d'esprit. Au reste, riches ou pauvres, de quelque manière que ce soit, il ne faut qu'un siècle pour que tout ce qui est dessus se trouve dessous. A quelques squelettes près, qui conservent encore quelques atomes de vie, de siècle en siècle, tout ce qu'il y a d'hommes sur la surface de la terre est enterré, et les vivans, en étalant leurs grâces, dansent sur les morts. O créatures humaines ! dans vos élans vaniteux, songez quelquefois que les os des hommes les plus célèbres et des plus belles femmes de l'antiquité sont réduits en poudre avec les monumens qui les contenoient. Hommes ! pensez à cela, et soyez vains si vous le pouvez.