‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 38 sur 84 · VIEILLIR, C'EST PRESQUE CHANGER D'ETRE · texte numérisé non relu

VIEILLIR, C'EST PRESQUE CHANGER D'ETRE

Dans l'enfance, telles substances dominent : aussi l'enfant montre-t-il les dispositions, les effets de la cause. De ses substances organiques : l'activité, la pétulance, le feu et la primeur de la vie transportent son être.

Dans l'adolescence, l'individu se fortifie avec sa substance. Dans la vieillesse, il dépérit par sa substance. Le corps de l'homme est un vase de chimie oià tout se compose, se décompose, je veux dire se mêle de diverses manières, en plus, en moins, produisant toujours des effets difïérens : vieillir, c'est changer de forme. Prier Dieu pour qu'il nous laisse toujours le môme en joie et en santé, c'est le prier de changer l'ordre des choses pour nous seul ; c'est le prier de nous laisser à la place de celui que nous avons engendré, qui nous attend de pied ferme pour nous remplacer. Les hommes sont singuliers ! Ils veulent tous faire l'amour et personne ne veut mourir. Obtenir son semblable, n'est-ce pas faire son remplaçant? Je l'ai, je crois, déjà dit : il est inutile d'objecter que les substances nutritives sont les mêmes pour le vieillard comme pour l'enfant ; le vase, ou les organes vitaux qui les reçoit, et sur lequel elles agissent, est changé : on digère à vingt ans ce qui donne l'apoplexie à quatre-vingts.

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