PEUT-ON SATISFAIRE A LA FOIS TOUS LES SENS
C'est comme si, dans le monde physique, on demandoit à la fois la pluie et le beau temps, le jour et la nuit, le froid et le chaud, le calme et l'orage... Chacun de nos sens est fait pour aider, pour rectifier l'autre. Si je ne vois pas, je touche ; si je ne puis toucher, je flaire ; si le nez est obtus, j'écoute ; si je suis sourd, j'ouvre de grands yeux... Satisfaire tous les sens à la fois, c'est le délire de la volupté. La nature a rendu ce moment très court, parce qu'il est au-dessus des forces humaines ; s'il duroit davantage, il seroit mortel pour trois individus. Femmes, n'ayez pas deux plaisirs à la fois, si vous voulez être mère et si vous ne voulez pas voir périr l'objet que vous aimez autant que la vie (i).
Le fourbe Mahomet, qui dans son Coran ne fait pas ressusciter les femmes de ce monde, parce que, dit-il, elles n'ont point d'âme ; qui promet aux hommes, dans l'autre monde, des houris ou femmes célestes qui transpirent tous les parfums d'Arabie pour toutes sécrétions, promet je ne sais combien de mille ans d'extases amoureuses sans intervalle... Et il est des hommes, beaucoup d'hommes qui croyent à l'Alcoran ! Qu'ar-
(i Je crois que cette observation est dans la morale de Plutarque. (G).
riveroit-il de nous, grand Dieu, si tous nos sens à la fois montoient à leur apogée ! Mort subite, assurément. Il nest que Dieu à qui l'on puisse supposer ce bonheur parfait : Gloria in excelsis ! Pour nous dont le bonheur n'est jamais pur ni complet, il faut que nos sens soient en équilibre pour que nous soyons dans un calme heureux ; si un l'emporte trop sur les autres, il reste seul en activité. Quand un peintre ou poëte vous demandent: observez-vous bien mon tableau-^ m'écoutezvous? le proverbe répond : Je suis tout œil ; je suis tout oreille.