‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 40 sur 84 · CARACTERES · texte numérisé non relu

CARACTERES

On distingue l'homme par son caractère. L'animalité se montre dans tous les individus vivans, mais la force du caractère rend l'homme indépendant d'un instinct trop machinal. Il faut de l'instinct, c'est Vêtre; il faut de la raison pour le diriger, c'est la boussole. Ceux qui ont plusieurs caractères mêlés n'oseroient se montrer si la bêtise ne venoit à leur secours : dans leur indécision ils prennent un ton décidé, ils imitent ceux qui n'ont qu'un caractère majeur. N'ayons pas peur des gens trop hardis, ils sont souvent ainsi par poltronnerie. Avoir plusieurs caractères à la fois, c'est donc n'en avoir point. Tout est par trois dans la nature, bon, ou mauvais, ou médiocre, qui tient des deux premiers. Il est aussi trois hommes dans l'homme, physique, civilisé, sage. L'homme physique désire peu ; l'homme civilisé veut ce qu'il voit, et plus encore ; le sage prend au juste ce qui convient à la circonstance. Le premier se satisfait de ce qu'il trouve sous sa main; le second se fait mille besoins factices; le troisième se rapproche chaque jour de l'unité en bornant ses désirs. S'il n'a nulle idée de la société, le premier n'a ni vices, ni vertus; le second, en proie à ses désirs, mais soumis aux lois, est forcé de faire

de nécessité vertu; le troisième croit la vertu nécessitée, et il la pratique. Toute chose étant bonne, mauvaise ou médiocre, on peut appliquer la division de trois à tous les objets physiques et moraux : c'est pourquoi nous rappelons souvent cette division naturelle.

CHAPfTRE XXXIX

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